Pochettes
Dark Horse

Dark Horse

George Harrison

par Our Kid le 20 février 2006

paru le 20 décembre 1974 (Apple / EMI)

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Après un début de carrière solo tonitruant, notamment avec le monumental All Things Must Pass, George Harrison, dans un élan de popularité suite aux concerts de charité pour le Bangladesh et le succès de ses disques, se découvre de plus en plus ambitieux et monte ainsi son propre label, Dark Horse. Au même moment, le guitariste s’embarque pour une tournée nord-américaine qui s’avérera par la suite être un fiasco total, la star souffrant de sérieux problèmes de voix durant la plupart des dates. Preuve de son dynamisme, Harrison travaille parallèlement à l’élaboration de son album, intitulé Dark Horse, et qui sortira pendant la tournée américaine. Cet album présente une pochette qui témoigne de la prise de conscience de la star de son statut, et qui l’autorise désormais à faire figurer des messages sur ses disques.

La photo de l’album qui constitue la pochette est un agrandissement retouché d’une image panoramique des élèves du Liverpool Institute en avril 1956, reproduite dans la première édition de luxe du livre I Me Mine. Paul McCartney y figure, mais cette partie n’a pas été utilisée pour la pochette. Le jeune Harrison a le visage colorié en violet. L’artiste Tom Wilkes installa toute cette jeunesse sur une fleur de lotus et son œuvre de retouche s’exprima en remplaçant les sévères costumes-cravates des professeurs par des sweatshirts ornés de messages concernant l’univers de l’ancien Beatle. De gauche à droite : « Willie Weeks smile y’all » (Willie Weeks sourit à vous tous). Willie Weeks est le bassiste de l’album et accompagna Harrison lors de sa tournée américaine. Ce dernier le jugeait meilleur bassiste que McCartney. Le personnage assis à côté de lui a des faux airs d’Hitler avec moustache et aigle prussien, le témoignage, selon Geoffrey Giuliano dans The Secret Life Of George Harrison, d’une fascination des Beatles et de leur entourage pour Hitler...

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« om »

Les autres personnages portent des tee-shirts avec les logos de Capitol (la maison de disques américaine des Beatles), celui de Parlophone, le label des Beatles depuis 1962, bien sûr le logo de Dark Horse, les lettres A&M, la maison de disques distribuant les productions Dark Horse, L.A. Express, l’ensemble des cuivres qui sont à la fois présents sur l’album et en tournée avec Harrison, et curieusement Bag Productions, la société de films de John Lennon. Cette pochette fait vaguement penser aux multiples personnages de Sgt.Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Mais la comparaison s’arrête là. Les symboles des principales religions figurent sur la pochette : un bouddha, une croix catholique, le croissant musulman, l’étoile juive et le mantra « om ».

En ouvrant la pochette, on découvre une photo de Terry Doran (assistant personnel de l’artiste) montrant de dos Harrison se promenant dans sa propriété de Friar Park avec Peter Sellers, qui lui dit : « Well Leo ! What say we promenade through the park ? » (Eh bien, Leo ! Que dirais-tu d’une promenade à travers le parc ?). Cette réplique est extraite du film The Producers (Les Producteurs) de Mel Brooks, un film dont le guitariste était très friand, devenu culte dans certains milieux.

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pochette intérieure de Dark Horse

La photo est encadrée par un message écrit par Sir Frank (premier propriétaire de Friar Park) en vieil anglais, qui signifie en substance : « Ne vous laissez pas emporter par la colère à propos de choses sans importance ; soyez un jardinier, une personne de bonne volonté, laissez le bon en vous s’exprimer et cheminez tranquillement le long des jardins de la vie ». La pochette intérieure est inondée du petit sigle de son propre studio d’enregistrement (un moine jouant de la guitare), qui est très spirituel. Harrison l’avait fait installer chez lui par Eddie Veale, qui avait construit deux ans auparavant le studio de Lennon à Tittenhurst Park. Il faut bien faire comme son aîné...

Cette pochette intérieure ne comporte pas moins d’une soixantaine de fois la lettre, « om », désignant Krishna. En terme de prosélytisme religieux, le nombre est passablement exagéré. Avec en plus un dernier message : « The Lord lives in you’re heart ». Une phrase à double sens car on peut comprendre : « Dieu vit dans votre cœur », et, dans ce cas, Harrison aurait dû écrire : « in your heart ». Mais telle que la phrase est libellée, elle signifie que chacun de nous a un potentiel divin. Que chacun d’entre nous est une partie de l’âme divine ultime qu’est Krishna. Il transforme avec humour le nom de son ami manager Dennis O’Brien en Tennis O’Brian. Dernier point, l’étiquette centrale du disque nous dévoile deux regards. En face 1, celui de Harrison et en face 2 les yeux d’Olivia Arias, la secrétaire de A&M devenue sa nouvelle compagne.

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Verso de la pochette Dark Horse

Finalement, et à travers la pochette de Dark Horse, on peut identifier bon nombre d’aspects de George Harrison : l’humour, son passé de Beatles et son enfance liverpuldienne, sa passion pour le jardinage et, le plus important, sa conviction spirituelle et l’utilisation de son statut à des fins parfois prosélytiques, un peu à l’instar d’Hitler. N’oublions pas la mention à sa nouvelle compagne également. Tous ces éléments permettent de penser que Harrison adorait entretenir le culte de sa personnalité, ce qu’il détestait paradoxalement lorsque cela provenait de ses fans...

En fait, c’est l’ex-Beatle timide qui résume le mieux la pochette de Dark Horse : « Je suis un musicien, pas un conférencier. Si vous achetez mon album, c’est comme dans la série TV Peyton Place. Ce que je veux dire, c’est que vous y trouverez tout ce que j’ai fait ces derniers temps ».

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