Portraits
Blur, mis au net

Blur, mis au net

par Milner le 6 avril 2005

Groupe très influent des années 90, Blur a su se renouveler pour conserver sa place parmi l’élite britannique. De Colchester au Maroc, retour sur un itinéraire musical atypique !

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 The next big thing

C’est un groupe aux idées pas très claires, très bruyant et tout à fait arty qui commença à composer de nouveaux morceaux sous influence Madchester. Il est évident que pour Food Records, tout était déjà prêt pour le grand lancement de ce que les Anglais appellent the next big thing. Le premier simple She’s So High- morceau nébuleux constitué d’une partie vocale de Albarn on ne peut plus langoureuse- sorti le 1er octobre 1990, n’arriva qu’en 48ème position des charts britanniques alors qu’il fut un petit succès indie. Le grand public ne se laissa même pas impressionner par le mini scandale que provoqua la pochette, que quelques groupes féministes considéraient sexiste car on y voyait une fille presque nue à cheval sur un hippopotame. Par contre, il n’en fut pas de même pour ce qui allait être le premier grand tube du groupe, le single There’s No Other Way sorti en avril 1991. Enregistrée en janvier au cours de la première séance que le groupe réalisa avec Stephen Street, ex-producteur de The Smiths, cette chanson devint le dernier classique du son Manchester, mouvement qui commençait à agoniser.

Basée sur une rythmique baggy, c’était une vraie célébration de l’hédonisme de la jeunesse Madchester et de la musique pop contagieuse. Le single monta très vite au hit-parade et atteignit la 8ème place. Blur était devenu un groupe pop pour toute la famille. Cet aspect faisait d’ailleurs oublier la médiocrité des paroles et la soi-disant originalité de la chanson. Ce que le public et la presse demandaient, c’était des singles faciles à retenir et qui donnaient envie de danser. Damon Albarn, de son côté, était le point de mire du public et continuait son petit jeu : il faisait des déclarations arrogantes à la presse telles que « Blur s’est formé le jour où Morrissey a dit que la pop était morte et que The Smiths avait été le dernier groupe pop...Blur est né à cause du culot de Morrissey. Je pense qu’on a démontré que ce qu’il avait dit était faux ». Blur vivait une époque confuse où d’une part, il essayait encore de digérer les conséquences de son succès commercial et d’autre part, il était trop perméable aux modes musicales naissantes ; si bien que quand le quatuor de Colchester publie son premier album Leisure en août de la même année, ce compromis musical apparaît clairement. Comme c’était à prévoir, le public et la critique n’eurent pas les mêmes réactions : alors que les teenagers faisaient grimper Leisure jusqu’à la 7ème place des charts, la presse parlait du groupe sur un ton moqueur, le surnommant « les Bros Du Baggy » en référence au néfaste couple de jumeaux blonds aux yeux bleus qui eut un triomphe commercial durant les eighties. « Dans nos deux premiers singles, on essayait d’avoir le même son que The Stone Roses. Ce n’était pas vraiment ce que nous voulions faire, mais on faisait ce que notre compagnie nous disait de faire. À court terme, ça nous a beaucoup aidé, mais à long terme, ça nous a fait beaucoup de mal », se rappelle Albarn.

Tout semblait aller pour le mieux au début de l’année 1992, puisque ce fut le groupe lui-même qui posa la première pierre de son retour avec la parution du single Popscene, en guise d’affranchissement musical sur les desiratae du staff de Food Records. C’était une rebellion du groupe contre l’impasse dans laquelle il s’était engagé. Claustrophobe comme pas deux, c’était un morceau inhabituel pour l’époque, sous influence Buzzcocks revendiquée, choix plutôt surprenant pour la dernière coqueluche du public britannique, dont la seule réussite était jusqu’alors un laborieux plagiat de The Charlatans et le seul « attrait » un bellâtre arrogant en guise de lead singer. La chanson fit une brève apparition dans les charts où il n’arriva qu’en 32ème position. Le public paraissait avoir presque oublié le groupe, et cela en moins de six mois ! La critique se montra indifférente devant une telle explosion d’énergie et le single tomba dans l’oubli malgré les efforts de la maison de disques. Blur donnait l’impression d’arriver toujours trop tard. Devant l’indifférence ressentie du public anglais, le groupe décida de se réfugier dans de longues et interminables tournées à travers le monde. Andy Ross fit jouer ses poulains en première partie de tous les groupes qui commençaient à sentir mauvais, à ne plus assumer leur statut que du haut d’une neigeuse indifférence. La meilleure des tournées fut, sans aucun doute, celle qu’il effectua au Japon - en comparaison avec le fiasco réalisé aux États-Unis - puisqu’elle fut un rayon de soleil parmi toute cette désolation. Les membres du groupe furent reçus au milieu d’une hystérie collective, ce qui était prévisible vu l’énorme quantité de japonais qui assistaient à leurs concerts londoniens (ce que le semi-officiel Live At Budokan de 1996 dévoilera lui aussi). À leur retour en Angleterre, ce fut un vrai cauchemar quand ils découvrirent le climat musical dominant. « On nous tournait le dos, explique Coxon, et on ne parlait que de Nirvana, du grunge et de Suede. Suede était partout et nous, nous étions de la merde. C’était bizarre, je suis allé à l’Underworld et personne ne voulait me parler, on nous ignorait. »



[1Sources diverses

Magazine : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Rock Sound, Q Magazine.

Fanzine : Blurb.

Ouvrage : Blur par Juan de Ribera Berenguer (1996).

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