Pochettes
Diamond Dogs

Diamond Dogs

David Bowie

par Our Kid le 7 février 2006

paru le 24 avril 1974 (RCA)

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Après avoir opéré une mutation inattendue avec le personnage d’Aladin Sane, mettant fin du coup à l’épisode « des araignées de Mars », le caméléon londonien se met en tête, en cette fin d’année 1973 et à la suite du succès de Pin Ups, d’acquérir les droits d’utilisation de l’ouvrage de George Orwell, 1984, un roman qui l’a toujours fasciné et dont on retrouve des traces dans ses textes dès The Man Who Sold The World (1971). Installé à Rome, Bowie travaille sur une adaptation théâtrale du célèbre roman qu’il projette de nommer « 1984 ». Cependant, la famille Orwell et notamment la veuve, lui refusèrent le droit d’utiliser le nom « 1984 » pour quoi que ce soit. Bien que déçu, Bowie garde tout de même ses maquettes et décide de s’inventer son propre univers futuriste paranoïaque, celui des « Chiens de Diamants » en vue de réaliser un album. Ce sera donc son « 1984 » à lui, à qui il conférera son aspect apocalyptique.

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Photo prise par Terry O’Neill

La figure centrale, Halloween Jack, centaure canin (mi-humain, mi-chien) et rare survivant de l’ère post-atomique dite des « Diamond Dogs » mutants - qui font main basse sur la ville dévastée, au sol jonché de cadavres, de rats pourris et d’insectes monstrueux - règne en maître sur un univers de grattes-ciels en ruine. L’histoire se déroule dans le contexte de Hunger City où des peoploids tentent de survivre, entourés de chiens enragés et de rats mutants. En dehors de l’œuvre d’Orwell, on retrouve dans Diamond Dogs des éléments présents sur The Wild Boys de Burroughs ou A Boy And His Dog de Harlan Ellison. L’ambiance du disque est assez malsaine, plus prenante que les disques précédents, probablement du fait qu’il ait été enregistré sous l’influence de la cocaïne. Toujours est-il qu’il faut présenter une pochette allant avec l’album.

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La première mouture de la pochette

La première idée de Bowie est de poser avec un chien affamé. L’artiste s’amuse même à porter un sombrero lors de séances placées sous la direction de Terry O’Neill. Ne reflétant finalement pas suffisamment le côté apocalyptique et malsain de l’album, le dandy laisse de côté le travail effectué et part à la recherche d’une idée plus salivante. La pochette dite du sombrero est présentée depuis dans les rééditions Rykodisc/EMI.

L’Anglais s’acoquine alors de Guy Peellaert, un artiste belge à la fois designer, illustrateur de bandes-dessinées, réalisateur de vidéos... Issu de la tradition artistique bruxelloise, Peellaert, après un passage par la publicité, produit en 1968 une série de BD inspirées du pop art pour le journal Hara-Kiri. Cinq ans plus tard, il se tourne vers le théâtre et la télévision. En 1974, sort Rock Dreams, magnifique plongée dans un monde du rock décadent tout droit sorti de l’imaginaire de l’artiste. Lou Reed se ronge les ongles, les Stones portent l’uniforme nazi... La pièce maîtresse reste bien-sûr la version « rock » de la Cène : attablés ensemble, Elvis, Lennon, Dylan, Jagger et Bowie symbolisent une nouvelle aristocratie.
Guy Peellaert devait entrer dans l’univers du rock avec la pochette de l’album It’s Only Rock’n’Roll des Rolling Stones. Pourtant, le projet des Silex prenant du retard, la première pochette rock signée par l’artiste belge sera celle de Diamond Dogs.
Toutefois, la pochette initiale de Guy Peellaert allait créer un scandale.

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Pochette originale

Présentant une créature à moitié Bowie (cf. le visage où l’on reconnaît la star à sa coiffure Ziggy), à
moitié chien (le reste du corps) - un Halloween Jack/Bowie donc - le concept plaît au chanteur qui voit dans la créature un « chien visiblement mâle », en accord avec le contenu des paroles. Tout comme l’album Aladdin Sane, la pochette de Diamond Dogs sera double et Peellaert va même jusqu’à y faire apparaître explicitement les organes génitaux de l’homme-chien Bowie... RCA doit alors rapatrier en catastrophe les premiers 33 tours lâchés chez les disquaires américains, pour « repeindre » la fresque du dessinateur belge. En clair, l’industrie musicale yankee ordonne d’obscurcir l’entre-jambes de la créature pour dissimuler l’objet du délit. Elle propose au final un visuel plus comestible sur lequel la créature est finalement asexuée pour cause d’attributs trop proéminents au goût d’une censure castratrice. Ainsi, Outre-Atlantique, la pochette originale est plus que recherchée sur le marché des collectionneurs. L’histoire a même failli se répéter pour Bowie en 1991, à la sortie de son album Tin Machine II, pour les mêmes raisons.

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Pochette américaine

Étrangement, c’est grâce à cet album plus que sombre que Bowie a pu goûter pour la première fois au succès américain. Mais, en aurait-il été de même si Diamond Dogs avait comporté la pochette du sombrero ?

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Sources :

David Bowie, Hervé Guilleminot, Les Guides Musicbook, Paris, 2001.