Portraits
Felt, beautiful losers

Felt, beautiful losers

par Oh ! Deborah le 9 octobre 2007

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 Il fallait s’arrêter. C’est parfait.

Pour ce Me And The Monkey On The Moon, Lawrence a dû changer de label parce que Creation n’était pas en mesure de le sortir avant la date limite (la fin préfabriquée du groupe) imposée par Lawrence. C’est donc ironiquement sur Cherry Red (!) que le disque est sorti. Felt a donc bien publié dix albums en dix ans, et s’est construit un mythe relatif, le genre de projet de lois pour lesquelles les artistes se battent, et qui les rendent, sans que l’on sache vraiment pourquoi, touchants. Pourtant n’importe qui aurait avant lui, lâché le projet. Cependant, son pari des dix singles a échoué en raison de la « revanche » de Creation qui a ressorti entre temps d’autres singles. Lawrence s’est donné entièrement pour graver l’histoire de ses pop-songs de trois minutes à moitié torturées, et que s’il aura passé dix ans de sa vie à se battre pour la musique, la seule chose qui ne le blase pas, c’est avant tout dans l’idée simple de sortir des choses de qualité, d’ajouter sa pierre à l’édifice, d’être ce qu’il a toujours voulu être, une légende, même petite, en vain. L’ensemble de la pop alternative à venir s’en souviendra, Jarvis Cocker aussi.

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Lawrence
1987

Depuis, un DVD de Felt est sorti et contient un concert qu’ils ont donné à Londres en 1987, dont une reprise de Michel Polnareff, Ame Câline, rebaptisée Soul Coaxing. « C’est la seule chose qui ait été filmée. Ce n’est pas de très bonne qualité, pas très bien filmé, c’est comme Joy Division avec leur video Here Are The Young Men, filmé en super 8. Ceci sera l’unique chance pour les gens qui veulent nous voir en live. Parce que je ne reformerai jamais Felt. Quoi qu’il advienne. Jamais ». On a souvent fait remarquer à Lawrence que son groupe ne tournait pas beaucoup. « Ne pas jouer live très souvent crée un mystère. Et peu de gens sont comme ça. Tout le monde est toujours en tournée. »

Le dernier concert de Felt eut lieu à Birmingham, précieusement programmé en décembre 1989. Le concert s’est terminé par Ballad Of The Band, en hommage à Maurice Deebank...

Conceptuellement, Felt ne voulait pas appartenir aux années 90. Me And A Monkey On The Moon sort, et « à Londres, les gens ont le sentiment que Felt vient de sortir son meilleur album. Je suis fier d’arrêter pour des raisons artistiques plutôt que de continuer parce que ça pourrait enfin marcher. Il fallait s’arrêter. C’est parfait. Felt appartient aux années 80 et se termine en décembre 1989. On s’en souviendra comme d’un groupe des années 80. » Au moment où Lawrence dit cela, il n’a plus un sou en poche et devra vendre son appartement. C’est une histoire de plus parmi celles du rock qui s’achève, l’histoire d’un groupe et surtout d’un personnage jugé excentrique, irascible, mais sensible et talentueux. Il a mis la barre trop haute et on l’aurait mis à terre parce qu’il n’en a fait qu’à sa tête sans jamais l’aide de ses labels, en arrêtant la carrière de Felt qui commençait tout juste à grimper. Incorrigible Lawrence. Même Dan Treacy s’en est (un peu) mieux sorti. Lawrence multipliera projets et albums dans les années 90 jusqu’à aujourd’hui (Denim, groupe avec lequel il aura pour mission d’enterrer les années 80... Et ensuite Go-Kart Mozart). En 2007, Maurice Deebank est bouddhiste et vit non loin de Birmingham. Lawrence a quarante six ans et clame à qui veut l’entendre que toute son existence consiste à faire de la musique dans le but de devenir riche et célèbre.

Merci à Pol Dodu et au Felt Tribute Site



Vos commentaires

  • Le 11 novembre 2011 à 17:24, par Laurent Chevalier En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci infinimment pour ce morceau d’érudition « lawrencien » pertinent et informé.
    Mon histoire personnelle avec Felt a commencé en 1981 ou 1982 (?) à Nancy à 2 pas de la « place Stan’ » dans la triste boutique d’un disquaire-marchand de partoches et d’instruments, pas du tout branché...On découvrait et achetait alors beaucoup « à l’instinct », en fouillant compulsivement les bacs...Le maxi « Penelope Tree » vient de là, 30 ans après, Felt m’apparait encore plus comme un petit miracle de mystère et de douloureuse beauté.Felt, 1ère pierre à l’édifice d’une période d’une richesse insoupçonnée et scandaleusement mésestimée. Permettez-moi à cet effet de vous citer :

    « Il faut dire qu’à l’époque, en plus de l’ombre faite par la toute nouvelle avalanche de groupes-MTV, la naissance des labels dits indépendants se montre rarement efficace pour révéler un minimum la qualité sous-jacente des années 80 (hormis quelques exemples comme Cure ou REM). C’est ainsi que les préjugés négatifs sur la décennie, telle une malédiction maladive et contagieuse, commencent à se dessiner et progresseront vers une loi indélébile. » Eh oui, hélas, vous n’avez que trop raison. Citons le précieux « Rip It Up and Start Again » de l’excellent Simon Reynolds comme témoignage essentiel et...quasi unique de ce foisonnement à re-découvrir de toute urgence (Oublis majeurs néanmoins de l’auteur à mon sens : Monochrome Set, Eyeles in Gaza,...)

    Bien à vous, Oh ! Rédactrice ! je vais prendre le temps d’aller découvrir vos nombreuses contributions sur ce site, que je n’avais fait jusqu’ici que survoler, honte à moi !

    Laurent

  • Le 12 novembre 2011 à 22:11, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    Merci Laurent ! Ca fait toujours plaisir de lire les rares fans de Felt.

    Vous avez donc eu la chance de découvrir Felt en temps réel, et surement d’autres groupes de cette fabuleuse période.

    Vous avez raison de citer Simon Reynolds, je m’y suis souvent référée, son livre est riche, très détaillé, avec des descriptions justes et accessibles. Pour ne citer qu’un oubli, flagrant et pas innocent je pense, c’est The Cure. Ils sont juste évoqués. C’est bizarre de faire à ce point l’impasse sur un des représentants du post-punk, donc mystère... Et Monochrome Set, effectivement.

    A bientôt !

  • Le 12 novembre 2011 à 22:15, par Oh ! Deborah En réponse à : Felt, beautiful losers

    J’ai oublié d’ajouter, si vous recherchez d’autres articles sur Felt, il y a un site qui regroupe tout (majoritairement en anglais par contre) : http://felt.planetaclix.pt ainsi qu’un livre écrit par un français, JC Brouchard : « Felt : Ballad of the Fan ».
  • Le 4 décembre 2011 à 21:23, par etienne En réponse à : Felt, beautiful losers

    Un livre de photos de FELT avec un avant propos de Lawrence devrait sortir aux éditions Firstthirdbooks au début 2012 : FELT - The Book

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Sources :
 
Inrockuptibles N°21, 1990 (interview par Bates)
Felt Tribute Site, http://felt.planetaclix.pt, contient notamment les articles et liens suivants :
-* Option, 1988 (article de Joe Press)
-* Box set booklet (interview par Kevin Pierce)
-* NME, novembre 1986
-* http://vivonzeureux.blogspot.com (articles de Pol Dodu)
-* http://www.musicianguide.com (article de Tiger Cosmos)
-* http://www.furious.com (article de Lee McFadden)
-* http://www.tangents.co.uk (article de Alistair Fitchett, 1996)