Films, DVD
Bubba Ho-Tep

Bubba Ho-Tep

Don Coscarelli

par Aurélien Noyer le 17 août 2010

4,5

sorti le 15 février 2006 (distribution indépendante)

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Décidemment, parler de Bubba Ho-Tep est une tâche ardue. Peut-être est-ce parce qu’il s’agit d’un film où Elvis se serait fait remplacé par un de ses sosies et finirait ses jours vieillissants dans une maison de retraite au fin fond du Texas jusqu’au jour où il doit affronter une momie mangeuse d’âmes, bénéficiant pour cela de l’aide d’un pensionnaire persuadé d’être JKF que de mystérieux conspirateurs auraient teint en Noir et fait passer pour mort...

Et voilà, je le savais !! Je vois ce sourire narquois au coin de vos lèvres et j’entends ce que vous pensez... Mais qu’est-ce que c’est que ce nanar ? Encore une série Z débile ? En bien, apprenez pour votre gouverne qu’il n’en est rien. Non pas que je dénigre les nanars de série Z, puisque j’avais été moi-même attiré par les relents Z-oïdes d’un pitch comme celui de Bubba Ho-Tep. Néanmoins ce film, même s’il s’inscrit plutôt dans la lignée des classiques de la série B, est véritablement un excellent métrage et un authentique film culte. Mais avant d’en venir au film lui-même, une petite présentation de l’équipe n’est pas superflue puisqu’à la réalisation, on retrouve Don Coscarelli, transfuge du cinéma d’horreur le plus cool grâce à la série des Phantasm, avec en prime, pour interpréter le rôle d’un Elvis vieillissant, l’immense Bruce Campbell. Si vous n’êtes pas familier des films de série B, ce nom ne vous dit peut-être rien. Mais il faut tout de même savoir que Bruce Campbell est l’acteur fétiche de Sam Raimi, réalisateur des Spiderman et surtout de la cultissime série des Evil Dead pour lesquels Campbell incarnait le héros, Ash, adepte de la phrase qui tue et du dégommage de sorcières et autres démons au shot-gun ou à la tronconneuse. Alors forcément avec un casting pareil, on pouvait s’attendre à de la grosse série B bien déconne. Sauf que je le répète, il n’en est rien.

En fait, Bubba Ho-Tep est une grande série B qui, comme toutes les grandes séries B, dépasse son scénario pour évoquer des enjeux bien plus importants que l’attaque d’une momie ou d’extraterrestre venus d’on ne sait où. Si des films comme La Chose d’un Autre Monde ou Le Jour où la Terre s’est arrêtée parlaient de façon quasi-explicite du contexte de l’époque, à savoir la Guerre Froide, Bubba HoTep est avant tout un film sur l’héroïsme et dans cette optique, le choix d’Elvis comme personnage principal prend tout son sens, c’est une évidence. Qui d’autre que le King peut incarné à lui tout seul le héros américain dans toute sa splendeur, c’est-à-dire un personnage à la fois magnifique et pathétique, objet d’autant d’admiration que de moquerie. Et c’est en jouant sur ces différents terrains que le film gagne ses lettres de noblesse. On est tour à tour amusé, ému et émerveillé par cet Elvis quasiment impuissant, tenant à peine sur ses jambes mais fidèle à sa légende. D’ailleurs, la performance de Bruce Campbell est tout simplement impressionnant. Il porte le film sur ses épaules, retrouvant les mimiques et la gestuelle d’Elvis tout en insufflant assez de vie au personnage pour qu’il ne se soit pas seulement une accumulation de clichés sur le King. Enfin, quand je dis que Bruce Campbell porte le film sur ses épaules, je suis un peu injuste puisque j’oublie le rôle d’Ossie Davis qui campe un soi-disant JFK noir et à moitié dingue, avec assez d’aplomb et de dignité pour éviter à son personnage de tomber dans le ridicule qui lui tendait les bras.

Deux purs symboles d’héroïsme américain unis pour combattre une momie, on se serait attendu à une étendue de clichés hollywoodiens. Sauf que Don Coscarelli n’est pas un réalisateur hollywoodien et, de ce fait, n’essaie pas de conforter le spectateur dans des scènes convenues à l’avance ou des gags préfabriqués. Au lieu de ça, le film développe un faux rythme, jouant sur un montage speedé propre aux films d’horreur, la lenteur de déplacement de ses personnages (voir Elvis avancer avec un déambulateur vétu de son costume blanc des grands jours est d’ailleurs une des scènes les plus drôles et émouvantes du film) et quelques gags décalés (la momie qui écrit « Cléopatre suce des nœuds » en hiéroglyphes sur le mur des chiottes). Et finalement, la momie n’est qu’un artifice, un prétexte pour raconter l’histoire d’un mec qui a été un héros célébré dans le monde entier mais dont l’héroïsme n’était que de carton-pâte et qui se voit donner l’occasion de devenir un véritable héros, anonyme mais authentique, regagnant ainsi le respect de lui-même.

Forcément, ça peut paraître prétentieux, ce genre de sujet. Mais le décalage que s’impose le film (on parle bien d’Elvis qui combat une momie dans une maison de retraite du Texas !!!) efface tout effet d’emphase et transforme ce qui aurait pu être une morale gonflante et pompeuse en une fin drôle et émouvante.

Une idée de départ géniale, bien traitée avec une touche de sensibilité (et non de sensiblerie), des acteurs impeccables de bout en bout et ce qui aurait pu être un simple film à regarder entre potes devient tout simplement un grand film, culte mais pas uniquement réservé à des nerds buvant des bières et balançant des commentaires débiles affalés dans un canapé, intelligent mais pas prise de tête, émouvant mais ni larmoyant ni dégoulinant de bons sentiments. Alors maintenant vous pouvez effacer complètement ce sourire de votre visage et vous débrouiller pour trouver ce petit bijou de série B.

PS : A titre d’information, je recommande l’édition 2 DVD, qui comprend notamment l’hilarant court-métrage Debil Dead et surtout un commentaire audio du King himself. Encore plus de plaisir...



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