Sur nos étagères
Chips From The Chocolate Fireball

Chips From The Chocolate Fireball

The Dukes Of Stratosphear

par Dumbangel le 14 novembre 2006

4

paru en 1989 (Geffen)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Oyé ! Oyé ! Amateurs de pop psyché cinglée, ce disque est fait pour vous ! Il n’est nul question ici d’une enième compilation Nuggets, Peebles ou bien Rubbles. Nan. Il s’agit tout simplement de l’intégrale de la discographie des Dukes Of Stratosphear. Soit leur mini album 25 O’Clock et leur album Psonic Psunspo réunis en un seul CD par leur maison de disque américaine, Geffen Records. Comme ces deux albums n’ont jamais été réédités dans leur forme originale, vous procurer Chips From The Chocolate Fireball - An Anthology sera le seul moyen de vous initier aux délices XTCiens dont regorge ce disque. Carn c’est bien le groupe de Swindon qui se cache derrière ce pseudonyme au fort parfum 60’s.

Petit flasback, prenez place dans ma machine à remonter le temps... Le voyage peut commencer...

1984. The Big Express n’a pas été un grand succès pour XTC. Leur disparition scénique fait ombrage au succès du groupe. Mais Andy Partridge, despote en chef d’XTC n’en a cure même si celà ne va pas sans poser des problèmes au reste du groupe. À ce moment-là, XTC ne vit et n’existe que par le studio. En attendant de donner un successeur à The Big Express, Andy Partridge retrouve le producteur John Leckie, qui avait produit les deux premiers albums de XTC pour produire le disque de la chanteuse canadienne Mary Margret O’Hara. Mais les premières tensions apparaissent quand Andy insiste pour que le groupe s’accorde et répète un tant soit peu les chansons. Puis, c’est au tour de la religion de se mêler de tout ça, l’athéisme d’Andy et l’appartenance de John Leckie au mouvement Bhagwan (adepte au mouvement de l’amour libre), n’étant pas du goût de la très stricte catholique qu’est O’Hara. Les deux interessés ne font pas long feu et seront renvoyés trois jours après par la Canadienne, sans qu’aucune note de musique ne soit enregistrée, pour cause de “transmission de mauvaises vibrations”.

C’est à ce moment-là que Partridge et Leckie décident de raviver une vieille idée datant de leur collaboration lors de la réalisation du second LP du groupe Go2. Une première tentative en 1982 avait donné un piètre résultat et avait débouché sur une paire de chansons intitulées Orange Dust et Shaving Brush Buggie. Cette fois, XTC a un stock de chansons qui tiennent la route, au fort parfum psyché, mais inutilisables par le groupe en tant que tel. Ils arrivent alors à décider Virgin de lacher 5000 £, soit vingt fois moins qu’un album d’XTC, pour produire le disque. Leckie n’utilisera finalement que 4500£ et renverra les 500£ restantes au label. Deux semaines de studio fin décembre 84 dans une vieille église convertie en studio située dans un petit village d’Hereford suffiront pour accoucher de 25 O’Clock, mini album de six titres qui paraîtra le 1er avril 1985. Si le disque est un beau poisson d’avril artistique, il n’en reste pas moins une réussite. Pour preuve, il s’en vendra cent milles exemplaires dont soixante mille rien qu’aux États-Unis, soit beaucoup plus que les derniers disques d’XTC. Ironie du sort, quand tu nous tiens...

Initialement, fidèle à l’esprit potache et parodique du disque, chaque chanson devait être signée sous un nom d’artiste différent. Finalement, il sortira sous le nom de The Dukes Of Stratosphear, nom pressenti lorsque les Helium Kids se transformèrent en XTC en 1975. Pour l’occasion, les musiciens s’affublent de pseudonymes collant à l’esprit 60’s du groupe. C’est ainsi qu’Andy Partridge devient Sir John Johns (tirant son nom d’une BD américaine), Colin Moulding devient The Red Curtain, Dave Gregory choisit Lord Cornelius Plum et son frère Ian recruté en tant que batteur pour l’occasion s’appelle E.I.E.I. Owen. Même John Leckie se cache derrière son véritable nom dans la communauté Baghwane : Swami Anand Nagara. La pochette, elle-même un délicieux pastiche de celle de Disraeli Gears de Cream, a été réalisée par Andy lui-même.

1987. Skylarling, le successeur de The Big Express, devient la meilleur vente d’XTC aux États-Unis. Virgin pousse alors le groupe à donner suite aux premières aventures des Dukes. On reprend donc les mêmes et on recommence. Leckie et les Dukes obtiennent même de Virgin le double de la somme investie à l’époque de 25 O’Clock. Son successeur, Psonic Psunspot, paraîtra en août 1987 et sera malheureusement l’ultime album des Dukes malgré un succès toujours au rendez-vous. L’album reprend les mêmes ingrédients que son prédécesseur et forme finalement une superbe trilogie avec celui-ci et Skylarking.

La production de John Leckie, qui mixa à l’aube des années 70 le Vegetable Man du Floyd et qui participa à l’enregistrement du second album solo de Syd Barrett, fait merveille sur les deux albums et porte littéralement les mélodies miraculées d’un Andy Partride et d’un Colin Moulding en forme olympique. Tous les ingrédients psyché des grands disques d’époques (bandes à l’envers, sitar, guitare Fuzz, effets sonores, long solo d’orgue...) y sont présents, assemblés avec un savoir faire qui fait que l’on croirait les morceaux sortis directement d’un disque inédit de 1967. Les clins d’œils sont nombreux et c’est avec délectation que l’on s’amuse à énumerer les allusions directes à tel groupe ou à telle chanson.
Mais le tout est si savamment orchestré que l’on dépasse de loin la sale blague potache de musiciens déjà fort facétieux. Le très pop Vanishing Girl de Colin évoque les Hollies, Collideascope sonne très Lennonien, tandis que le magnifique Pale And Precious évoque le fantôme des Beach Boys période Smile.

Certains morceaux de Psonic Psunspot étaient prévus à l’origine pour 25 O’Clock tel que Have You Seen Jackie ? qui par exemple s’intitulait au début Have You Seen Sydney ? et faisait référence bien evidemement à Syd Barrett, ou bien encore Your Gold Dress qui comporte selon Andy « le plus stupide riff de l’histoire des riffs ». Tandis que d’autres sont des chutes d’albums d’XTC commme Little Lighthouse qui n’avait pas trouvé preneur sur Skylarking, Shinny Cage véritable concentré de Beatles période Revolver qui provient des séances The Big Express ou bien encore The Affiliated destiné au prochain XTC qui prendra du coup un virage plus Kinksien.

Partridge déclarait à l’époque « Quand j’étais un gossse, je voulais être dans un groupe, et ce groupe c’était les Dukes ». À l’écoute de l’œuvre des Dukes, on ne peut que le comprendre. Mieux qu’une séance de psychanalyse, les Dukes était la plus parfaite thérapie d’un groupe schizophrène contraint de cacher sa réelle nature. Alors, à quand un nouvel album Mr. Partridge ? Oups, je voulais dire, Sir John Johns...



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
-* Parues à l’origine sur le mini LP 25 O’Clock (avril 1985) :
 
1. 25 O’Clock (5’02’’)
2. Bike Ride To The Moon(2’23’’)
3. My Love Explodes (3’49’’)
4. What In The World ??... (5’00’’)
5. Your Gold Dress (4’42’’)
 
-* Parues à l’origine sur l’album Psonic Psunspot (août 1987) :
 
6. The Mole From The Ministry (5’48’’)
7. Vanishing Girl (3’00’’)
8. Have You Seen Jackie ? (3’21’’)
9. Little Lighthouse (4’30’’)
10. You’re A God Man Albert Brown (Curse You Red Barrel) (3’38’’)
11. Collideascope (3’23’’)
12. You’re My Drug (3’18’’)
13. Shiny Cage (3’17’’)
14. Brainiac’s Daughter (3’59’’)
15. The Affiliated (2’30’’)
16. Pale And Precious (4’54’’)
 
Durée totale : 62’42’’