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Christ Illusion

Christ Illusion

Slayer

par Emmanuel Chirache le 20 novembre 2007

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Paru en octobre 2007 pour l’édition limitée et en août 2006 pour la version standard (Sony BMG)

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Attention, ceci est un avertissement au lecteur. Cet article est rédigé par un amateur de metal dont le goût pour la musique de Slayer n’est pas très prononcé. Alors, amoureux de Slayer, passe ton chemin si tu attends trompettes et louanges.

Dans son genre, Slayer est reconnu comme l’un des plus grands. Ce groupe fondateur fait en effet partie des quatre points cardinaux [1] du thrash metal. Un courant sympathique dont les deux mammelles sont la vitesse et la violence, mais qui est paradoxalement voué à l’immobilisme. Très vite, le genre a en effet plafonné pour une raison toute bête. Aussi rapide soit-on, on ne peut pas aller plus vite que la musique, il arrive toujours un moment où le frisson de la vitesse n’a plus aucun sens et où le corps humain ne peut tout simplement plus progresser. C’est pourquoi le thrash metal a fait son temps. C’est pourquoi Metallica en a vite compris les limites et fait le tour, avec son génial Kill’em All.

A l’inverse, Slayer apparaît comme le groupe qui est resté coincé au début des années 80. Il fait donc partie de cette étrange espèce de musiciens qui, année après année, sortent inlassablement le même disque, à quelques exceptions près. Avec toujours le même alternate picking frénétique sur deux cordes, la même double grosse caisse agressive et les mêmes paroles à deux francs cinquante. Et les mêmes chansons. Car pour un non-initié rien ne ressemble plus à une chanson de Slayer qu’une autre chanson de Slayer. Il faut malgré tout reconnaître l’excellence des débuts. Peut-être plus encore que le chef d’œuvre Reign In Blood, le premier opus Show No Mercy, sorti en 1983, possède un charme que les autres livraisons du groupe peineront à retrouver. Et puis des riffs autrement plus intéressants que ceux d’aujourd’hui, d’un conservatisme affligeant. C’est comme si le groupe actuel n’était que la parodie de l’ancien, lequel incarnait déjà le cliché grossier du groupe de thrash metal, avec le look futal moule-burnes en cuir, les cris d’orfraie du chanteur, ou encore l’imagerie sataniste et nazillonne développée dans les textes ou le visuel (le S de Slayer, le pentagramme).

Vingt-cinq ans après, ils n’ont pas changé. On peut trouver ça génial ou grotesque, au choix. La réalité se situe probablement entre les deux, comme souvent, et Slayer n’a heureusement rien perdu de sa gigantesque énergie. On reprochera davantage au groupe de nous offrir un disque qu’il nous a déjà livré cent fois, et avec infiniment plus de talent. Plus de tension nerveuse, d’explosivité. Celui-ci est horriblement égal dans sa brutalité, on n’y entend aucune progression dans les morceaux, aucun - ou presque - changement de climat, aucune saute d’humeur, aucune rupture mélodique. Encéphalogramme plat. Même le single, Eyes Of The Insane, n’est qu’une resucée de tout ce que Slayer a pu réaliser jusqu’à aujourd’hui. On est en droit d’attendre un peu plus.

D’autant plus que sans composition digne de ce nom, le decorum qui entoure le groupe apparaît soudain bien moins folklorique qu’auparavant. Mais plutôt ridicule. Un rapide coup d’œil sur les titres des chansons fait sourire : Flesh Storm (ouragan de la chair), Skeleton Christ (le Christ squelette), Jihad, Black Serenade, etc. Vous me direz qu’on a échappé au pire et vous aurez raison, car le pire se trouve dans les précédents albums : Evil Has No Boundaries (le mal n’a pas de limites, ça fait peur hein ?), Fight Till The Death, Criminally Insane, Necrophobic, Jesus Saves, j’en passe et des meilleurs. Pour un Français athée élevé au laïcisme, l’obsession religieuse des groupes de metal relève de la psychiatrie. Pourquoi donc s’acharner ainsi au lieu d’afficher un souverain mépris ? Il y a fort à parier que les membres de Slayer sont d’anciens scouts traumatisés par des week-end entiers de jeux de piste, de chants ringards à la lueur du feu de camp et de B.A. intolérables pour un adolescent en phase de rébellion.

Pour ne pas déroger à cette règle de la fascination pour le christianisme et sa mythologie, le groupe a donc réalisé une pochette pour cette édition spéciale qui représente une main avec le stigmate de la crucifixion. La précédente couverture de Christ Illusion (quel titre original ! soit dit en passant) était illustrée par un Christ borgne et sans bras. Sur le DVD, dont l’intérêt est proche du zéro, on notera par exemple que le chapitre intitulé « Slayer On Tour 07 » ne montre que des images de concert avec par-dessus la musique de l’album, une belle escroquerie donc. Sur le DVD disais-je, se trouve un dessin de Mère Thérésa en train de se noyer dans des eaux troubles. Et pan, bien envoyé, voilà qui cloue le bec à tous les culs-bénis de la planète !

Actuellement, l’intérêt de Slayer réside par conséquent surtout dans leurs prestations scéniques toujours infernales et puissantes, soutenues désormais par le retour du batteur Dave Lombardo, l’un des maîtres en la matière. En revanche, difficile de s’extasier sur cet album honnête mais sans plus et de partager l’avis des inconditionnels, qui le considérent comme le grand retour de Slayer. Les non-fans, eux, attendront peut-être longtemps un nouveau grand disque du groupe et patienteront avec par exemple du Machine Head, histoire de faire enrager leurs ennemis jurés.



[1C’est-à-dire l’un des « Big four of thrash » avec Metallica, Anthrax et Megadeth.

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Tracklisting :
 
1- Flesh Storm (4’16")
2- Catalyst (3’09")
3- Skeleton Christ (4’22")
4- Eyes Of The Insane (3’24")
5- Jihad (3’32")
6- Consfearacy (3’09")
7- Catatonic (4’56")
8- Black Serenade (3’18")
9- Cult (4’42")
10- Supremist (3’51")
 
Durée totale : 42’25"
 
DVD :
 
1- Slayer On Tour ’07
2- Eyes Of The Insane (clip vidéo)
3- South Of Heaven (extrait du DVD « Unholly Alliance »)