Portraits
Felt, beautiful losers

Felt, beautiful losers

par Oh ! Deborah le 9 octobre 2007

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FELT
De gauche à droite : Mick Lloyd, Lawrence, Gary Ainge

Gilbert dira que ses disputes incessantes avec Lawrence, allant même jusqu’au style vestimentaire, étaient insupportables, et qu’il était certainement moins investi dans le groupe que Lawrence. « Tu dois avoir de l’ambition dans la vie, je respecte plus Lawrence que je m’en moque. Il sait ce qu’il veut et même si ça prend 20 ans, il l’aura ». Crumbling The Antiseptic Beauty sort en 1981 sur Cherry Red. Il est fait de morceaux précieux, entre deux teintes, délicats et atmosphériques, cotoyant la même lignée que leur contemporain Viny Reilly (The Durutti Column). Il a de bonnes critiques dans la presse indépendante, même si les ventes ne décollent que très peu.

Fasciné par Vic Godard (des Subway Sect) et par des artistes new-yorkais (notamment The Velvet Underground, Suicide, Richard Hell et Tom Verlaine), Lawrence adopte le chant parlé de Lou Reed. ’Felt’ fait référence aux textes de Venus de Television tout en évoquant, par sa conjugaison, les sentiments du passé. Influencé aussi par Bob Dylan, il confiera à la presse « Bob Dylan m’a bouleversé en 1983, lorsque j’ai entendu pour la première fois I Threw It All Away de l’album Nashville Skyline. J’ai changé ma façon d’écrire après ça. Cela me disait qu’on pouvait utiliser des images poétiques de manière directe - elles n’ont pas à être abstraites - tout en ayant une tonalité pop. Cela m’a lancé vers d’autres sentiers. » A la suite des excellents singles publiés en 1983 (My Face Is On Fire et Penelope Tree), nettement plus accessibles que l’album), Felt va avoir de bonnes critiques et bénéfier de places non négligeables dans les charts indépendants anglais.

 Tubes potentiels

En 1983 sort The Splendour Of Fear, un album qui concentre cold-wave et slows planants, toujours plutôt atmosphériques et éthérés, avec deux morceaux instrumentaux sur les six mais aussi une tonalité très sombre. L’album atteint la sixième place dans les charts indépendants, et là encore, la guitare, notamment sur The World Is As Soft As Lace, a des similitudes avec celle de The Durutti Column. Mais les deux songwriters, Lawrence et Deebank, ont des relations de plus en plus conflictuelles dues à des goûts musicaux très divergents. Deebank, qui se sent de moins en moins libre au sein de Felt, va enregistrer un album solo (Inner Thought Zone, 1984) dont Lawrence se moque totalement : « Les titres et les pochettes sont horribles ! Hideuses ! J’ai dit à Gary Ainge (le batteur) : ’tu crois qu’on devrait l’aider ?’ et il m’a dit ’Il veut faire quelque chose sans toi, c’est évident’, ’ok, laissons le tout gâcher ! ». Malgré ça, Lawrence ne cesse d’écrire. Car pour rêver de devenir l’emblême des années 80, il s’agit avant tout de travailler. « Si j’ai parfois fait beaucoup de disques en peu de temps, c’est par réaction à la norme standard qui veut qu’un artiste fasse un disque par an. (Que dirait-il d’aujourd’hui ? Ndlr). Tim Buckley a enregistré quatre albums en 1967, ils sont sortis plus tard, sans retouches. C’est une idée qui me ravit, faire quatre albums en un an, quatre parce qu’ils sont bons et non pas pour le plaisir d’en faire quatre. »

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Lawrence

Lawrence vit toujours dans un petit appartement et affirme encore préférer faire des boulots actifs, laborieux et qu’il juge « minables » comme serveur, plongeur, plutôt que des jobs faciles. Pour lui, c’est une façon de ne pas se conformer, de se faire violence. Lawrence est maniaque. Chez lui, tout doit être irréprochable, propre, rangé. Il conceptualise lui-même le design des pochettes de Felt, souvent de couleurs pastelles ou délavées, et vérifie le positionnement des codes barres sur celles-ci. Plus tard, dans les cafétarias ou restaurants, il vérifiera plusieurs fois la nourriture. Il ira jusqu’à choisir quel médiator doivent utiliser les différents guitaristes de Felt.

Felt va ensuite publier The Strange Idols Pattern And Other Short Stories, en 1984, excellent album mêlant tubes pop et ballades expérimentales dont la mélancolie bien dosée enveloppe un plaisir immédiat sur toute la longueur. Avec des chansons telles que Roman Litter, Felt est alors digne des grands groupes pop. Car, comme dans tout album, Lawrence tient à une certaine teneur mélodique, et le fait savoir, que ce soit au niveau des expérimentations ou même des solos de guitare. Les paroles sont plus directes que par le passé, un peu moins poétiques mais pures, chargées de sens et de réalisme. Felt va ensuite tourner en première partie des Cocteau Twins, période durant laquelle Robin Guthrie va proposer de produire leur prochain album. Lawrence et Deebank vont d’abord écrire un single, le succès de leur carrière, qui sort en1985, Primitive Painters, entièrement composé par Deebank, tout en nuances évanescentes, incluant les choeurs de Elizabeth Fraser, alors compagne de Guthrie et chanteuse des Cocteau Twins. Cependant, Cherry Red n’a pas les pouvoirs marketing pour le diffuser correctement.

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FELT
De gauche à droite : Lawrence, Deebank et Ainge


Vos commentaires

  • Le 11 novembre 2011 à 17:24, par Laurent Chevalier En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci infinimment pour ce morceau d’érudition « lawrencien » pertinent et informé.
    Mon histoire personnelle avec Felt a commencé en 1981 ou 1982 (?) à Nancy à 2 pas de la « place Stan’ » dans la triste boutique d’un disquaire-marchand de partoches et d’instruments, pas du tout branché...On découvrait et achetait alors beaucoup « à l’instinct », en fouillant compulsivement les bacs...Le maxi « Penelope Tree » vient de là, 30 ans après, Felt m’apparait encore plus comme un petit miracle de mystère et de douloureuse beauté.Felt, 1ère pierre à l’édifice d’une période d’une richesse insoupçonnée et scandaleusement mésestimée. Permettez-moi à cet effet de vous citer :

    « Il faut dire qu’à l’époque, en plus de l’ombre faite par la toute nouvelle avalanche de groupes-MTV, la naissance des labels dits indépendants se montre rarement efficace pour révéler un minimum la qualité sous-jacente des années 80 (hormis quelques exemples comme Cure ou REM). C’est ainsi que les préjugés négatifs sur la décennie, telle une malédiction maladive et contagieuse, commencent à se dessiner et progresseront vers une loi indélébile. » Eh oui, hélas, vous n’avez que trop raison. Citons le précieux « Rip It Up and Start Again » de l’excellent Simon Reynolds comme témoignage essentiel et...quasi unique de ce foisonnement à re-découvrir de toute urgence (Oublis majeurs néanmoins de l’auteur à mon sens : Monochrome Set, Eyeles in Gaza,...)

    Bien à vous, Oh ! Rédactrice ! je vais prendre le temps d’aller découvrir vos nombreuses contributions sur ce site, que je n’avais fait jusqu’ici que survoler, honte à moi !

    Laurent

  • Le 12 novembre 2011 à 22:11, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci Laurent ! Ca fait toujours plaisir de lire les rares fans de Felt.

    Vous avez donc eu la chance de découvrir Felt en temps réel, et surement d’autres groupes de cette fabuleuse période.

    Vous avez raison de citer Simon Reynolds, je m’y suis souvent référée, son livre est riche, très détaillé, avec des descriptions justes et accessibles. Pour ne citer qu’un oubli, flagrant et pas innocent je pense, c’est The Cure. Ils sont juste évoqués. C’est bizarre de faire à ce point l’impasse sur un des représentants du post-punk, donc mystère... Et Monochrome Set, effectivement.

    A bientôt !

  • Le 12 novembre 2011 à 22:15, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    J’ai oublié d’ajouter, si vous recherchez d’autres articles sur Felt, il y a un site qui regroupe tout (majoritairement en anglais par contre) : http://felt.planetaclix.pt ainsi qu’un livre écrit par un français, JC Brouchard : « Felt : Ballad of the Fan ».
  • Le 4 décembre 2011 à 21:23, par etienne En réponse à : Felt, beautiful losers

    Un livre de photos de FELT avec un avant propos de Lawrence devrait sortir aux éditions Firstthirdbooks au début 2012 : FELT - The Book

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Sources :
 
Inrockuptibles N°21, 1990 (interview par Bates)
Felt Tribute Site, http://felt.planetaclix.pt, contient notamment les articles et liens suivants :
-* Option, 1988 (article de Joe Press)
-* Box set booklet (interview par Kevin Pierce)
-* NME, novembre 1986
-* http://vivonzeureux.blogspot.com (articles de Pol Dodu)
-* http://www.musicianguide.com (article de Tiger Cosmos)
-* http://www.furious.com (article de Lee McFadden)
-* http://www.tangents.co.uk (article de Alistair Fitchett, 1996)