Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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 Le temps du grand cirque rock

1975 se trouvera être l’année d’un grand tournant pour l’artiste. Au début de l’année 1975, Bob Dylan publie le fameux Blood On The Tracks, un retour à une nette force créatrice qui faisait défaut dans ses dernières productions. Blood On The Tracks contient quelques-unes de ses plus belles chansons d’amour : You’re A Big Girl Now et Shelter From The Storm. De son statut particulier, l’album restera un plus indéniable pour les dylanophiles de la Terre entière. Au début du mois de juillet de la même année, paraît ce qui aurait pu s’apparenter à « l’Arlésienne » de Mr. Bob : Basement Tapes, le fameux double album. Fameux car cet album a toute une histoire, déjà fort ancienne dans la carrière musicale de l’ancien troubadour folk. Comme toujours avec Dylan, il a fait ce qu’on attendait le moins de lui. Contre toute espérance, le phénix flamboyant du passé renaît des cendres douillettes où il semblait avoir à jamais disparu, et en prime, le voilà qui déterre son passé le plus mythique. Rappelons une nouvelle fois les faits. En 1967, alors qu’à la suite de son accident de moto le Zimm’ a disparu de la circulation depuis près d’un an, il enregistre toute une série de nouvelles chansons en compagnie de The Band (ou The Hawks, tel était le nom de la formation à cette époque-là), dans la cave de la maison louée par certains membres du groupe près de Woodstock, Big Pink (visiblement entre juin et octobre d’après les notes de pochettes du disque). Les bandes ainsi enregistrées deviendront célèbres sous le nom de Basement Tapes (d’après l’expression même de Dylan) et serviront à faire un disque de démonstration (acétate) pour la maison d’édition qu’il a fondée, Dwarf Music. Plusieurs exemplaires de cet acétate ayant été envoyés à des interprètes éventuels (The Byrds, Manfred Mann, etc...), il y eut inévitablement des fuites et on le retrouva bientôt sous forme de disque pirate, baptisé Troubled Troubadour, Motorcycle ou Little White Wonder, tandis que des extraits en apparurent sur maints autres bootlegs.

Un peu plus tard, vers la fin de l’année (décidément faste pour Dylan), paraît en single son manifeste politique le plus important depuis ses débuts de reconnaissance, Hurricane. Ému par le raffut médiatique autour d’un supposé meurtre commis par le boxeur américain Hurricane Carter, Dylan lui rend une visite dans sa cellule et il devient évident pour lui que Carter est innocent. D’où cette chanson longue de huit minutes qui est une véritable prise de position politique : emprisonnements sous des pressions policières, procès avec un jury exclusivement blanc bref, une claire accusation de la justice de classe, bien loin du pseudo-titre protest qu’était George Jackson (sur la compilation Bob Dylan’s Greatest Hits Vol. II en 1971). Il retrouve ici le sens du classique instantané et Hurricane devint son plus gros tube depuis longtemps. À peine le titre commence à s’imposer à travers les radios du monde entier en cette fin d’année marquée par l’immense Bohemian Rhapsody de Queen que paraît presque simultanément son dix-huitième album, Desire. Le disque est publié au milieu d’une recrudescence de l’intérêt d’un tout nouveau public tout comme celui des vieux fans de la première heure. Il comporte des morceaux de très hautes volées mélodiques tels Isis ou Romance In Durango et est dans l’ensemble convaincant bien qu’il ne possède pas le charme irrésistible des deux autres productions parues en 1975. De plus, le succès venant, il lui sera reproché de monter des faits divers en épingle à travers ses textes (tels Hurricane ou Joey, évoquant un règlement de comptes entre gangs siciliens) en comparaison avec ses premières compositions quinze ans plus tôt où son inspiration venait de la rue. Pour beaucoup, Dylan apparaît comme une superstar enfermée dans sa tour d’ivoire qui ne se tient au courant des nouvelles du monde extérieur qu’au travers du Washington Post du coin...



[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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