Portraits
Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

Bob Dylan - Part II - Fucking Star System

par Giom, Milner le 11 septembre 2007

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 Retraite et nouveau renversement

La rumeur enfle donc, on pense que Dylan est au bord de la mort, que son état est végétatif. Pourtant, il n’en est rien, il se remet très vite de quelques vertèbres déplacées et reste tranquillement chez lui à Woodstock pour une convalescence qui au final l’arrange bien. Commence alors une période de tension avec Grossman qui va se terminer par une rupture peu de temps après cet accident et par des procès en séries jusqu’au décès du manager dans les années 80 tant Dylan a décidé de ne plus se laisser diriger et de prendre son destin en main. Or son destin, pour le moment, c’est sa famille et la quiétude qui va avec, malgré les fans qui continuent de l’importuner aux abords de sa résidence. Dylan réalisera quand même, par obligation de contrat envers Grossman, le rockumentaire, Eat The Document en collaboration avec D.A. Pennebaker, consacré à la tournée électrique de 66 mais sans grande motivation. Il entrecoupe volontairement des scènes de live avec des apparitions de fans le conspuant et affirmant son déclin artistique. En tout cas, pour combler le relatif manque d’activité de sa poule aux œufs d’or durant ce début d’année 67, Grossman, en bon commercial, fait sortir de la premier Greatest Hits de Dylan en mars qui bien sûr sera un succès énorme avec près de trois millions de copies écoulées.

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La fameuse maison rose !

Cependant, il ne faut pas croire que pendant cette retraite volontaire, Dylan a oublié la musique. Pas du tout, il continue de fréquenter le Band et enregistre de nouveaux morceaux dans la cave d’une maison peinte en rose que le groupe a baptisé The Big Pink. Dylan y accouche d’un nombre incroyable de morceaux à ce moment là, les enregistrent de façon totalement artisanale mais décide sciemment de ne rien sortir. Il fait même don de plusieurs de ses compositions à d’autres artistes qui font tous des tubes avec ce matériel gracieusement offert par celui qui reste une idole des jeunes. Too Much Of Nothing interprété par Peter Paul And Mary, You Ain’t Going Nowhere par les Byrds ou encore The Mighty Quinn par Manfred Mann rentreront tous dans les charts. Au même moment, de nombreux bootlegs pirates sortent de ces fameux morceaux que Dylan a joué dans cette cave avec le Band, dont le fameux Great White Wonder. Il faudra cependant attendre 1975 pour qu’un enregistrement officiel sorte relatant cette période, le bien-nommé, The Basement Tapes, où l’on voit à quel point l’éclectisme et la spontanéité sont de mise quant à l’exécution de ces nombreux morceaux. L’atmosphère qui ressort des morceaux est très chaleureuse, on sent également la véritable emprise du groupe et sa constitution en tant qu’entité propre à travers ces morceaux. C’est en effet à cette époque que The Band va commencer à voler de ses propres ailes en enregistrant son premier album, Music From The Big Pink. Cette période de la vie de Dylan semble en effet marquée par l’apaisement et la joie de retrouver une vie de musicien totalement libre, l’effacement volontaire de sa personne sur certains titres des Basement Tapes étant là pour le démontrer.

Or, si Dylan ne fait pas à ce moment là l’actualité officielle de « l’industrie musicale », il apparaît cependant par l’intermédiaire du cinéma puisque c’est à cette époque que sort le fameux documentaire Don’t Look Back réalisé également par D.A. Pennebaker au moment de la tournée européenne qui a suivi la sortie de Bringing It All Back Home. Le film montre un Dylan en pleine agitation et en pleine gloire ce qui contraste complètement avec son attitude du moment, très calme et en retrait de la fournaise médiatique.

Mais il ne sera pas dit que 1967 sera une année sans disque de Bob Dylan, elle sera juste une année avec un Dylan toujours plus décalé par rapport à la tendance générale qui est aux expérimentations pop des Beatles et au psychédélisme californien. Dylan se rapproche des racines de l’Amérique et entame un virage country qui va le mener jusqu’aux pires excès. Il quitte donc la maison rose du Band pour préparer son nouveau disque qui s’intitulera John Wesley Harding, sorti au moment des fêtes de fin d’année, et donc complètement contemporain par exemple du Their Satanic Majesties Request de The Rolling Stones. Vous voyez le décalage ! Voulant dans un premier temps s’entourer des Byrds pour réaliser ce disque, Dylan essuie un refus de leur manager. Il se tourne alors vers les musiciens de Nashville qui avaient été ses compagnons d’enregistrement sur Blonde On Blonde. John Wesley Harding

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L’album du virage country

est un disque de qualité dans un genre country-folk où finalement Dylan peut également exceller. On y trouve par exemple le célèbre All Along The Watchtower plus tard magnifié par Jimi Hendrix à un point que Dylan jouera parfois sur scène la version reprise par le voodoo child. Mais ce n’est pas tout, des titres comme The Ballad Of Frankie Lee And Judas Priest ou Dear Landlord sont également magnifiques. Les textes sont truffés de références bibliques qui correspondent à un regain d’intérêt de Dylan pour la culture juive dont il est issu et dont il se sent à cette époque profondément proche. Le disque se termine par une bluette intimiste, I’ll Be Your Baby Tonight, qui montre que oui, l’époque a de nouveau changé, elle n’est plus à la contestation, ni au surréalisme ébouriffé, c’est bien les racines qui intéressent maintenant Dylan et les thèmes intemporels que sont l’amour, la nature ou la religion. En tout cas, John Wesley Harding surprend son public, aussi bien les fans de folk que de rock. Le disque se vend cependant bien et continue à faire de Dylan une icône malgré son total retrait.



[1Sources :

Livres :

  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Paris, Fayard, 2005.
  • Ducray F., Manœuvre P., Muller H., Vassal J., Dylan, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk », 1978.
  • Shepard S., Rolling Thunder : Sur La Route Avec Bob Dylan, Paris, Naïve, 2005.
  • Vanot S., Bob Dylan, Paris, Librio, coll. : « Musique », 2001.
  • Gill A., Bob Dylan 1962-69 : L’Intégrale Des Années 60, Paris, Hors Collection, 1999.
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Paris, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987.

Film :

Scorsese M., No Direction Home : Bob Dylan, Paramount Home Entertainment, 2005.

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