Portraits
Blondie, le joyau de la New Wave

Blondie, le joyau de la New Wave

par Milner le 7 juin 2005

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  No Exit ou le courageux retour de Blondie

Alors que Blondie entame sa dernière tournée, Chris Stein connaît de très sérieux ennuis de santé (il se murmure qu’il souffrirait d’une déficience génétique) qui précipitent la fin du groupe. La rupture consommée, Deborah Harry passe les années 1983 et 1984 au chevet de Chris. Professionnellement, elle se contente d’une apparition au cinéma dans Videodrome et au théâtre dans Teaneck Tanzi : The Venus Flytrap, une pièce qui ne tient malheureusement l’affiche qu’une seule soirée ! Chris Stein rétabli, Debbie Harry revient à la chanson en 1986 avec un deuxième album solo, Rock Bird, qui annoncera une carrière solo de cinq efforts des plus convenues. A aucun moment durant les seize années qu’a duré leur séparation, la chanteuse le confirme, les ex-membres de Blondie ne se perdent de vue : « Nous sommes constamment restés en contact. De temps en temps, on se croisait ou on se parlait au téléphone. Bien sûr, durant toutes ces années, Chris et moi nous sommes restés très liés et nous nous sommes souvent retrouvés pour de longues conversations amicales à propos de tout et de rien. Et puis, il m’arrivait lors d’une sortie de tomber sur Jimmy ou de rencontrer Clem dans une soirée, ce genre de choses... En fait, nous sommes toujours restés aussi proches que nous l’étions à l’époque du groupe ». Une première reformation de Blondie a lieu début 96 : plusieurs chansons sont enregistrées avec leur ancien producteur, Mike Chapman, puis deux nouveaux titres sont mis en boite avec deux ex-Duran Duran en vue d’une compilation. Mais ces retrouvailles n’ont pas de suite et le matériel est remisé dans un tiroir. En 1997, sous le pseudonyme de Adolph’s Dog, Blondie réapparaît sur un disque en hommage à Iggy Pop, We Will Fall : The Iggy Pop Tribute. Cette fois, c’est plus sérieux, et après sa participation à un festival à Washington, le groupe annonce officiellement sa reformation et son intention d’enregistrer un nouvel album.

On peut trouver de multiples raisons au retour de Blondie : le succès de groupes comme Garbage n’y est sûrement pas étranger, tout comme la réapparition d’Atomic dans les hits-parades grâce à son utilisation dans la campagne de pub d’un fameux soda. Sur ce sujet, Chris Stein propose une explication moins matérielle : « Pourquoi nous sommes-nous reformés ? En fait, c’est assez simple. Blondie avait eu beaucoup de succès, nous étions un groupe reconnu. Et pour ma part, je ne voulais pas un jour avoir le sentiment d’avoir raté une opportunité, je ne voulais pas me retrouver dans dix ans à me dire : Zut, j’aurais dû le faire, et ne l’avoir pas fait. Et puis, il y avait l’envie de participer à notre façon, c’est-à-dire activement, au changement de millénaire. Sans compter les fans qui attendaient ce moment depuis très longtemps ». La reformation de Blondie est aussi un acte de raison, les musiciens ayant bien été forcés d’admettre qu’ils avaient besoin du groupe pour donner la pleine mesure de leur talent. Et plutôt que de voir la formule « ex-Blondie » accolée à vie à leur nom, ils ont préféré réactiver la structure qui avait permis leur épanouissement musical. C’est d’ailleurs ce que Chris Stein et Debbie Harry ont voulu exprimer en choisissant le titre du septième album qui marque leur retour en mars 1999, No Exit. Le groupe se présente sous la forme d’un quatuor composé de Debbie Harry, Chris Stein, Jimmy Destri et Clem Burke. Nigel Harrison et Frank Infante ne sont pas là : ils sont d’ailleurs en procès avec leurs anciens camarades à qui ils réfutent le droit d’utiliser le nom Blondie sans leur accord. Du point de vue artistique, contrairement à celle de bien d’autres groupes « historiques », la reformation de Blondie apparaît comme totalement justifiée. Car l’écoute de No Exit constitue une très agréable surprise. Malgré les années, le groupe n’a rien perdu de sa créativité et l’on reste admiratif devant son habileté à composer des chansons imparables, mémorisables dès la première écoute, à l’instar du single Maria, qui se classe très vite numéro un en Angleterre. Le come-back de Blondie en 1999 avec No Exit n’était pas qu’un feu de paille, l’album suivant de 2002, The Curse Of Blondie, est là pour le prouver. Varié et libre, l’album n’a d’autre fil conducteur que la qualité des chansons qui le composent.

The Curse Of Blondie paraît sur un nouveau label, Epic, et ce changement de maison de disques n’est pas simplement anecdotique. Pour Debbie Harry, c’est un choix réfléchi que le groupe a fait en toute connaissance de cause : « Je crois que nous travaillons bien avec cette maison de disques. Ils ont une bonne perception de ce que nous sommes et de notre histoire. Je crois aussi qu’ils sont prêts à prendre quelques risques avec nous, à faire quelque chose de légèrement différent, d’un peu plus aventureux. Je l’espère en tout cas ; on verra. Car il ne faut pas oublier que tout ça, c’est du business, c’est une activité très contraignante et nous savons tous que l’industrie du disque se trouve devant un dilemme délicat avec le téléchargement, et nous y sommes partie prenante, et nous comprenons parfaitement les deux points de vue qui s’opposent. Je sais que les CD sont très chers, surtout pour les jeunes et les chômeurs. Il ne peuvent pas acheter de disques, or nous, nous voulons qu’ils puissent avoir accès à notre musique. Mais en même temps, nous voulons être payés pour notre travail : c’est une position à double tranchant. J’espère qu’on pourra trouver une solution. On est dans un nouveau monde technologique qui touche aussi et surtout la musique. C’est la rançon du progrès ».

The Curse Of Blondie scelle le courageux retour d’un groupe dont l’énergie et l’inspiration sont intactes. On se rend compte ainsi que la musique du groupe n’est pas destinée à un public particulier. Blondie est devenu d’une certaine façon des miroirs pour le public parce qu’il a vécu chacun de son côté les mêmes expériences. Ce que l’on constate pendant les concerts, c’est que le combo joue pour un public dont l’âge va de douze à soixante ans. Il s’adresse à tout le monde et c’est ce qui fait les grandes foules. D’ailleurs, elle demeure la seule formation a avoir engendré des tubes placés à la première place des charts britanniques dans les années 70, 80 et 90. Premier groupe à notre connaissance à être emmené et dominé par une fille, Blondie a ouvert la voie à des artistes aussi divers que Hole, Garbage, The Cardigans, Annie Lennox voire Madonna et est considéré comme le pionnier dans l‘art de combiner différents styles de musique avec succès. Deborah Harry, qui vient d’être honorée par un timbre à son effigie émis par la poste du Mali, savoure l’instant présent, sans tirer de plans sur la comète. Car, après tout qui sait de quoi l’avenir est fait ?

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[1Sources bibliographiques :

  • Ouvrages : BlondieStyle par Steve Pafford, 2002.
  • Magazines : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Q Magazine
  • Interviews : Georges Lang

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