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Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

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Mais il faut attendre la visite de Bono, venu partager une soirée chez Dylan, pour que ce dernier envisage l’éventualité d’un nouvel album. A la lecture des nouvelles chansons, Bono se montre on ne peut plus enthousiaste et face à l’angoisse de Dylan de ne plus être capable de mener à bien l’enregistrement d’un disque, Bono lâche un nom : Daniel Lanois. Ce dernier a déjà travaillé avec U2 et est une « valeur sûre » de la production de la fin des années 80. Pour finir de convaincre Bob, il décroche le téléphone, compose un numéro et lui passe le producteur. Une petite conversation plus tard, un deal est conclu. Dylan passera à la Nouvelle-Orléans où Lanois est en train de produire un album pour les Neville Brothers. Il verra comment Lanois travaille et en fonction de ça, ils décideront d’enregistrer ensemble ou non.

Ils se retrouvent à l’automne 88 et il faut à peu près une heure à Lanois pour convaincre Dylan qu’il peut travailler avec lui. Ils attendent donc le printemps 89. Dylan s’installe dans une grande maison à la Nouvelle-Orléans pendant que Daniel Lanois investit un vieux manoir victorien avec un de ses fameux « studios mobiles » et recrute quelques musiciens du coin. Lui-même et son ingénieur du son sont également des musiciens accomplis, ce qui leur permet d’être là si le besoin s’en fait sentir. De plus, le cadre est propice à un enregistrement qui trancherait radicalement avec les productions des années 80. Dylan se souvient de la première répétition : « Faute d’avoir mes guitares, j’ai choisi une des antiques Telecaster de Lanois - sur un sol en ciment et sous un toit en tôle, ça fait un son méchant, quoiqu’un peu trop cassant. Mais j’aimais bien cette guitare, je l’ai gardée. »

Au début, les sessions sont assez difficiles. Les capacités d’enregistrement de Dylan sont un peu rouillées, et Lanois est très exigeant, cherchant toujours l’arrangement parfait. Ils travaillent d’ailleurs plusieurs chansons sans grand résultat, les laissant tomber les unes après les autres... jusqu’au déclic. When Teardrops Fall est enregistrée en une prise à trois heures du matin avec le groupe cajun Rockin’ Dopsie and His Cajun Band. Lanois, pensant pouvoir faire mieux, organisera l’enregistrement d’une nouvelle version mais abandonnera face à la qualité de la première prise. Puis viennent What Good Am I ?, Ring Them Bells, Everything Is Broken. A chaque fois, Lanois se révèle déterminant. Lorsque Dylan se perd dans des problèmes d’arrangements, de refrains ou de vers, Lanois lui propose sans cesse des solutions. Pas forcément toutes judicieuses, mais elles ont le mérite de faire avancer les choses.

De fil en aiguille, Dylan se sent de plus en plus à l’aise et revient sur les premières chansons avortées, puis en écrit carrément de nouvelles au milieu du studio, aidé par Lanois. Man In The Long Black Coat est l’exemple même de cette collaboration. Les paroles de Dylan sont parfaites. S’inspirant vaguement de I Walk The Line, il retrouve la verve de ses meilleurs textes. Quant aux arrangement, c’est du pur Lanois, sobre mais très intense. Amateur d’atmosphères, ce dernier n’hésite pas à laisser sur la bande les bruits des grillons et des insectes installés dans l’antique demeure. Au milieu de ces ténèbres, la voix de Dylan semble sorti d’un bayou brumeux. Alors que Lanois lui demandait sans session s’il avait encore des chansons de la trempe de Blowin’ In The Wind ou Masters Of War, Man In The Long Black Coat est peut-être celle qui s’en rapproche le plus.

Entre temps, un album live relatant la tournée avec le Grateful Dead est sorti. Dylan & The Dead, composé uniquement de chansons de Dylan, ne provoque que peu d’enthousiasme, mais se vend honorablement, profitant de la réunion de deux noms mythiques des années 60.

Aussi lorsque Oh Mercy !, l’album enregistré avec Lanois sort le 18 septembre 1989, c’est l’affolement parmi les critiques. Alors qu’on attendait plus rien de lui, Dylan semble un Lazare revenu d’entre les morts, avec Daniel Lanois en Sauveur. « Son meilleur album depuis Blood On The Tracks », clame-t-on. Et effectivement Dylan et Lanois ont réellement produit un album de toute beauté. N’hésitant pas à laisser de côté des chansons dont ils n’étaient pas certains de l’aboutissement (par exemple, Dignity ou Series Of Dreams), ils ont su chacun mettre de côté leurs défauts. Lanois a abandonné le son éthéré qu’il avait créé pour U2 et a sorti de son chapeau des sonorités rugueuses et organiques. De son côté, Bob s’est impliqué véritablement dans le travail de studio, acceptant de travailler sans relâche sur une chanson.

Lors de leur première entrevue, Daniel Lanois avait sorti à Dylan qu’il ne courait pas après les tubes : « Miles Davis n’en a jamais fait un seul. » Et a posteriori, on peut se dire qu’il résumait ainsi parfaitement Oh Mercy ! L’album ne se vendra que correctement (seulement la 30e position des charts américains), ceci étant sans doute dû au caractère sombre et introspectif de l’album, tranchant avec la bonne humeur pop des Traveling Wilburys qui sont toujours présent dans le Top 30 ou avec le côté démago du live Dylan & The Dead. Mais il se classe néanmoins parmi les meilleurs albums de Dylan et accumule les succès critiques.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

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