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Conférences de presse du 30ème Printemps de Bourges

Conférences de presse du 30ème Printemps de Bourges

par Alexx le 10 mai 2006

Ravi ! Ces conférences ont vite pris l’allure de discussions...

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Le lendemain, je n’assiste qu’à une seule conférence. Les Architecture In Helsinki ne souhaitant pas faire de promo, je me résous donc à ne suivre que celle d’ :

 Émilie Simon

C’est donc après avoir fait poinçonner mon pass (quelle organisation !) que la demoiselle, nous offre un peu de son temps. Malheureusement, la salle n’est pas la même que la veille et ce petit côté intime a disparu. En effet, la salle, un petit amphithéâtre d’une cinquantaine de places, avec une estrade en son centre où se perchent la table et le siège où Émilie prend position. Ce côté un peu plus formel rendra la conférence moins dynamique.

L’« interrogatoire » commence sur les enjeux de sa mise en avant sur scène : « Le fait de tourner avec Végétal sur scène c’est aussi un enjeu de dynamique, d’énergie. Evidemment on n’est plus dans la précision d’un album, dans l’énergie, dans le plaisir de jouer ensemble, le côté magique de l’instant que l’on essaie se restituer ; et le bon côté avec Végétal c’est qu’on a vraiment une possibilité de travailler au niveau acoustique, des choses très intimistes. On peut travailler sur différents plans, les programmations et le côté électronique [...] Je cherche une profondeur ; donc on le retrouve aussi à travers l’utilisation de sons beaucoup plus violents mais qui sont vraiment mis au service d’une énergie et tellement placés dans un contexte qu’ils ne viennent pas interférer avec les lignes générales qui sont plutôt directes. Je cherche à faire quelques choses d’intelligible ».

Vient alors l’interrogation sur l’inspiration de ses textes, dont une hypothétique source chez les poètes surréalistes du 17ème et 18ème siècles. « Non, ça a été quelque chose d’assez instinctif, j’ai décelé la présence d’éléments végétaux dans mes paroles et les premiers textes. J’ai eu envie de les étirer pour avoir une unité et construire ce petit monde qui se dessinait au fur et à mesure des chansons. Ca m’inspire et me donne envie d’écrire. [1] »

N’oubliant pas qu’elle a composé la bande originale de La Marche de l’Empereur, elle nous explique la manière dont elle a procédé : « C’était très spécial, le film se montait en même temps que je composais, donc j’ai pas eu la possibilité de visionner les scènes définitives pour écrire. Donc j’ai travaillé sur mon impression, sur l’histoire, sur des souvenirs de rushs que j’avais vus. C’était vraiment basé sur l’imaginaire. J’ai ensuite adapté ces mélodies au montage final un mois avant le mixage définitif du film. J’ai travaillé sur l’idée que je me faisais du film ».

L’image, chose très importante dans la musique d’Émilie ! Elle nous explique comment elle retranscrit sur scène, dans ses clips et ses photos, ces fameuses images dont elle a le secret : « Je fais en sorte que tout soit cohérent. [...] ça a un intérêt si c’est mis au service de la musique et de l’univers qu’on défend, donc mon principal souci c’est de faire en sorte que tous les éléments visuels puissent donner des clés aussi sur ma manière d’imaginer mes sons et tous les moyens sont bons pour expliquer un petit peu ce qui se passe dans ma tête. Par exemple, le fait d’utiliser sur scène des pianos préparés, c’était très important ; au niveau de ce que j’imaginais en écrivant les morceaux comme My Old Friend par exemple, j’imaginais vraiment cet arbre-piano qui pousse et qui va construire une rythmique par des bruits de branches qui s’accrochent dans les cordes du piano, ce genre d’accident qui peut arriver avec des touches qui tombent par terre, avec des pédales qui tout d’un coup vont s’emballer ; donc c’est vrai que sur scène, c’est important de se retrouver avec cet espèce de piano vivant puisqu’on est deux dedans, moi qui joue et qui chante, le percussionniste à l’intérieur en train de créer ses rythmiques et de jouer avec tout ce que le piano peut nous offrir... C’est quelque chose qui est important sur scène, au niveau de la composition c’est indispensable, au niveau visuel aussi, ça explique justement cette espèce de masse organique qui va s’organiser en piano-vivant ».

« C’est rare que j’aime me référer à d’autres artistes, c’est vrai qu’on peut trouver d’autres démarches qui partent de Pierre Schaeffer avec la musique concrète dans les années 50 jusqu’à Matthew Herbert qui casse des télés sur scène et qui organise aussi à partir de bruits concrets sa musique. C’est très très large », nous explique-t-elle lorsque l’on évoque ses inspirations et ses références. «  Je butine, j’ai l’impression d’être tout le temps ouverte à accueillir des choses qui puissent m’enrichir au niveau artistique mais je n’ai pas de recette. C’est très aléatoire ! »

Puis on bifurque sur ses collaborations. Nous racontant que « ça se fait plus au hasard des rencontres. » Elle nous offre d’ailleurs une anecdote : « À un festival, je jouais avant Tricky et il est venu me voir pour me demander d’enregistrer des voix pour un maxi. On a travaillé ensemble comme ça. Il m’a invité à chanter en ouverture à son concert au Zénith où j’ai chanté Désert a cappella. Du coup, c’était très intense parce que inattendu et très fort ».

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Emilie Simon

« L’album c’est un travail personnel ; c’est mon cheminement. Je fais venir les musiciens un par un, en tête à tête et je les enregistre. Il n’y a toujours pas de notion de groupe. Je retravaille les pistes, je les fais miennes et je termine l’album comme ça. C’est mon chemin personnel », répond-elle vis-à-vis sur sa façon de travailler du début (de la composition) jusqu’à la fin (aux concerts). « Une fois que cet album est fixé et qu’on commence à prévoir les dates de concerts, là je vais ouvrir mon univers à des musiciens, à Cyrille (Brissot) à 100 % et on va trouver une autre lecture. Et c’est au fur et à mesure des concerts que les choses s’affinent... On a un sentiment de perte, mais au final, c’est un enrichissement ! »

Quant aux reprises, elle nous confie qu’elle n’en a pas fait beaucoup : « Reprendre un titre à l’identique ça je pense pas que je le ferai, mais à partir du moment ou j’ai l’impression que je peux apporter une autre touche, quelque chose de différent et que je m’amuse à reprendre ce titre, je le fais ! »

A l’écoute de ces albums on se rend compte que son univers possède l’étrangeté douce-amère d’un Tim Burton. Elle nous explique : « De lui, de tout un courant de cinéma mais aussi de BD et aussi de musique, il y a tout un contraste. Mais c’est normal, il y a un côté très tragique, de léger qui se recoupe avec ma musique. C’est pas Tim Burton précisément mais c’est vrai qu’il y a des choses qui peuvent être comparées... »

Pour finir, Émilie nous conseille alors Anja Garbarek, fille du jazzman norvégien, qui vient de sortir son deuxième album.

Voilà, il ne me reste plus qu’à aller voir son concert parmi les autres artistes qui se révéleront très intéressants. Mais cela est une autre histoire...

Guillaume, Mathias, Rico, Micky et Babette Tom Barman


[1Parlant des plantes

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