Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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Retrait qu’il va se voir obliger de rompre pour revenir sur scène un soir de janvier 1968 au Carnegie Hall de New York. En effet, Woody Gulthrie est mort en 1967 et beaucoup d’artistes folk viennent lui rendre hommage le temps d’un soir... dont Dylan qui s’est fait bien sûr prier mais qui vient, accompagné du Band, reprendre quelques classiques de son parrain de jeunesse à la sauce électrique, ce qui évidemment ne plait pas au public composé en majorité de folkeux, mais maintenant, ils commencent à être habitués !

Dylan mène donc maintenant une vie rangée. Il est un père de famille comblé depuis la naissance de son troisième enfant avec Sara, le petit Samuel né en plein Summer Of Love. Il a même arrêté de fumer. Le renversement avec les années 65-66 est donc total et l’exploration de la country music continue de la passionner puisque Dylan se rapproche de plus en plus de Johnny Cash, allant même jusqu’à reprendre avec lui son fameux titre à la sauce country, The Girl From The North Country, qui ouvre sa nouvelle livraison d’avril 69, Nashville Skyline.

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Bob Dylan et Johnny Cash

Nashville justement, devient la nouvelle référence de Dylan qui participera même à l’émission de Cash, entouré à cette occasion de vieux countrymen avec qui il aurait presque pu prendre le thé avec un petit biscuit. Les temps changent vous disais-je. Nashville Skyline est un album honnête mais sans plus toujours plus roots dans lequel Dylan trouve quand même le moyen de placer un tube imparable, Lay Lady Lay, originellement destiné à la bande originale du film Macadam Cowboy de John Schlesinger, mais écrite trop tard pour y être. Reprise avec Cash donc, instrumental dans la plus pure tradition country avec Nashville Skyline Rag, tout y est, le sieur Dylan est un artiste country qui se veut résolument anti-commercial et le pire c’est qu’il continue à vendre des brouettes de disques à la jeunesse occidentale. Il pourrait faire du folklore le plus niais possible, ça marcherait sûrement...

Alors c’est ce qu’il fait. Il se lance dans un nouvel album avec la véritable résolution de se suicider commercialement. Il décide de faire des reprises, et pas les meilleures, comme celle de Gilbert Bécaud, ce Je T’Appartiens, qui devient l’insupportable Let It Be Me. Paul Simon a le droit à sa reprise également avec le non mieux réussi The Boxer. Les morceaux qu’enregistre Dylan sont résolument mièvres et disons-le, chiants. Le problème c’est que cela n’est pas à mettre sur le compte d’un manque d’inspiration mais sur une véritable volonté de se perdre dans le mauvais pour perdre tout le monde et ainsi son statut d’icône qui lui colle à la peau et enfin, pouvoir être un être humain, seul, avec ceux qu’il aime, sa femme et ses enfants.

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Le costard blanc de l’île de Wight

À l’été 69, Dylan stoppe ses sessions pour participer exceptionnellement au festival de l’Île de Wight en échange d’une très forte somme d’argent. Accompagné du Band et vêtu d’un costard blanc flambant neuf, il réalise une performance maussade devant une foule énorme. Il revisite ses tubes sans la moindre conviction et ne se souvient même plus des paroles de Like A Rolling Stone, un comble ! Dylan a en effet véritablement la tête ailleurs et le double album qui sort en juin 70 est horrible, une véritable catastrophe. Intitulé Selfportrait en raison d’un autoportrait de l’artiste au goût douteux qui se trouve sur la pochette, ce disque ne convaincra personne, même pas Dylan qui s’est complètement désintéressé du projet sur la fin, laissant les musiciens de session arranger les morceaux comme bon leur semblait. Dylan est déjà ailleurs puisqu’à la sortie de Selfportrait, il travaille déjà sur de nouveaux morceaux, sans aucune reprise cette fois-ci, ouf, l’avenir peut ainsi s’annoncer plus palpitant car le présent est en effet bien marécageux. Selfportrait ? Dylan est allé jusqu’à y inclure la version foireuse de Like A Rolling Stone de l’Île de Wight. Pour détruire un mythe, on ne fait pas mieux. Greil Marcus, le critique de Rolling Stone qui a toujours tout compris, aura le commentaire ultime à propos de ce disque dans sa colonne : « Qu’est-ce que c’est que cette merde ? ». On se le demande bien...



[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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