Films, DVD
Control

Control

Anton Corbijn

par Sylvain Golvet le 20 novembre 2007

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Sorti le 26 septembre 2007

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En 2007, soit presque 30 ans après les faits, Anton Corbijn se permet enfin de revisiter en images l’histoire d’un groupe devenu mythique presque instantanément. Après avoir photographié Joy Division (cf la rubrique Rock n’ Pics), en avoir réalisé un clip posthume (Atmosphere en 1988), le photographe-clippeur se lance enfin dans le biopic filmé et prend comme sujet de son premier long-métrage des personnages qu’il a lui-même connus et côtoyés. Le film commence avec l’adolescence de Ian Curtis et sa rencontre avec Deborah, puis se concentre sur son mariage avec elle et sa relation avec sa maîtresse jusqu’au final tragique de mai 1980, avec en arrière-plan sa courte carrière artistique avec Joy Division.

Le projet prend pour base le livre de la veuve Deborah Curtis Touching From A Distance. Distance donc, que l’on retrouve tout de suite puisque le film, presque pudiquement, tourne autour de Curtis, fait le compte de ses diverses relations avec les autres, notamment amoureuses, mais reste en dehors, l’observe mais n’adopte jamais son point de vue. Ce jeune homme est juste scruté dans sa transformation progressive d’adolescent normal avec ses rêves, à jeune adulte enfermé dans les problèmes et les contradictions. Corbijn l’a expliqué, il a choisi de raconter cette histoire pour ce qu’elle avait de simple et de d’universelle, c’est-à-dire une histoire d’amour contrarié. Ce parti pris a de quoi décontenancer les adeptes de Joy Division qui auraient préféré une étude plus centrée sur les relations entre Curtis, le groupe et la musique qui en découlait. Néanmoins la vie de Ian Curtis est évoquée dans toute sa diversité. On a pu entendre par-ci, par-là que Control était l’anti-biopic, ce qui est assez faux puisque l’on retrouve plutôt le même parcours, logiquement centré sur le leader charismatique, partant de l’anonymat pour connaître le succès et ses conséquences. Manquera juste la rédemption finale chère aux américains.

On ne savait pas que Corbijn était photographe qu’on l’aurait deviné dès les premières images. Le noir et blanc est parfait, contrasté comme il faut, loin du voile gris qu’on voit souvent. Et, c’est assez rare pour un film anglais, la caméra ne joue pas le reportage. On n’est pas chez Ken Loach, le caméraman n’a pas la tremblote, pire il compose ses plans, il pose ses travellings au millimètre. Plus surprenant encore, Corbijn a compris très vite une des caractéristiques du cinéma : faire passer ses idées par l’image plutôt que par les dialogues. On comprend donc très bien, via les deux ou trois scènes de live, l’adrénaline que procure le fait de jouer devant plusieurs centaines de personnes. Mais c’est surtout par sa description visuelle d’un type qui s’efface petit à petit du monde que la réalisation interpelle, que ce soit quand on voit Déborah laisser Curtis et partir dans le flou quand retentit Love Will Tear Us Apart. Ou quand il rentre chez lui, vêtu de noir de la tête au pied, et que tout le reste est immaculé, des langes du bébé au lait maternel.

Au final, on regrette une certaine retenue, une timidité dans la réalisation, qui auraient pu se permettre plus d’audaces. Mais Anton Corbijn n’est pas Oliver Stone et là où The Doors était excessif et grossier, tel son personnage principal d’ailleurs, Control est au contraire effacé, contenu. Pas de drogue, si ce n’est des médicaments, une groupie grand max, un bus pourri et une petite maison, tout est là pour rappeler la normalité du groupe, de son leader. Ian Curtis, c’était quelqu’un comme nous, avec ses problèmes, ses failles, qu’il faut plutôt respecter qu’aduler, surtout ce geste final si fantasmé. Et considérer ce qu’il a laissé, magnifiquement montré via un dernier plan symbolique alors que monte la musique d’Atmosphere.



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