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Constellation

Constellation

Du désespoir à l’enthousiasme ou la création par le chaos.

le 18 janvier 2011

« Il faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse. » Nietzsche

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 Le label

Formé en 1997, par Ian Ilavsky et Don Wilkie, ce label indépendant est devenu malgré lui une des emblème du post-rock. Mais c’est pour son plus grand mérite qu’il est
devenu un exemple de la notion de label indépendant et collaboratif.

Poursuivant des études de philosophie, Ian les quitta pour se tourner vers la musique et le groupe Sofa, influencé par les idées de l’Ecole de Francfort et d’Adorno, compositeur, musicologue et philosophe, qui développa des idées pessimistes sur la société et
considérait que l’art doit rendre compte du caractère conflictuel de la culture et du monde capitaliste, notamment par la dissonance et la déconstruction.

Vite déçu et désabusé par le monde de la musique et des réseaux de diffusion, constatant que Montréal était rempli de groupes de qualité pour qui la vie était dure et les
représentations difficiles, il décida avec Don de monter un label afin de travailler avec ces groupes et leur permettre d’enregistrer et de se produire. Travaillant dans des appartements les premiers enregistrements de Constellation furent réalisés sur des cassettes et distribués à très peu d’exemplaire. Puis les groupes se succédèrent, le label grandit peu à peu tout en restant fidèle à ces principes fondateurs. La qualité s’imposa d’elle même, engendrant le
bouche à oreille qui répandit bientôt le label, sa musique et ses formations, faisant de constellation un phénomène musical que l’on attendait peu dans la morosité ambiante des majors et de leurs protégés.

 Alors, Constellation, label de post-rock ?

« Ce qui a été pour nous une autre source d’étonnement : le fait que très vite, les journalistes nous aient collés une étiquette « post-rock » - un terme qui veut rien dire, ou pas grand-chose -, alors que Constellation n’est clairement pas un label spécialisé dans un seul
genre. »
(Ian, co-fondateur de Constellation)

Difficile et inutile en effet de définir ou de poser une quelconque étiquette sur cette constellation étrange et engagée de Montréal. Si l’on envisage l’étiquette comme un
concept utilisé par l’industrie du disque dans un but de commodification de la culture, ces « écoles musicales », ces communautés transformées en simple produits de consommation aveugle, alors c’est bien contre cela que s’érigent les membres de Constellation dans un esprit de révolte, de critique du corporatisme capitaliste et au sein d’une volonté de collaboration et d’indépendance.

Si certains multiplient les attaques contre ce label accusé d’une part de se cantonner dans une idéologie marxiste et de l’autre de ne pas séparer la sensation de l’idée au sein de leurs choix et de leurs créations, il est en effet impossible de séparer ces deux aspects dans la description des actions de ce label.

Fondé autour d’une idée de partage et de prise de décision commune, Constellation s’attache à ne pas utiliser les circuits habituels de promotion et de diffusion de la musique, tout en gardant des processus de fabrication et d’enregistrement à échelle humaine. Les groupes ne sont pas liés par contrat et peuvent prendre part autant qu’ils le désirent dans les décisions quand aux directions prises par le label.

Partis d’un constat triste quand à la condition mondiale actuelle, et le monde musical en particulier, les membres de ce label ont prouvé la possibilité de transformer par l’action ce sentiment en un enthousiasme prolifique.

Ils ont donc décidé de privilégier la qualité à la quantité ; ils utilisent le carton pour leurs pochettes de disque très reconnaissables, toujours réalisée par des artistes locaux de talent ; ils tentent en permanence de privilégier les artisans et refusent de s’occuper de la diffusion de leurs disques dans les grandes distributions. Discrets dans la presse et sans aucune promotion, le label a prouvé la possibilité de l’émergence d’une musique hors du
push marketing habituel, notamment au travers du succès de leur plus célèbre groupe Godspeed You ! Black Emperor, véritable météorite dans un univers musical où le choix
appartient aux promoteurs et non au public. Car GY !BE s’est imposé sur les scènes musicales et son nom se répand aux quatre coins du monde. Poursuivant leur volonté et
répondant ainsi aux inquiétudes fondées sur la pérennité possible d’un tel phénomène hors des circuits habituels, le label n’a pas changé sa politique quand au développement du
groupe, dont le dernier album date de 2002 et qui n’a pas tourné depuis 2003, pour travailler sur d’autres projets au lieu de surfer sur une vague qui dans les mains de promoteurs avertis auraient submergée les bacs.

Loin d’être une organisation politique et bien qu’ils aient
publié à leur création un manifeste, Constellation agit au sein de ses groupes comme une communauté à la recherche d’apports mutuels et de découvertes. Jamais fixes, ni dirigés, les groupes ont des membres mouvants et interchangeables qui s’associent puis se dissocient tissant au passage des entrelacs d’expérimentations sonores qui jouent avec les frontières d’un chaos issus du choc de l’expérience individuelle du monde avec l’expérience communautaire de l’orchestre. Puisant dans le postpunk
(Ian dit être arrivé à la musique par Joy Division), les
musiques folkloriques, l’électronique ou encore la musique
concrète, les groupes de Constellation poussent leur soif de tentative au delà de l’orientation politique du label pour en faire un principe de création musicale.

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Manifeste de Constellation


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