Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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Ce qui est finalement paradoxal puisque l’artiste avait entamé une série de concerts dans des petites salles, presque sans publicité préalable, avec toute une invraisemblable bande de copains, des vieux de la vieille (Joan Baez, Roger McGuinn, Jack Elliott, David Blue et bien d’autres) réunis sous l‘appellation « Rolling Thunder Review » . Les concerts sont très longs, la bande prend son pied à jouer ensemble, Allen Ginsberg se joint à eux, les places sont bon marché si bien que les journalistes et photographes s’en voient interdire l’accès. Bref, un retour aux petits clubs qui permet à la star de redescendre parmi les gens. Et puis la machine s’emballe, les médias s’en mêlent et la « Rolling Thunder Review » va se transformer sous l’impulsion du manager de Dylan en une espèce de Woodstock ambulant, qui se voit adjoindre d’autres vedettes (Neil Young, Steve Stills, Joni Mitchell, The Band), et en arrive à grand renfort de publicité à donner des concerts dans des stades de 20 000 ou 30 000 personnes. Au Texas, 60 000 personnes sont espérées un soir et Dylan entre dans une colère noire parce que ce chiffre n’est pas atteint ! De plus, ces concerts sont trop longs, Ginsberg agite ses clochettes, et ce qui était plaisant à observer dans les clubs devient insupportable dans de grands lieux. Et tout ça est supposé être joué au profit de la campagne pour Hurricane Carter, dans un espèce de délire qui va culminer au Madison Square Garden de New York, avec la présence de Muhammed Ali. Si bien qu’on ne sait pas si cet argent a vraiment servi la cause annoncée, un peu comme le Concert For Bangladesh de George Harrison, quelques années auparavant.

Si 1975 avait montré un net regain de forme chez le Zimm’, 1976 le verra bel et bien sombrer dans la machine commerciale qu’avait enfantée les concerts de la « Rolling Thunder Review » : un film et surtout un album live baptisé Hard Rain. Et quelle déception pour les fans de la première heure ! Car effectivement, quel peut bien être le but d’un tel disque, certes enregistré en public, mais rempli uniquement d’anciens morceaux mal joués et dans des versions en tout point inférieures aux originales ? Dans beaucoup de plages, Dylan chante faux, le groupe joue trop fort et n’importe comment, et dans les vieilles chansons, en particulier Memphis Blues Again (inversions de phrases et quelques lignes de plus ou de moins), on ressent comme l’impression que Dylan n’y croit pas, que ce manège médiatique autour de sa personne le déstabilise au plus haut point... En tout cas, c’est ce qu’il en ressort sur le film qui découle naturellement de la tournée de la « Rolling Thunder Review » : Dylan a fait écrire un livre sur cette tournée par un journaliste rock qu’il a payé pour ça, et il a mobilisé une équipe de cameramen et de preneurs de son pour filmer et enregistrer la tournée sous toutes ses coutures, en vue de produire un film de quatre heures paru en 1978, Renaldo & Clara.

Dans ce film, Dylan fait une réflexion sur sa carrière, à l’aide d’interviews de personnages clé comme Joan Baez ou David Blue. Se défendant d’avoir fait un film autobiographique, l’auteur semble avoir cherché à (se) prouver qu’il pouvait être aussi un cinéaste de talent, un peu de la même manière qu’il avait eu sa « tentative » littéraire en 1966 avec Tarantula. On se souvient de sa passion pour les surréalistes, notamment pour André Breton, qui pouvait être l’un des hommes les plus drôles mais les plus inconstants de la Terre. Il y a pourtant un mélange de naïveté et de vanité. L’erreur de Dylan fut de ne pas accepter le fait que réaliser un film était aussi un métier, et de vouloir prouver qu’il pouvait très bien le faire, sur un coup de génie. Il y avait sans doute également un manque de confiance quant à la valeur réelle du résultat final puisqu’on l’a vu multiplier les interviews et autres déclarations pour « expliquer » et présenter son film, ce qu’il a notoirement toujours refusé de faire pour ses chansons ! Force est de constater que le pari était osé et que le Zimm’ avait dans l’idée de capitaliser sur l’incroyable succès critique et commerciale de l’année 1975 et de remonter la pente, car la presse américaine commençait à descendre son film avant même qu’il soit sorti dans les salles, alors que Dylan avait investi un million et demi de dollars dedans ainsi que la distribution car suite aux premières critiques incendiaires, plus aucuns distributeurs n’en voulait. Dylan a donc achevé tant bien que mal la réalisation de son projet en le distribuant lui-même. Renaldo & Clara restera tout simplement un énorme fiasco commercial pour le barde folk. Ayant quasiment englouti toute sa fortune personnelle, il eut même essayé de faire pression sur les distributeurs de The Last Waltz (film de Martin Scorsese retraçant les adieux de The Band, où figure justement Dylan) pour en retarder la sortie, de peur qu’il compromette un éventuel succès de Renaldo & Clara.

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[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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