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Deep Purple

Deep Purple

Deep Purple

par Psymanu le 10 janvier 2006

4

paru en 1969 (EMI)

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On sombrerait facilement dans le systématisme du « c’était mieux avant » et ça nous serait reproché, à juste titre. Mais, bon sang ! il y a quand même des trucs qui claquent au visage comme une évidence, et ce matériel pré-carton-planétaire du groupe est de ces choses qui sont tues et qu’il est pourtant vital de faire savoir : Deep Purple « mark I » était, dans son style, aussi bon que ses séquelles. Donc, entendons-nous bien, pas de révisionnisme ici : In Rock et Machine Head restent dans leur catégorie poids super-lourd. Néanmoins, il est important de ne pas considérer les précédents efforts de ce groupe alors en en gestation comme anecdotiques. Et encore moins ce troisième et dernier essai avant l’Histoire, éponymement nommé Deep Purple.

Alors Deep Purple, à ce moment-là, c’est qui ? Eh bien c’est déjà Blackmore (guitare), Paice (batterie) et Lord (clavier), ceux que l’on connaît si bien. Mais c’est aussi Nick Simper à la basse, et, surtout, Rod Evans aux vocalises. Ces cinq-là viennent de faire paraître deux albums, Shades Of Deep Purple et Book Of Taliesyn, plutôt bien reçus par la critique comme par le public, même si celui-ci ne se doute encore de rien.

Tribal. Le morceau d’ouverture, Chasing Shadows, est juste tribal. De par la rythmique quasi-zoulou de Paice qui s’en donne à cœur joie, les riffs martelés de Blackmore, ce dernier nous balançant à mi-chemin un solo comme lui seul savait en faire. Et la voix gorgée de reverb d’Evans pour les incantations. Blind, qui fait suite, est un titre médiéval speedé, signé Lord, dans un style qu’on peut lui reconnaître comme caractéristique, où l’orgue tient bien sûr un rôle majeur. Il signera également le petit solo jazzy de Lalena. Mais sur ce dernier, il n’a pas la vedette. C’est Evans, qui l’a. Rod chante avec une voix sublime, blindée de soul, tout en feeling, d’une grande délicatesse. Ne laisser personne, ô grand jamais, dénigrer le travail de ce type au micro. Car ce morceau, emprunté à Donovan suffit à lui seul à démontrer que si Evans eut été infoutu de chanter comme Gillan, ou Coverdale, l’inverse est aussi vrai, et tout à son honneur. Il regagne en finesse ce qu’il perd en puissance. Largement.
Puis, les Pourpres s’offrent avec Fault Line un instrumental psychédélique, avec des sons à l’envers, on sent que Blackmore tient à se faire plaisir. Il le fait tout au long de Painter, également avec un long solo blues et parfois distordu, avant de passer la balle à Lord, à nouveau. Car il faut savoir que ce sont ces deux-là qui tiraient le groupe en même temps que la couverture. Leur ambition est en grande partie à l’origine du premier changement de line-up, qui adviendrait peu après la parution de Deep Purple. Why Didn’t Rosemary est un boogie, et annonce un peu le style heavy vers lequel le groupe tendra plus tard. Chacun y est bien à sa place, soit au service de la guitare de Richie, ponctuée par les rugissements de l’orgue de Mr.Lord.
Tribal. A nouveau. Pour ce qui est peut être le sommet du disque : Bird Has Flown. Un peu comme pour Chasing Shadow, un morceau lancinant, répétitif et fascinant. Un style que Deep Purple saura retrouver bien plus tard sur No One Came, avec un bonheur égal, mais des paroles moins lyriques que celles-ci. Un riff wah-wah entêtant pendant qu’Evans étale toute sa classe, jouant les crooners, de sa voix chaude et basse. Avant de s’effacer derrière le délire prog de ses camarades. Il ne reviendra que pour conclure April, un autre long morceau progressif signé Blackmore/Lord, en plusieurs mouvements. Une sorte de bande-son de western, puis de la musique classique, puis du rock à nouveau et pour finir.
Il est à noter que la réédition de ce superbe album offre en supplément des versions de Painter, Lalena enregistrées pour la BBC, une prise alternative de Bird Has Flown (peut être encore meilleure que celle qui fut retenue, plus rageuse en tout cas) ainsi que la face B Emmaretta, en version studio et BBC encore.

Que serait-il advenu de ce groupe, s’il était resté en l’état ? On ne le saura jamais, et c’est bien dommage tant il semblait ouvrir à d’intéressantes perspectives. Mais il parait qu’Evans et Simper étaient des fardeaux pour leur musique. Rod tentera d’obtenir sa revanche lors de la fameuse autant que trouble affaire du « faux Deep Purple » au début des années 1980. La farce tournera court et il disparaîtra dans la nature, entretenant ainsi le mystère en même temps qu’un certain culte autour de sa personne. Restent trois albums, tous très bon, dont le dernier, celui qui nous occupe, est sublime. Et comme un goût amer d’inachevé.



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Tracklisting :
 
1- Chasing Shadows (5’34")
2- Blind (5’26")
3- Lalena (5’05")
4- Fault Line (1’46")
5- Painter (3’51")
6- Why Didn’t Rosemary (5’04")
7- Bird Has Flown (5’36")
8- April (12’10")
 
Durée totale : 43’50"