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A Single Room

A Single Room

Venus Del Rocco

par Our Kid le 20 juin 2006

4

paru le 1er février 2006 (ELP ! Records)

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Alors que s’achèvent les festivités célébrant les 100 ans de la théorie de la relativité du bon vieux Einstein, l’actualité nous montre une fois de plus que la réalité dépasse bien souvent la fiction. Raccourcis temporels, trous de vers, projections vers l’avenir... tout est désormais prétexte pour ne plus innover, pour recycler, pour se souvenir, vénérer le passé, s’interroger sur le futur. Le monde de la musique n’y échappe pas. Prenez par exemple la dernière livraison de Venus Del Rocco, cette formation originaire de Toulouse qui propose A Single Room. Voici exactement ce qui se produit tous les jours dans la vie de millions de groupes : rendre hommage à ses groupes préférés, éviter de plagier et essayer de vivre avec son temps. La tâche n’est pas toujours aisée et les gadins sont nombreux. Dans le cas de Venus Del Rocco, nous avons plutôt affaire au cas où la réussite sourit franchement. Constituée autour de sa chanteuse Valérie A., la formation à géométrie variable propose une musique chaleureuse, délicieusement pop (dans le sens noble du terme) s’articulant autour des sons de guitares, des mellotrons, des claviers et de quelques échantillons. Oui, vous avez saisi : les années 60 ne sont pas loin et c’est tant mieux, ne dit-on pas que l’âge d’or de la pop s’est exprimé durant cette décennie sacrée ? La particularité de la bande est d’avoir su s’entourer de compétence car, hormis les musiciens, Venus Del Rocco s’est carrément offert les services d’Isabelle Lemauff et de Keith Boyce, musiciens, arrangeurs et producteurs reconnus et qui affichent sur les CV des belles prises (Rod Stewart, Elton John et bien d’autres...).

Pop donc. Mais pop française, soit celle que nous offrait la jeune Françoise Hardy ou bien encore un Gainsbourg lorsqu’il s’entourait de femmes (Bardot, Birkin, Deneuve...), voire April March ou d’autres productions de Tricatel. Valérie A. chante en anglais d’un accent français qui ravit surtout les Britanniques mais s’essaye également au duo français/anglais, homme/femme avec succès (A Moon In A Spoon). Les paroles sont principalement axées sur l’amour, dans la plus pure tradition. Ce qui est certain, c’est que la voix de la chanteuse se prête à merveille à ce style et les différentes déclinaisons vocales offrent au bout du compte le sentiment que le groupe ne s’enferme jamais dans un seul et même carcan, là où Placebo s’est construit toute une carrière et un son par le seul Molko.

Le tempo est à peu près le même de la première à la dernière mesure de A Single Room - soit plein d’entrain - et on ne s’ennuie jamais. Des guitares sèches en guise d’intro (Eloïse Lullaby), le bruit du décollage d’un avion (A Comeback) ou bien encore des notes sonnant comme des xylophones, la diversité est de mise. En fait, on a l’impression d’un voyage dans le temps, à savoir que les premiers morceaux sont de factures typiquement 60’s avec les stéréotypes de rigueur mais parfaitement exécutés. À partir de Eloïse Lullaby, le groupe sort de l’académisme et joue dans un style plus personnel. Cependant, on n’a jamais affaire à deux parties distinctes car le lien est effectué par les sublimes et inventifs arrangements de cordes et de vents, orchestrés par Isabelle Lemauff. Progressivement, le recours aux samples et à toute autre sonorité électronique prend le dessus, comme pour signaler la fissure du temps. Sunday By The Bay constitue la meilleure illustration de ce changement. Le morceau est le plus court, le plus lysergique, et offre des sonorités radieuses au milieu d’un fond menaçant. La chaloupée In My Mind démarre sagement mais s’étoffe d’une rythmique electro entre deux parties de clavecins. Une super production et une explosion bien contemporaine qui permet à Valérie A. de livrer une belle prestation vocale où l’on jurerait entendre le chœur final du With A Little Help From My Friend des Beatles. La rêveuse As You Say poursuit cette tendance où le chaud et le froid sont soufflés en permanence sur la chanteuse, comme ce martèlement robotique du tom basse suggérant une froideur inconnue jusque-là. Pour conclure, le groupe glisse A Comeback, et se retrouve dans un futur qui rime avec énergie et guitares saturées, la musique est reine et les voix s’éteignent. On est plus proche d’un When You Sleep de My Bloody Valentine que d’une pièce d’orfèvrerie que pourrait nous livrer un Gainsbourg par exemple !

Au bilan, on peut affirmer que se procurer cet album ne représente pas un acte superflu, tout comme il est certain que la transgression des normes ne sera pas atteinte par l’acquisition de A Single Room. Cependant, les musiciens font preuve d’une « certaine idée de la pop » et livrent au final un contenu qui satisfait tout le monde et qui montre que cette pop a encore un bel avenir devant elle. Son chemin passe par la France, quelque part dans le Midi.



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Tracklisting :
 
1- Mine Too (3’26”)
2- A Moon In A Spoon (3’46”)
3- Maggy (3’11”)
4- So (3’29”)
5- Watch The Boys Go By (3’31”)
6- Eloïse Lullaby (3’57”)
7- Sunday By The Bay (1’41”)
8- In My Mind (3’22”)
9- As You Say (3’30”)
10- A Comeback (3’29”)
 
Durée totale : 33’42”

Site officiel : http://www.elprecords.com