Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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25 janvier 1980. Bob Dylan est sur scène à l’Orpheum Theater d’Omaha, Nebraska et harangue la foule : « Il y a des années, les gens disaient que j’étais un prophète. Ce à quoi je répondais »Non, je ne suis pas un prophète« . »Si, tu l’es. Tu es un prophète« , répliquaient-ils. Je disais »Non, ce n’est pas moi.« Mais ils insistaient : »Bien sûr que tu es un prophète« . Ils essayaient de me convaincre que j’étais un prophète. Et maintenant que je viens en disant que Jesus Christ est la réponse, ils disent »Bob Dylan n’est pas un prophète« . Ils ne peuvent pas gérer ça. » Et à peine a-t-il fini qu’il se lance dans une interprétation de Solid Rock, une chanson dans laquelle il explique qu’il s’accroche à un « rocher solide apparu avant les fondations du monde ».

La question qui se pose alors est « Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment un chantre de la contre-culture est-il devenu un fervent chrétien ? Comment l’homme qui raillait les bigots dans With God On Our Side est-il devenu born again ? » Je ne pense pas que quiconque aura jamais la réponse exacte à cette question. Mais on peut cependant trouver quelques éléments qui peuvent nous aider à comprendre...

 With God on his (born again) side

Retour donc en 1978. Année étrange pour Dylan... Il vient de passer une décennie en demi-teinte. Des débuts hésitants avec des albums moyens (New Morning) voire franchement décevant (Self Portrait), puis le retour de l’inspiration avec Blood On The Tracks et surtout le succès de Desire, l’aventure de la Rolling Thunder Revue qui furent de grands moments pour Dylan, et ce, aussi bien sur le plan artistique qu’humain. En contre-partie de ce soudain retour en pleine gloire, il y eut les excès rock’n’roll typiques des années 70s, un douloureux divorce, le projet Renaldo & Clara, étrange film à la limite de la fumisterie. Au milieu de tout ça, il doit être difficile de garder la tête froide, de savoir qui l’on est, et ce, même si on s’appelle Dylan.

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Le double album Live At Budokan

Ainsi, lors de la tournée Street Legal (son décevant album de 1978), Bob est retombé dans la coke, l’alcool, s’embrouille dans de multiples aventures avec ses choristes. Sur le plan personnel, sa vie part en lambeaux et il semble en prendre peu à peu conscience. La vie sur la route l’use physiquement et moralement. Un album live de cette tournée sera enregistré au Budokan de Tokyo, album qui se fera incendié par la critique, accusant Dylan de jouer de la musique lounge pour Las Vegas. Et c’est un Bob Dylan épuisé qui monte sur scène à San Diego le 17 novembre 1978. Mais ce qui aurait pu être un show épuisant de plus au milieu d’une tournée éreintante fut une exception. En effet, durant le concert, un spectateur jeta une croix sur scène. Et alors que Dylan avait l’habitude d’ignorer les objets que ses fans lui offraient, il s’avança jusqu’à l’avant-scène pour récupérer cette croix. Un geste qui, bien qu’inhabituel, aurait pu être anodin, sauf que le lendemain, après un concert encore plus épuisant, Dylan se retrouva seul dans sa chambre d’hôtel de Tucson, Arizona et connut une expérience mystique. « Jésus m’est apparu comme le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs », expliquera-t-il plus tard. « Il y avait une présence dans la pièce, et ça ne pouvait être personne d’autre que Jésus... Il a posé sa main sur moi, c’était une expérience physique. Je l’ai senti, senti sur chaque partie de mon corps. J’ai senti mon corps trembler . La gloire du Seigneur m’a ébranlé et élevé. »

Dylan prétend donc qu’il s’agit d’une révélation brutale, spontanée, d’une réelle expérience mystique. D’ailleurs, il déclarera que les gens « croient souvent que Jésus ne vient dans la vie des gens que quand ils sont déprimés ou dans la misère, ou quand il sont vieux et décatis. Pour moi, ça ne n’est pas passé comme ça. J’allais bien. J’avais fait du chemin pendant cette année de tournée. J’étais relativement content, mais une amie intime m’a parlé de deux choses, dont l’une était Jésus. L’idée entière de Jésus m’était alors étrangère... J’ai eu confiance en elle et je l’ai rappelée en disant que j’étais désireux d’entendre parler de Jésus. »

Mais soyons donc un peu critique vis-à-vis de cette tirade. En effet, il est clair qu’un homme qui doit se débrouiller pour que les deux choristes avec lesquelles il couche ne se retrouvent pas côté-à-côte sur scène de peur qu’elles ne s’écharpent, qui doit également supporter, à près de 40 ans, la vie sur la route et ce qu’elle entraîne comme abus de boisson et de substances moins licites, ne va pas si bien que ça. Rien de surprenant alors à ce qu’il cherche un moyen de remettre un peu d’ordre dans sa vie. Bien sûr, il n’est pas le seul rescapé des 60s à se dire qu’une vie un peu plus rangée ne lui ferait pas de mal. À la fin des années 70, bon nombre d’anciens hippies et autres contestataires, fatigués des excès et des lacunes d’une philosophie prônant une liberté sans limite, cherchent des principes plus stricts, des garde-fous. Et au pays du puritanisme, c’est la religion et plus particulièrement les églises évangéliques qui sont prises d’assaut par ces rock-stars fatiguées. Parmi les amis de Dylan, on compte entre autres Roger McGuinn et T-Bone Burnett qui ont déjà « trouvé Jésus ». En outre, ses choristes noires ont été élévées à l’école du gospel et sont elles-mêmes très croyantes. On peut donc se demander quelle fut l’influence de son entourage sur la soudaine conversion de Dylan.

Mais toujours est-il qu’au printemps 1979, l’actrice Mary Alice Artes (alors petite amie de Dylan) demande à la Vineyard Fellowship, une communauté chrétienne de la « seconde naissance » (« born again ») si deux pasteurs pourraient rendre visite à un Dylan avide d’informations sur le christianisme. Et, au sortir de leur entretien, Dylan leur déclara qu’il était prêt à « recevoir le Christ dans sa vie ». Durant les mois suivants, Dylan fréquenta alors l’Ecole des Disciples de Vineyard cinq jours par semaine et participa activement à la vie de la communauté. La seule activité à laquelle il refusait de participer était le prosélytisme porte à porte. Préférant rester dans un relatif anonymat, il s’en trouva dispensé.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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