Portraits
Blondie, le joyau de la New Wave

Blondie, le joyau de la New Wave

par Milner le 7 juin 2005

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 L’option disco, une marque de fabrique

A la suite de nombreux passages télévisuels et d’une tournée mondiale, le groupe retourne en studio pour y concocter une nouvelle recette sonique mais finalement toujours axée sur les ingrédients du succès : guitares power-pop et sensibilité pop outrageusement mise en avant. Le quatrième album de Blondie, Eat To The Beat, paraît à l’automne 1979, et pour la première fois dans l’histoire du rock, il est également disponible en images, sous la forme d’une vidéo long format qui contient les onze clips des onze chansons qui le composent. Comme pour contrebalancer le phénomène Blondie, Harry expliquait : « En formant Blondie, nous nous sommes tous dit que le cinéma, tout comme les dessins animés et les BD, devaient faire partie de nos références graphiques, visuelles. La légèreté et le sens de l’absurde sont deux éléments que nous avons hérité du monde des « comics » américains, deux éléments qu’une minorité seulement des critiques rock parviennent à saisir lorsqu’ils considèrent Blondie. C’est l’un des grands drames de ce groupe : nous sommes pris beaucoup trop au sérieux. Rectification : le rock’n’roll dans son ensemble est pris beaucoup trop au sérieux ». Bardé de morceaux tels le cold wave-pop très british Union City Blues (impeccablement repris quinze ans plus tard par les oxfordiens de Radiohead), l’hypnotique Atomic au solo de basse des plus lubriques ou encore le funky The Hardest Part, l’album Eat To The Beat fourmille de tubes et devient le digne successeur de Parallel Lines mais curieusement, l’album ne parvient pas à s’imposer aux États-Unis. En Europe, il en va tout autrement et l’effarante Dreaming fait un véritable carton. Blondie est alors au plus haut de son succès avec une formule gagnante qui associe des chansons commerciales et des vocaux clairs et légers, avec un soupçon d’agressivité punk. Cette recette leur permet d’atteindre un très large public, à la fois pop et rock. Debbie Harry, quant à elle, est devenue sans mal un des sex-symbols du rock les plus photographiés. Et quand Norman Mailer l’immortalise pour la couverture de Vogue, c’est une autre forme de consécration internationale.

Cette surexposition médiatique n’a pas que des conséquences bénéfiques. Les musiciens de Blondie ont de plus en plus de mal à accepter d’être relégués au second plan, ce qui entraîne aigreur et jalousies. Au moment où Blondie est #1 en Angleterre avec Atomic, Paul Schrader termine le film American Gigolo. Giorgio Moroder, qui en a écrit la musique, cherche un interprète pour le titre principal, et son choix s’arrête sur Blondie. « Giorgio Moroder était une grande star dans le domaine de la musique et du business, note Debbie Harry. Il avait fait tous ces disques fabuleux avec Donna Summer. Et là, il était en train de réaliser la bande son du nouveau film de Paul Schrader, American Gigolo. Je ne me souviens plus si c’est Giorgio ou Paul qui nous a mis sur le projet, mais en tout cas, ils nous ont envoyé une maquette de la chanson qu’avait composée Giorgio et qui s’appelait à l’époque Man Machine. Giorgio en avait aussi écrit le texte et c’est lui qui chantait sur la démo. Nous avons tout de suite adoré la musique, mais les paroles, nous ne les trouvions pas, comment dire, très appropriées. Nous lui avons donc demandé s’il était d’accord pour que nous réécrivions le texte et il a dit : OK. Je pense qu’il avait très envie de travailler avec nous et qu’il était curieux de voir ce que nous pourrions tirer de sa chanson. Nous nous sommes alors tous rendus à l’Hôtel Pierre où on nous a projeté un pré-montage du film et dans la foulée, nous avons écrit les paroles de Call Me ».

La collaboration électro-rock Call Me est en tête des charts de chaque côté de l’Atlantique et s’installera aux États-Unis pendant six semaines consécutives. Pour le magazine Billboard, c’est le single de l’année 1980. Après l’escapade American Gigolo, Blondie publie l’album Autoamerican en novembre 1980. Le premier single qui en est extrait confirme l’option ’grosse lampe qui tourne’ amorcée par le groupe avec Heart Of Glass, Atomic et Call Me et délaissant la power pop furieuse des premiers albums : il s’agit de la reprise d’un reggae composé par John Holt, The Tide Is High. John Holt l’avait d’ailleurs lui-même enregistré dans une version très proche avec son propre groupe, les Paragons. Et même si les fans de la première heure renâclent, The Tide Is High est de nouveau numéro un aux États-Unis et en Angleterre. Cet avant-goût tropical confirme le contenu plus éclectique de ce cinquième album puisqu’il donnera un autre #1, Rapture, en mars 1981. Pour Chris Stein et Debbie Harry qui ont écrit la chanson, c’est une grande fierté, car c’est la première fois qu’un rap s’impose au niveau national aux États-Unis. En effet, le titre fondateur du genre, le Rapper’s Delight de Sugarhill Gang, n’avait pas dépassé la 36ème place du hit-parade yankee l’année précédente. C’est ce titre (notamment la partie rap de Harry) qui, en France, inspirera le groupe Chagrin D’Amour pour son tube Chacun Fait (C’Qui Lui Plait). En 1981, la compilation en forme de bilan The Best Of Blondie ne fait que confirmer ce que l’on pressent depuis Autoamerican, l’album de l’année précédente : le groupe est au bord de la rupture. Pour tenter de calmer les tensions, les musiciens se séparent et s’attellent à des projets personnels. Debbie publie son premier album solo, Koo Koo ; Jimmy Destri enregistre le sien, Heart On A Wall ; Clem Burke se lance dans la production de jeunes groupes new-yorkais ; Nigel Harrison retourne en Angleterre et Chris Stein compose la bande originale du film Polyester. Pourtant, contrat oblige, tout le monde se retrouve en 1982 pour un dernier album, l‘indigent The Hunter. Les ventes internationales s’effondrent, les conflits internes et les problèmes de santé apparaissent au grand jour et la nouvelle direction musicale du charmant calypso Island Of Lost Souls confirme bien que Blondie est un groupe à singles et n’a plus jamais livré un album réussi dans son intégralité depuis Parallel Lines. The Hunter part dans tous les sens et ne sait pas vraiment quelle direction prendre ; le cœur n’y est plus vraiment et ça s‘entend.

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[1Sources bibliographiques :

  • Ouvrages : BlondieStyle par Steve Pafford, 2002.
  • Magazines : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Q Magazine
  • Interviews : Georges Lang

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