Concerts
David Gilmour à Paris

Paris (Grand Rex) et (Olympia)

David Gilmour à Paris

Les 15 et 16 mars 2006

le 28 mars 2006

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À l’Olympia, les spectateurs enfoncent un peu le clou de la soixantaine : on se met à lui chanter « Happy birthday... » Dave semble ému. Il nous dit qu’il a un cadeau pour nous... et empoigne son saxo. Le Red Sky At Night se lève, bien illustré par le light show. Depuis la sortie de l’album, c’est devenu presque un cliché de dire que Dave joue du saxo comme il joue de la guitare. Mais si c’est un cliché, c’est peut-être parce que c’est vrai... Aucune démonstration dans son jeu, aucun esprit m’as-tu vu, juste de la beauté, qui prend son temps pour s’installer... oui, Dave est vraiment lui-même avec son saxo : maîtrise et modestie. L’ambiance lancinante est soudain agitée par une ambiance bluesy. La musique de This Heaven est aussi simple que ses paroles. Le seul paradis dont Dave a besoin, c’est ses enfants. Une musique qu’on pourrait entendre dans un piano-bar, sans prétention, juste le plaisir de jouer, de revenir aux racines d’une certaine musique... une musique d’une évidence qui rappelle celle de Dominoes, ou de Biding My Time.

Arrive un nouvel instrumental, qui vient en contraste total avec cette rafraîchissante évidence de This Heaven. Then I Close My Eyes... une étrange envolée vers des territoires qui n’avaient plus été explorés, ni même approchés, depuis des décennies... ambiance qui rappelle un peu la période Atom Heart Mother. Il faut croire que quand Dave ferme les yeux, et oublie tout le mal que lui et ses comparses du Floyd ont dit (ou cru de bon ton de devoir dire ?) de cette période expérimentale, c’est à ces premières amours là qu’il revient. Le thème lancinant répété tout au long du morceau par la guitare de Guy Pratt (Manzanera jouant du clavier à ce moment là) rappelle ainsi la respiration mécanique de Mind Your Throats Please, et la slide de Dave a des réminiscences de Alan’s Psychedelic Breakfast. Dick Parry fait son entrée, très applaudi. L’ex maréchal-ferrant respire la bonhomie et la modestie... et la sincérité. S’il ne se sent pas à l’aise dans un solo, il ne le joue pas. Cela nous rappelle que c’est bien de vrais êtres humains devant nous. C’est ainsi qu’au Grand Rex, il a soufflé quelques notes, puis s’est envolé. Le lendemain il aura plus d’assurance, et jouera un bel équivalent de la trompette de Robert Wyatt sur l’album.

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David Gilmour au Grand Rex
© Pompom

Mais c’était juste une île d’expérimentation, entre deux lacs de beauté simple... ainsi la guitare de Smile vient revigorer les rétifs aux sons de Then I Close My Eyes. Smile est épurée au possible, aucun chœur féminin ne venant chanter la partie que chante Polly sur l’album. Ainsi Dave est presque seul à chanter son plaisir de rentrer vers son seul vrai foyer, sa source de réconfort, le sourire de son épouse. Seul Guy Pratt s’avance tranquillou pour assurer un petit chœur, avant de revenir vers sa position, toujours mains dans les poches.

La chanson s’envole comme la fumée d’un feu de camp. Et alors que les musiciens électrisent leur équipement, Dave nous demande malicieusement si on serait partant pour quelque chose de plus rock... Et comment, qu’on l’est...
Take A Breath explose. Le light show aussi. Et la salle aussi, bien sûr. Car il ne faut pas seulement attendre la mort passivement : lui résister, aimer la vie quoi qu’il arrive, apprendre à survivre... le geste de survie le plus adapté étant l’amour de ses proches. Le gimmick vocal est très efficace (après une seule écoute, je soulais déjà ma moitié avec les « Take a breath, take a deep breath now ! » à tout bout de champ). Et en live, le morceau prend indéniablement une ampleur décuplée. Le dernier solo est précédé d’étranges bruitages qui rappellent un peu la partie équivalente de Jugband Blues. La chanson finit sur une ultime explosion de « Take a breath ! » d’un kitsch assumé.

On calme un peu le jeu avec la très belle A Pocketful Of Stones. Dave nous chante ici sa propre histoire semble-t-il, celle d’un homme qui constate le non sens de la vie, et qui se contente de vivre aussi fort qu’il peut, jusqu’à la fin, se débarrassant peu à peu des pierres qu’il garde dans sa poche, qu’il ne pourra pas emmener avec lui... mais qui font quand même des ronds dans l’eau. Il se prépare donc sereinement à profiter de la vie, et à accepter, celle-ci terminée, de n’être plus qu’une onde, un souvenir dans l’eau de ceux qui restent. La musique est d’une limpidité théâtrale, avec des passages instrumentaux qu’on utiliserait bien pour la BO d’un film.

Puis vient la chanson peut-être la plus simple de l’album, tellement simple qu’on pourrait la croire caricaturale. J’allume un feu de camp, un pic-vert rit, nous valsons au clair de lune... mais elle est tout à fait sérieuse. Where We Start is where we end : le quotidien si agréablement répétitif, voilà l’île dans laquelle se sont réfugiés Dave et Polly. Les joies simples et bucoliques d’une balade en amoureux. Une ballade sur une balade, on n’avait pas fait aussi simple depuis Grantchester Meadows... Un superbe cadeau d’anniversaire de Dave à Polly... Polly doit être une femme heureuse. Et déjà on peut faire ce constat : pour la première fois dans l’œuvre floydienne, un album entier est consacré à l’amour et au bonheur. Il aura fallu attendre 60 ans pour en arriver là...

La mélodie de Where We Start est aussi simple que belle et efficace. Pour preuve, les lumières rallumées, les musiciens partis en pause, le refrain est encore siffloté ou fredonné partout dans la salle, dans le hall, au pipi room. Une pause était de toute façon nécessaire. Pour digérer tout ça, pour se calmer. On vient de se prendre l’intégralité d’un album dans les oreilles. Certains l’ont découvert, d’autres redécouvert... certains n’ont pas aimé les chansons. Peut-être cherchaient-ils trop Pink Floyd là où il n’y a que Dave ? Mais dans tous les cas, la guitare et la voix n’ont pas laissé indifférent. Et il faut bien se préparer un peu à ce que beaucoup qualifient de « choses sérieuses »... D’autant plus qu’on sentait que Dave n’était pas aussi à l’aise qu’il pouvait être : sur la première partie, il a un album à présenter, il doit convaincre, séduire... alors que sur la deuxième partie, on attend de lui qu’il se promène en terrain conquis...

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Le Grand Rex
© Pompom

Les lumières se réteignent, c’est reparti. Dave arrive seul, prend sa guitare, actionne son pédalier... et Shine On... est murmurée. Cette version ressemble beaucoup à celle de 2002, si ce n’est qu’elle est jouée à la guitare électrique. Mais si le début est très similaire à la version 2002, la suite se différencie très rapidement, pour adopter la version album. Dès lors, l’impression qu’avait donnée Then I Close My Eyes d’assumer le passé revient de plus en plus. Comme si Dave se sentait l’obligation de réhabiliter certains morceaux du répertoire floydien, d’opérer un retour aux sources... de ramener des trésors sur son île. Ainsi Shine On... à partir de la part 2 nous ramène des sons qu’on n’avait pas entendu en live depuis des décennies. Le Syd’s theme retentit, la batterie et la basse se joignent au ballet, l’hommage à Syd explose. La guitare plus que jamais inspirée de Dave s’aventure dans de nouveaux territoires, tout en nous racontant la même histoire qu’elle raconte dans ce morceau depuis 1974. « Wish you were here Syd »... La part 3 est zappée, pour nous conduire directement à la part 4, celle du chant... et là, une claque. Une claque à coup de silence. Tous les instruments s’arrêtent, seul Dave et sa guitare nous livrent les mots de la chanson. Dave l’a affirmé, il ne chante jamais, jamais, cette chanson sans penser très fort à Syd. Il s’en fait presque un devoir. À mes oreilles, il n’a jamais pensé aussi fort à lui. Interprétation bouleversante... si elle ne vous donne pas des frissons sur les bras, c’est que vous n’avez pas de bras. Sur les deuxièmes couplets, un piano mélancolique vient accompagner Dave... pour moi ce sera l’une des îles de secondes de bonheur et de vérité qui émergent du concert. Et quand retentit le dernier « Well you wore out your welcome, with random precision... » tous les instruments rattrapent le morceau, puis Dick vient interpréter la part 5 avec ses deux saxos, comme il le faisait en 1994. Shine On..., avec ses 9 parts plus ou moins amovibles, est un des morceaux qui a connu le plus de version différentes... je crois que le montage qui nous en a été livré ce soir est, sinon le plus réussi, le plus émouvant qu’il m’ait été donné d’entendre. Commencer le « set Pink Floyd » comme ça nous achève d’avance.
Les spectateurs de l’Olympia auront eu un double bonheur : pendant qu’il chante le premier couplet, un larsen gâche tout... Dave s’arrête tout simplement, et demande qu’on répare le problème. Pas question que l’hommage à Syd soit entaché. Le public approuve... et encore plus quand il commence à comprendre ce que ça signifie : une fois le problème réglé, Dave va la rejouer depuis le début ! À la surprise des autres musiciens qui semblaient penser que Dave allait simplement reprendre là où il s’était arrêté. Dave accélère un peu l’intro de la deuxième version, en réinterprétant, en improvisant... une version encore plus surprenante, suivie d’une part 2 encore plus inspirée... le couac aurait-il boosté son jeu ?



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Article écrit par David Lluis (aka Davidero)

Avec l’aimable autorisation de Davidero et de Speak to m(E), le fanzine francophone sur Pink Floyd.

Premier numéro à paraitre en avril 2006.
Plus d’info sur http://www.speak2me-zine.net
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