Portraits
Blur, mis au net

Blur, mis au net

par Milner le 6 avril 2005

Groupe très influent des années 90, Blur a su se renouveler pour conserver sa place parmi l’élite britannique. De Colchester au Maroc, retour sur un itinéraire musical atypique !

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 Blur sur la corde raide

Côté coulisse, les habitudes du groupe n’avaient pas évoluées. À l’occasion d’un concert de bienfaisance organisé par le NME, Blur proposa une performance pathétique, le groupe entra sur scène dans un état déprimant en raison de la forte dose d’alcool ingérée. On dut aider Albarn à marcher et il conseilla au public, avant même de commencer, de rentrer chez eux parce qu’ils allaient faire un concert de merde. Les critiques leur sautèrent dessus férocement et David Balfe, boss de Food Records, leur dit à la fin du concert qu’ils étaient fichus et qu’il ne leur donnait pas plus d’un mois à vivre. Le petit monde de la pop ne fut pas surpris lorsque le groupe annonça qu’il était en faillite. Malgré beaucoup d’argent perçu comme royalties pour There’s No Other Way, tout le monde connaissait la tendance au gaspillage du groupe qui, conjuguée aux fortes avances qu’ils avaient perçues et à la mauvaise gestion des managers, les avait mis dans une situation tragique. Un temps envisagé comme producteur de l’album suivant, Andy Partridge - leader de XTC - ne fut pas le remède attendu et les séances réalisées ensemble furent un échec complet. Le grand génie de Partridge, d’un côté, et les continuelles saoûleries du groupe, de l’autre, firent qu’on en tira rien de bon. Les pontes du label furent loin d’être enchantées par les résultats, sans parler de la facture et moins encore quand on leur apprit que le groupe refusait d’utiliser les bandes ! Ce fut l’origine d’une nouvelle rupture entre Blur et la compagnie. L’attitude du groupe et l’absence de singles clairs dans le nouveau répertoire, créèrent de grandes réticences chez Food concernant la poursuite de leur partenariat.

Laissé exangue par une année 1992 exécrable, le groupe opéra alors un radical changement musical l’année suivante afin de se démarquer des groupes grunges américains qui envahirent les charts mondiaux. 1992 passa dans l’histoire comme l’année au cours de laquelle les groupes britanniques restèrent au second plan face aux Américains. Durant leur désastreuse tournée américaine, la nostalgie permanente de l’Angleterre les fit se diriger vers les groupes qui avaient marqué leur adolescence comme Madness, The Jam, The Kinks, The Who ainsi que les groupes ska du label 2-Tone. Il était logique de penser que pour récupérer l’hégémonie britannique dans la pop, il fallait cesser de se regarder le nombril et parler de ce qu’il se passait aux alentours, et ne pas se mettre à imiter ce que faisaient les Américains parce qu’ils le feraient sûrement mieux que quiconque. Blur paraissait être à sa place au bon moment, malgré le fait qu’ils partaient de zéro. Le public n’attendait plus rien d’eux et les croyait morts. Assisté d’un nouveau manager, Chris Morrison, qui s’était auparavant chargé des affaires de The Jesus And Mary Chain, le groupe rétablit les relations avec son label en quémandant une nouvelle chance tout en promettant de mettre un terme à sa décadence physique, aspect qui devint vital lorsque Coxon reçut un sérieux avertissement de la part des médecins concernant le train de vie qu’il menait.

 Modern Life Is Rubbish, le tournant

Avec ce nouveau soutien, le quatuor s’enferma en studio avec Stephen Street, le producteur qui les avait le mieux compris jusqu’alors, afin de récupérer des chansons de séances préalablement rejetées et d’enregistrer de nouvelles compositions. Pourtant, selon Food Records, l’album à venir manquait d’une ou deux chansons qui font qu’un disque multiplie ses ventes par trois. La légende retiendra que Albarn était dans une forme supersonic puisque le lendemain, il se présentait dans les locaux de la maison de disques avec Chemical World et For Tomorrow, deux des trois simples du second album. For Tomorrow sortit le 19 avril 1993 et fut lancé par le label comme « le Waterloo Sunset des années 90 ». Composé par le chanteur à Colchester le jour de Noël 92, cette composition est pour bon nombre de musicologues la première pierre du mouvement que le groupe s’apprête à définir avec la sortie de leur deuxième album : la britpop. C’était une chanson prétentieuse qui jouait avec la fusion de l’immédiateté pop et la difficulté des « grandes chansons ». Cependant, et bien qu’elle soit clairement un hit, son accueil ne fut pas du tout spectaculaire. Les soupçons nés du changement d’image et de son produisirent un scepticisme généralisé face à la nouvelle position du groupe, ce qui fit que le single grimpa dans les charts seulement à la 28ème place. La réaction de la presse fut pire : elle continuait de les accuser sans pitié par des commentaires sarcastiques tels que « cette chanson semble être composée par The Small Faces emmené par Syd Barrett mais avec des chansons écrites par Jeff Lyne ! » ou encore « Blur, vous êtes comme The Soup Dragons, maintenant allez vous faire foutre ! ».



[1Sources diverses

Magazine : Rock & Folk, Les Inrockuptibles, Rock Sound, Q Magazine.

Fanzine : Blurb.

Ouvrage : Blur par Juan de Ribera Berenguer (1996).

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