Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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Dylan sur scène avec le Grateful Dead

En parallèle avec l’enregistrement de l’album, il part en tournée avec le Grateful Dead au cours de l’été 1987... Les concerts se jouent à guichets fermés, mais on peut se demander si la grande majorité du public n’est pas constitué de quadragénaires tardifs espérant revivre un peu de leur jeunesse et peu concernés par la qualité du show. Les set-lists alternent chansons du Zimm’ et du Dead, Dylan se permettant même de ressortir des chansons de la période chrétienne, mais ce sont toujours les vieux classiques, même semblables à de vieux squelettes en putréfaction sortis de leurs cercueils, qui sont le plus applaudis. La seule constante de cette tournée reste finalement le tempo : un rythme mollasson et sans aucune énergie, made in Grateful Dead.

Début 88, il est intrônisé au Rock’n’Roll Hall Of Fame par Bruce Springsteen qui prononcera alors la célèbre phrase « Bob a libéré nos cerveaux comme Elvis a libéré nos corps ». Et même si Springsteen essaie ensuite de trouver des qualités la discographie 80 du Bob en question, il n’aurait certainement pas fait de même pour Down In The Groove qui sort en mai 1988. Et bien que l’album soit un énorme bide, Dylan rassemble un groupe de scène réduit au strict minimum guitare-basse-batterie et commence à tourner... tourner sans s’arrêter, programmant sans cesse de nouvelles dates jusqu’à ce que cette tournée prenne un nom définitif, bien que non-officiel, le Never Ending Tour.

 Traveling to New Orleans

A ce moment-là, la côté de Dylan est clairement au plus bas, il n’a plus confiance en lui. Ni dans sa voix, ni dans ses vieilles chansons qui lui sont devenues étrangères, ni dans ses talents d’écriture. Ca fait tellement longtemps qu’il réutilise des outtakes datant d’Infidels, voire de Shot Of Love et c’est tout juste si les tournée avec Tom Petty ou le Grateful Dead l’ont distrait quelque temps.

Mais au début du mois de avril 88, il reçoit un appel de son ami George Harrison qui lui demande son studio pour enregistrer une chanson bonus pour la version européenne d’un single. Il est à Los Angeles avec Jeff Lynne qui est en train de produire un album pour Roy Orbison. Dylan accepte et Harrison passe donc chez Tom Petty avant de s’envoler pour la résidence de Bob en Floride. Réaction du leader des Heartbreakers : « Cool, je me demandais ce que j’allais faire demain ! ». Du coup, Jeff Lynne et Roy Orbison suivent aussi et voilà une troupe de super-stars réunies pour enregistrer une chanson écrite à la va-vite par Harrisson, Handle With Care. Sans roadies, sans techniciens, l’enregistrement se passe dans la bonne humeur et la décontraction générale, aucun problème d’égo ne vient parasiter la session. D’ailleurs, le « groupe » se rebaptise Traveling Wilburys, chacun prenant un pseudonyme. On aura ainsi Nelson Wilbury (George Harrison), Otis Wilbury (Jeff Lynne), Lefty Wilbury (Roy Orbison), Charlie T. Wilbury Jr. (Tom Petty) et Lucky Wilbury (Bob Dylan). Lorsque Harrisson revient chez Warner avec le résultat, les cadres de la maison de disques croient devenir fous. Le résultat est bien trop bon pour être relégué en face B d’un single et ils demandent tout naturellement à Harrisson si un album est envisageable.

Et malgré un emploi du temps chargé pour chacun (surtout Bob qui doit partir en tournée fin mai), les cinq musiciens acceptent. Et c’est un franc succès. Le manque de temps se révèle être un avantage majeur. Obligés d’aller vite, les musiciens se fient à leurs premiers instincts et ont rarement sonné aussi spontanés. Ils gardent ainsi l’esprit enthousiaste de la première session dans le garage de Dylan. Ce dernier fournit même deux compositions originales. Dirty World est un gentil pastiche de Prince et Tweeter And The Monkey Man semble lorgné du côté de Springsteen. Mais l’important est qu’il se soit remis à écrire.

D’autant que l’album Traveling Wilburys Vol. 1 qui sort en octobre 1988 devient rapidement rapidement album de platine et, dépassant toutes les espérances, il reste 40 semaines dans les charts américains. D’autant que les échos de la tournée qui avait poussé Dylan à écourter les sessions des Traveling Wilburys sont plutôt bons, le public semble aimer le son direct et franc de son combo restreint.

Et d’autant que ses nouvelles chansons sont bonnes, et il le sait. Ecrite un soir chez lui, venant de nulle part, Political World est de ces chansons qui sortent spontanément, toutes faites. Dylan la couche sur le papier, il n’a pas encore de mélodie. Doutant toujours de ses capacités, il ne sait même pas s’il veut l’enregistrer et pense même prendre sa retraite. Ses dernières tentatives pour retrouver l’inspiration se sont heurtées à un accident qui l’a vu finir avec un bras dans le plâtre. Mais malgré tout, rapidement, voici qu’une deuxième chanson pointe le bout de son nez. Nourrie des doutes et du manque d’inspiration, elle s’impose comme une évidence. Elle ira pourtant rejoindre le même tiroir que Political World.

Puis la mort du basketteur Pete Maravitch lui inspire Dignity. Pour cette chanson, Bob retrouve ses vieux mecanismes lyriques. Il traite ses personnages comme des stéréotypes : « La chanson était comme devant moi, je l’ai rattrapée, je voyais mes personnages et je leur ai distribué mes cartes. [...] Le Béret vert, la Sorcière, Marie la vierge, Celui qu’on a pris pour l’autre, Big Ben, l’Estropié et Peau Blanche. La liste pouvait s’allonger indéfiniment. » Disease Of Conceit est, quant à elle, inspirée par l’évangéliste défroqué Jimmy Swaggart. Suivent What Was It You Wanted ?, diatribe contre ces fans qui essaient toujours de vous dire ce que vous devriez faire, et Every Thing Is Broken.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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