Incontournables
Chairs Missing

Chairs Missing

Wire

par Oh ! Deborah le 7 novembre 2006

sorti en 1978 (Harvest, Pinkflag Records)

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Si le premier Wire est légitimement cité partout comme un des albums les plus importants et singuliers de la vague punk 77, Chairs Missing n’est autre que leur œuvre majeure, la représentation parfaite de la transition virant au post-punk, sacralisation des textures tournées vers l’avenir avant l’heure.

Trois membres sur quatre étudient le design et l’image en art school. Ils décident d’adopter la politique no-wave de leurs contemporains (sans qu’il y ait un quelconque rapport musical) en fondant Wire alors que personne encore n’avait eu un instrument en mains (excepté notre chanteur-guitariste Colin Newman). C’est bien là tout le génie de ce groupe que de devenir une valeur sûre et géniale à partir de l’imagination, l’idée, la représentation, l’envie, sans aucun apprentissage conventionnel. Ils vont créer un univers exceptionnel et cohérent, des textes -voir des récits- passionnément saugrenus et des pochettes d’albums complètement avant-gardistes, froides, sensées délivrer l’image néantisée, abrupte mais élégante, de leur vision du monde.

Le cas Wire est cérébral, coupé au couteau, de par un esthétisme étudié de façon presque scientifique, le tout étant de suivre des lignes musicales franches et directrices, des structures géométriques à forme variables et syncopées. La musique reste bien sûr directe et minimaliste. Constatant leur capacité à réaliser des sons extrêmement modernes et pointus, totalement obstinés à mettre en œuvre un processus tel une suite de blocs incrustés, répétitifs et toutefois mélodiques, Wire enregistre l’oeuvre de la consécration moderne dont on peut dire sans restriction qu’elle constitue, au même titre que l’album suivant (154), l’influence la plus importante de la fin du XXème siècle, et ce pour encore longtemps. Avec une production signée Mike Thorne (Sex Pistols, John Cale, New Order...) perpétuellement d’actualité, Chairs Missing réconcilie les futures ambiances blafardes et bouillonnantes de Sonic Youth avec la conception mélodique des Pixies. Rappelons que nous sommes en 1978, et que l’album précédent offrait déjà une production tout à fait visionnaire.

En parlant de mélodies, loin d’être abattues par la rigidité environnante, elles sont au contraire fièrement mises en avant, comme dégurgitées par une évidence primaire, coulantes dans une innocence blême, amère. En la matière, on peut bien sûr évoquer Outdoor Miner sublimement pop (dont la version longue présente sur la réédtition de 1994 est vivement recommandée), et I Am The Fly, dont l’intro déjecte un son métallique ahurissant, comme synonyme du terme ’Wire’, électrocution permanente utilisée au service d’un single qui en fait aurait dû finir en hymne national anglais...
Le mystère subsiste encore.

A cette époque, les Wire étaient grandioses et Brian Eno les vénérait. S’avouant fans du maître précurseur de l’ambiente anti-progressive, Wire remballent l’enseigne No Future avant tout le monde, décidant de s’exprimer à travers leur musique plutôt qu’avec des slogans, sortant les nappes d’orgues chromées et autres synthés rarement datés. Leurs chansons parfois proches dans leur armature de celles des excellents Devo (qui sortent leur premier album tout juste un mois avant), sont comme des épisodes consécutifs, entêtants, sous tension. Une décharge électrique croissante basée sur la manipulation tortionnaire de son leader au chant impitoyable, et encore contemporain.

Chairs Missing se révèle alors comme un album hors du commun, totalement hybride et pourtant uniforme, composé par deux hommes amoureux de la pop et deux autres de l’expérimentation dérangée. L’album suivant (154, indispensable) n’en est que plus représentatif avec, pour notre grand bonheur, un intérêt plus marqué pour les expériences lugubres et oppressantes.



Vos commentaires

  • Le 8 novembre 2011 à 15:58, par emmanuel chardenoux En réponse à : Chairs Missing

    Le disque n’a qu’un défaut : il manque la fantastique
    partie piano sur l’extraordinaire « outdoor miners »

    Un Classique !

    Emmanuel

  • Le 9 novembre 2011 à 02:47, par Oh ! Deborah En réponse à : Chairs Missing

    Je confirme !

    Je le mets à égalité avec Pink Flag, et je considère que 154 surpasse les deux autres !

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Tracklisting :
 
1. Practice Makes Perfect (4:11)
2. French Film Blurred (2:34)
3. Another The Letter (1:07)
4. Men 2nd (1:43)
5. Marooned (2:21
6. Sand In My Joints (1:50)
7. Being Sucked In Again (3:14)
8. Heartbeat (3:16)
9. Mercy (5:46)
10. Outdoor Miner (1:44)
11. I Am The Fly (3:09)
12. I Feel Mysterious Today (1:57)
13. From The Nursery (2:58)
14. Used To (2:23)
15. Too Late (4:14)
 
Durée totale : 42:27

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