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Live At Fillmore East

Live At Fillmore East

The Allman Brothers Band

par Vyvy le 28 avril 2009

5

paru en 1971 (Mercury) ; réédité en 2003

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Fillmore East est une salle légendaire de New York City. Ancien théâtre de vaudeville, la salle reconvertie accueille ces années-là le meilleur de ce qui se fait aux États-Unis. Lorsque les 12 et 13 mars 1971, les sudistes enregistrent quatre concerts, c’est déjà son 4ème passage au théâtre depuis la fin 1969. Mais ces quatre concerts, dont le meilleur et dernier constitue la colonne vertébrale de l’œuvre finale, sont les premiers que les Américains font au Fillmore East en tant que tête d’affiche.

Qu’est-ce qu’un album live ? Souvent un best of inavoué, les tubes étant joués, ne laissant que peu de place aux nouveaux titres. Mais ce que les six font ces soirs-là, c’est bien plus que ça. La grande majorité des chansons jouées n’ont jamais été enregistrée, et le public new-yorkais découvre le continu d’un véritable nouvel album. Le choix du live peut étonner. Cinq années auparavant, les Beatles refusait la scène, ne pouvant pas reproduire là-bas ce qui se passait en studio. L’archaïsme est encore de rigueur. Et pourtant, The Allman Brothers Band fait le choix inverse. Il se passe parfois un certain « quelque chose » entre des fans non décérébrés et un artiste, un quelque chose de peu identifiable mais qui fait que l’artiste va plus loin, plus fort que dans un studio. Théâtre ou cinéma ? Les deux frères et leurs acolytes choisissent les planches, et bien leur en prit. Jamais leurs compositions en studio ne sonneront aussi bien, aussi vraies, aussi fortes qu’à l’écoute de ce live sublime.

The Allman Brothers Band gravite autour de Duane (guitare) et Gregg (piano, orgue et chant) Allman. C’est un des rares groupes multiraciaux, ayant aux fûts le génial Jai Johanny « Jaimoe » Johanson. La formation en est à son troisième album, et il a été préparé aussi consciencieusement qu’un album studio. Mais la folie s’immisce dans ces concerts, et ce dès les premières notes et accords de Statesboro Blues.

Le combo nous livre ici son particulier mélange de rock sudiste, de blues et de jazz. Il nous entraîne et comment dire non ? On tape le rythme avec les spectateurs sur One Way Out. Il y a du Neil Young dans cette musique. Du Coltrane aussi. Un condensé de rêve américain. On progresse dans le concert et le disque. Voici Midnight Rider, titre phare de leur précédent album (et succès) Idledwide South, le public le reconnaît, le groupe redouble d’efforts. La fatigue (série de quatre concerts en deux soirs, donc), la folie ambiante, le public, qu’elles qu’en soient les raisons, le deuxième disque du double lorgne sur des sommets rarement atteints. Whipping Post et ses envolées lyriques nous clouent sur place, la guitare n’en finit pas et pour rien au monde on ne souhaiterait qu’elle s’arrête de crier. Sur scène, l’impro est reine. Cela donne le titanesque Moutain Jam de 33 minutes l’illustre bien. Il nous entraîne dans les méandres créatrices des deux frères et de leurs acolytes : s’alternent les solos, s’enchaînent les prouesses, et s’effondre le public, et nous avec, exténués, vidés, heureux.

Il s’est en effet passé quelque chose de rare la nuit du 13 mars 71 entre ce groupe, cette salle et son public. Ce quelque chose, le producteur Tom Dowd a su le capter, le sublimer.

Le théâtre revit le groupe (et ravit le public) pour le dernier concert avant sa fermeture en juin 71. Live At Fillmore East devient un disque d’or rapidement après sa sortie. Duane Allman, leader incontesté, s’éteint en octobre, après un accident de moto à Macon (Géorgie). Le groupe poursuivit son histoire tortueuse et continue encore.

Live At Fillmore East et ces quatre concerts ont fait l’objet d’un autre album en 1992, plus extensif que l’original, plus extensif d’ailleurs que cette présente « édition deluxe » qui se focalise sur le dernier des quatre concerts. Au corpus original, Mercury a décidé d’ajouter des versions des chansons publiées dans l’anthologie du regretté Duane Allman et surtout le légendaire final Drunken Hearted Boy enregistré le dernier soir, à 6 heures du mat’, lorsque après une nuit de jamming et d’échange avec une audience subjuguée, la porte s’ouvre et la lumière de l’aube fait son entrée...



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Tracklisting :
 
Disc one :
 
1. Statesboro Blues (4:17)
2. Trouble No More ((3:43)
3. Don’t Keep Me Wonderin’(3:27)
4. Done Somebody Wrong (4:33)
5. Stormy Monday (8:48)
6. One Way Out (4:56)
7. In Memory Of Elizabeth Reed (13:04)
8. You Don’t Love Me (19:24)
9. Midnight Rider (2:55)
 
Durée totale : 65:07
 
Disc two :
 
1. Hot ’Lanta (5:20)
2. Whipping Post(22:53)
3. Mountain Jam (33:39)
4. Drunken Hearted Boy (7:33)
 
Durée totale : 69:05