Portraits
Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

Bob Dylan - Part III - Faith, Doubt And Mercy

par Aurélien Noyer le 17 septembre 2007

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

 Too Young Forever ?

Ayant retrouver l’envie d’enregistrer, il commence à envisager, dès la fin de l’année 89, l’enregistrement d’un nouvel album avec les frères Was. Mais dans un premier temps, la scène l’appelle. Fidèle à son Never Ending Tour, il repart sur la route pour quelques mois, profitant ainsi de son retour en grâce auprès de la presse et de ses fans. Et au printemps, le voilà prêt à retourner en studio... deux fois.

Il va alors enregistrer deux albums quasiment en parallèle : un en solo et un avec les Traveling Wilburys. Malgré la mort de Lefty "Roy Orbison’ Wilbury, ces derniers ont décidé de remettre le couvert, changeant tout de même de pseudonymes pour marquer qu’ils ne sont plus les mêmes sans la voix de velours d’Orbison. C’est l’occasion de se faire plaisir ensemble une fois de plus.

Alors on peut se dire que l’enregistrement de Under The Red Sky a dû lui sembler bien long et ennuyeux. D’un côté, lui veut faire un disque qui tranche avec le côté sérieux et sombre de Oh Mercy !, et apporte des chansons qui se rapprochent plus de la comptine ou de la berceuse que de l’hymne rock ou de la complainte introspective. De l’autre, les frères Was envisagent clairement un album ambitieux et rameutent un casting de superstars ahurissant. Ainsi se croiseront dans le studio Elton John, David Crosby, Robben Ford, George Harrison, Al Kooper, Stevie Ray Vaughan et même Slash des Guns’n’Roses. Devant tout ce grand monde et l’organisation colossale que nécessite l’enregistrement, Bob semble se désintéresser de tout. Est-ce le contraste flagrante avec la décontraction des Traveling Wilburys ? Toujours est-il qu’il reste dans son coin, la tête couverte par une capuche. Et lorsqu’il ouvre la bouche, c’est pour demander à Slash si ce dernier peut jouer un solo à la Django Reinhardt.

JPEG - 18.4 ko
Traveling Wilburys Vol. 3
sans Roy Orbison...

Finalement les deux disques sortent à l’automne 90, à quelques semaines d’écart. Le Traveling Wilburys Vol. 3 se vend honorablement. Chacun des musiciens ayant fait un come-back réussi depuis le premier volet, les gens semblent moins en attente d’un tel super-groupe. Mais peu importe, nos quatre compères se sont bien amusés et c’était bien le seul but du projet... Par contre, Under The Red Sky se fait proprement éreinté. Alléché par la qualité de Oh Mercy !, le public pensait avoir retrouvé « son » Dylan, le songwriter de génie de Blowin’ In The Wind, Just Like A Woman ou Knockin’ On Heaven’s Door. Et au lieu d’essayer de ressortir des morceaux de la trempe de Political World ou Man In The Long Black Coat, sommets de son disque précédent, Bob leur propose un disque dédié à « Gabby Goo Goo », surnom de sa fille de quatre ans. On a donc des titres comme Wiggle Wiggle (traduisible par « Guili Guili »), Handy Daddy, 2 X 2 ou 10,000 Men. On espère que les chansons les plus enfantines de l’album auront au moins amusé la petite, à défaut de séduire le public.

Et Dylan de repartir sur la route. Pendant les 6 prochaines années, il ne publiera plus aucun matériau original... mais fera quand même partie de l’actualité rock. Puisque le 26 mars 1991, sort un coffret sobrement nommé The Bootleg Series Volumes 1–3 (Rare & Unreleased) 1961–1991. Trois CDs et une énorme claque dans la gueule de tout dylanophile qui se respecte. Biograph, sorti au milieu des années 80, était un best-of sympa agrémenté de quelques inédits. Mais pour cette première saison des Bootleg Series, Dylan a creusé les fonds de tiroirs vieux de plusieurs décennies et ne propose pas moins de 3 CDs remplis d’inédits. De l’outtake, du live, des prises alternatives de morceaux connus, une vrai mine d’or qui éclaire d’un jour totalement nouveau la discographie de Dylan. Et même les années 80, ces années honnies, semblent recéler des pépites. Soigneusement rejetée à l’époque de Infidels, Blind Willie McTell mérite pourtant de briller au panthéon de ses meilleurs titres. Cette complainte portée par un piano célébrant un vieux bluesman adulé par Dylan tranche totalement avec le reste de ses enregistrements de l’époque. Et on peut supposer que c’est la raison pour laquelle il l’avait écarté du disque. Trop proche du vieux Dylan et pas assez moderne pour la nouvelle image qu’il voulait se construire.

Et même When The Sky Comes Falling From The Sky efface l’atroce souvenir qu’on avait d’elle. La prise alternative débarassée des synthés immondes qui gangrénaient la version présente sur Empire Burlesque se révèle être une chanson dans le style d’un Bruce Springsteen & The E-Street Band tout à fait présentable. Bob y imite même les intonations et les éclats de voix sur certains vers qui sont devenus la marque de fabrique du Boss.



[1Sources :

LIVRES

  • Heylin C., Dylan, Behind The Shades, Summit Books, 1991
  • Dylan B., Chroniques (volume 1), Fayard, 2005
  • Shelton R., Bob Dylan : Sa Vie Et Sa Musique, Albin Michel, coll. « Rock & Folk » 1987
  • Vanot S., Bob Dylan, Librio, coll. : « Musique », 2001.

SITES WEB

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom