Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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Toujours dans la même idée, il participe au Live Aid en juillet 1985. Il clôture cet immense concert caritatif, accompagné de Ron Wood et Keith Richards, mais leur performance est désastreuse. Des problèmes techniques les empêchent d’entendre leurs retours, les musiciens sont à moitié ivres et Dylan choquera l’audience en rappelant le cas des fermiers américains qui souffrent de la crise économique, idée certes iconoclaste sur le moment, mais qui inspirera la légende country Willie Nelson pour l’organisation du Farm Aid auquel participera Dylan (c’était son idée après tout) accompagné par Tom Petty et les Heartbreakers.

A côté de ce triste spectable, le grand évènement de l’année 1985 pour les dylanophiles, c’est surtout la sortie de Biograph, un coffret de 3 CDs couvrant la discographie de Dylan de son premier album en 1962 jusqu’à Shot Of Love en 1981. Et plus qu’un simple best-of, Biograph recèle, outre les habituels classiques, pas mal d’inédits renversants. Ca va du très ancien Mixed-Up Confusion (1961) au plus récent Caribbean Wind (1981). Les amateurs peuvent alors découvrir la chanson du retour au profane, en plus de version live, de démos et d’outtakes. On arrive à un total de 22 inédits sur 53 titres, une vraie mine d’or mais qui donne l’impression que Dylan a essayé de résumer son passé pour mieux s’en débarrasser, tirer un trait dessus et passer à autre chose.

Dans l’immédiat, cet « autre chose », c’est une énorme tournée avec Tom Petty & The Heartbreakers. Etonné par l’énergie que la présence du groupe lui apporte, Dylan décide de programmer une tournée entière avec eux. Baptisée True Confessions, elle marque le renouveau de Dylan en tant que performer, le poussant chaque fois à réinterpréter des classiques avec force et conviction. Jusqu’alors, ses vieilles chansons lui étaient devenues étrangères. Trop vieilles, trop engagées, écrites par un jeune homme de vingt ans son cadet, elles ne lui parlaient plus. Totalement spontanés, ces concerts sont parfois un peu chaotiques, mais Dylan, en cohérence totale avec ses vingt années à tourner avec des groupes divers et variés, tire parti de ce chaos et le transforme en énergie créatrice, exactement comme durant sa première tournée électrique.

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Affiche du film Hearts Of Fire

Hélas, malgré son mariage avec sa choriste et amante, Carolyn Dennis (le couple divorcera en 1990), Dylan va traverser, de septembre 1985 à août 1986, une crise artistique et identitaire sans précédent dans sa carrière. Epuisé par les efforts qu’il a fourni lors des mois précédents, il est totalement perdu et fait véritablement n’importe quoi. Il accepte de tourner dans Hearts Of Fire, un nanar sur une rock-star fatiguée dirigé par Richard ’Return Of The Jedi’ Marquand. Il enregistre même quelques chansons sans intérêt pour la BO. Le film sera vite retiré de l’affiche en Angleterre et ne sortira jamais aux USA. Dylan avouera plus tard l’avoir tourné uniquement « pour l’argent ».

Les concerts avec Tom Petty étant sans doute ses meilleurs depuis longtemps, l’idée d’une tournée américaine (sa première depuis 5 ans) s’impose rapidement et c’est tout naturellement que son label lui indique qu’il est dommage de lancer une tournée de cette envergure sans avoir de « matériel » à promouvoir. Il rentre donc en studio en avril 1986 pour enregistrer Knocked Out Loaded. Avec trois reprises, trois chansons co-écrites et seulement deux nouvelles chansons solo (et encore, ces nouvelles chansons sont basées sur des instrumentaux datant des sessions de 1985), c’est un des pires albums de Dylan. Absolument pas concerné par l’album, qui n’est là que pour faire plaisir à son label, il expédie l’enregistrement en un mois et ne s’en préoccupe plus, seule Brownsville Girl s’en tire plus ou moins, même plombée par un son typiquement eighties.

Enfin, la tournée avec les Heartbreakers, si elle débute parfaitement, tombe vite dans la médiocrité. Dylan adopte ce qu’il appelle sa « voix à stades », il crie plus qu’il ne chante. Et la tournée de l’été 86 se termine dans l’ennui général, autant pour Dylan que pour les Heartbreakers. Mais le pire était encore à venir...

En effet, il commence en 1987 à constituer un nouvel album. Encore une fois, il ne contient que deux compositions originales de Dylan lui-même (et encore, Had A Dream About You, Baby provient de la BO de Hearts Of Fire). Ajoutez à cela deux chansons co-écrites avec le parolier du Grateful Dead, Robert Hunter et quelques reprises et vous obtenez son plus mauvais album à ce jour. Enregistré n’importe comment (on retrouve des musiciens du Grateful Dead, toujours Sly Dunbar et Robbie Shakespeare et même Steve Jones et Paul Simonon), les musiciens se rendent compte dès les premières sessions de la catastrophe. Lorsque Dave Alvin des Blasters arrive à une session d’enregistrement, on lui explique directement que Dylan est en train d’enregistrer Self Portrait vol. 2. Mais là où ce dernier, auto-sabordage d’un génie en pleine gloire, avait provoqué la polémique, Down In The Groove est un non-évènement total. Ignoré de tous, c’est un (très) mauvais album de plus pour Dylan.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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