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(A) Senile Animal

(A) Senile Animal

The Melvins

par Aurélien Noyer le 29 mai 2007

4

paru le 10 octobre 2006 (Ipecac)

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Plus de vingt ans d’existence et les Melvins sont toujours debout, à enchaîner concerts, albums, collaborations (notamment avec Jello Biafra, ex-Dead Kennedys) et side-projects (Buzz Osbourne joue dans Fantômas avec Mike Patton et Dale Crover participe à Porn et Altamont). Alors la question qui se pose forcément devant un album des Melvins, c’est « what’s the point ? » Le néophyte trouvera sans doute cet album quasiment identique aux précédents tant il est vrai que la musique des Melvins est devenu quasiment un sous-genre en soi, qui plus est un sous-genre un peu difficile d’accès tant leur discographie regorge de chefs-d’oeuvre tout comme de galettes inaudibles.

Expliquons donc au-dit néophyte pourquoi (A) Senile Animal est vraiment un album des Melvins et non pas une énième variation sans intérêt sur les mêmes riffs... Premièrement, parce que toutes les chansons correspondent à des variations sur les mêmes riffs. Si vous doutiez du fait que Black Sabbath influence encore le metal et que l’on puisse recycler leurs riffs pour produire quelque chose d’intéressant, les Melvins vous en convaincront. Bien qu’ils soient capables de sortir des morceaux que certains qualifieront « d’humoristiques » (les autres diront « bruitistes », « insupportables » ou « inaudibles » et ils n’auront pas forcément tort), la présente livraison est assez classique sur la forme...

Ou du moins, le serait si Fat Buzz et Thin Dale n’avaient l’étrange manie de détester les bassistes et ne prenaient pas un malin plaisir à virer les bassistes successifs du groupe. Ainsi donc peut-on s’imaginer les deux musiciens, au moment d’enregistrer l’album, jeter leur dévolu sur un nouveau bassiste en la personne de Coady Willis, membre de Big Business. Après, on ne peut supputer ce qu’il s’est passé. Peut-être se sont-ils dit que voler le bassiste d’un groupe qui ne compte que deux membres est immoral, peut-être voulaient-ils vampyriser le-dit groupe pour éliminer la concurrence... Difficile à dire, mais toujours est-il que le batteur de Big Business, Jared Warren, a été lui aussi intégré au groupe.

Donc pour les amateurs des Melvins, je vous laisse imaginer ce qui peut sortir de la tête de King Buzzo lorsqu’on lui laisse à disposition deux batteurs fous. Pour les autres, ça va être plus compliqué. Repartons donc du postulat de départ, ce qui est l’alpha (et peut-être bien l’oméga) du metal, Black Sabbath. Prenez donc quelques riffs bien lourds à la Tommy Iommi et greffez-y des rythmes à la fois lourds et syncopés, métronomiques et à contre-temps. Grâce à leurs deux batteurs, les Melvins ont indéniablement une dimension supérieure : lorsque l’un s’acharne sur les toms, l’autre peut s’occuper des cymbales, ce qui donne des rythmiques étranges mais, malgré tout, très construites et développées. Le Buzz peut alors occuper tout l’espace nouvellement créé à grands coups de médiator chauffé à blanc. C’est flagrant sur une chanson comme The Hawk où il montre que les Melvins pourraient être des champions de trash-metal s’ils n’étaient pas trop occupés à faire ce qu’ils veulent au lieu de s’enfermer dans un style trop limité pour eux.

Un autre point sur lequel (A) Senile Animal surprend, c’est les voix. Avec l’absorption de Big Business, les Melvins se retrouvent avec pas moins de quatre chanteurs, ce qui donne lieu notamment à The Mechanical Bride et ses harmonies plombées. Même chose pour Blood Witch mais en plus saccadé. Même chose pour Civilized Worm mais en plus groovy. Et je pourrais énumérer ainsi toutes les chansons de l’album. C’est d’ailleurs ce qui lui donne tout son charme, ce son monolithique transcendé par cette double batterie géniale, le double solo final de You’ve Never Been Right étant un des grands moments du disque.

Finalement, nul besoin d’une deuxième raison, la première les contenant toutes. À la rigueur, je pourrais évoquer A History Of Bad Men pour son côté heavy de chez heavy, ses refrains étranges et son riff en spirale et tout ce qui en fait la chanson de l’album que je préfère mais je ne suis pas sûr que cet argument serait en l’occurence très pertinent puisque le problème de « la meilleure chanson de l’album » est que sa qualité dépend forcément de la qualité de l’album en général. Quoiqu’il en soit, je vais m’arrêter là... De toute façon, les Melvins ne cherchent pas le succès mainstream, n’en ont rien à foutre que vous aimiez leur musique ou pas et continuerons avec ou sans vous. Ce qui veut dire que le fun et donc la vérité sont de leur côté.



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Tracklisting :
 
1. The Talking Horse (2’41")
2. Blood Witch (2’45")
3. Civilized Worm (5’57")
4. A History Of Drunks (2’20")
5. Rat Faced (2’41")
6. The Hawk (2’35")
7. You’ve Never Been Right (2’30")
8. A History Of Bad Men (6’43")
9. The Mechanical Bride (6’26")
10. A Vast Filthy Prison (6’45")
 
Durée totale : 41’23"