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Down In Albion

Down In Albion

Babyshambles

par Béatrice le 20 décembre 2005

2,5

paru le 14 novembre 2005 (Rough Trade)

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Quel que soit l’intérêt qu’on porte à Pete Doherty et sa bande, et sans aller jusqu’à dire que cet album était le plus attendu de l’année 2005, il est difficile de ne pas en avoir entendu parler, tant il a fait couler d’encre et remuer de langues au cours des derniers mois... Et, phénomène pour le moins étonnant, les louanges qu’il a reçu des médias n’ont eu d’égales que la déception qu’il a provoqué chez la plupart des fans des Libertines... On ne se lancera pas ici dans un débat sur l’objectivité de la presse (bien que la question puisse effectivement se poser), mieux vaut se concentrer sur ce fameux album - qui s’avère n’avoir, en fait, pas grand chose de bien extraordinaire, ni dans le bon , ni dans le mauvais sens.

À la première écoute, le tout apparaît d’abord comme joyeusement brouillon, et plutôt hétérogène. Si quelques chansons accrochent directement l’oreille et surprennent par des mélodies attachantes et bien construites, comme l’entêtante La Belle et La Bête, duo plutôt réussi avec Kate Moss, l’amusante (quoique pas très intelligente : « There’s a lesson I have learned/If you play with fire, you will get burnt », ah bon) What Katy Did Next ou la mignonne Up The Morning et son refrain en crescendo, il est difficile à ce stade de se faire une véritable idée de l’ensemble. Mais, bon point, le disque paraît attachant et on aurait même plutôt envie de le réécouter... C’est reparti donc, et, aux alentours de la troisième écoute, on se surprend à trouver le disque agréable et sympathique. Certaines mélodies se révèlent plus efficaces qu’elles n’en avaient l’air et commencent à nous trotter dans la tête, comme celles de Pipedown ou de The 32nd Of December. L’album est loin d’être un chef-d’œuvre, mais, pour l’instant, n’est pas non plus rebutant, au contraire...

Cependant, dès qu’on dépasse justement ce stade de trois-quatre écoutes, l’ensemble devient de plus en plus pénible à écouter, l’aspect brouillon se révèle de plus en plus gênant, Fuck Forever et ses paroles stupides qui semblent vraiment avoir été écrites à la va-vite pour remplir un vers (« I can’t tell the two between death and glory/ New Labour and the Tories », allez comprendre... ) de plus en plus creuse et horripilante, et on fini par renoncer définitivement à trouver un quelconque intérêt à Eight Dead Boys. En revanche on s’habitue doucement au pseudo-reggae vietnamisant de Pentonville qui énerve de moins en moins et deviendrait presque amusant... La plupart des chansons qui avaient plus ou moins séduit au départ restent agréables à écouter (Back From The Dead ou Loyalty Song sont d’ailleurs charmantes dans leur simplicité), les astuces mélodiques fonctionnent toujours assez bien, mais ce qui marche sur trois ou quatre titres peut finir par lasser au bout d’une dizaine, et des chansons comme A Rebours ou In Love With A Feeling en pâtissent, tant et si bien qu’on les entend à peine passer. De la même façon, le single Killamangiro, réenregistré pour l’occasion, est ici complètement noyé dans ce fatras mêlant bonnes idées à moitié exploitées et ruses mélodiques usées jusqu’à l’os pour tenter de sauver la face.

Albion s’impose assez vite comme la chanson de l’album, peut-être la seule vraie bonne chanson de l’affaire ; un petit bijou acoustique délicatement mélancolique, qui rappelle que Pete Doherty est capable de faire les choses mieux que bien quand il veut, et laisse espérer que tout n’est pas perdu, qu’il va arrêter de déconner et nous sortir un album rempli de perles de ce niveau, qu’importe le temps que ça prendra... Parce que, bon, celui-ci, il est bien sympathique, il y a bien quelques bonnes idées qui auraient pu donner quelque chose de vraiment intéressant si elles avaient été un peu plus approfondies, et il a au moins le mérite de nous rappeler que M. Doherty n’est pas complétement mort, mais c’est pas non plus ça qui va nous le ressusciter. Après, on peut très bien comprendre que Pete n’ait pas vraiment la tête à ça en ce moment, que la production brouillonne et chaotique soit la seule qui convenait, et tout ce que vous voulez, on est d’accord pour dire que tout là-dedans n’est pas à jeter, mais on n’a pas affaire ici à l’album du siècle, ni même de l’année, ni même du mois... et, il faut bien le reconnaître, si ça n’avait pas été Pete Doherty, cet album n’aurait certainement pas été critiqué par quasiment toute la presse, ni provoqué de telles polémiques sur le net ; il ne serait peut-être même pas sorti (ou en tout cas, pas tel quel)...



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Tracklisting :

1. La Belle Et La Bête (5’O5")
2. Fuck Forever (4’37")
3. A Rebours (3’23")
4. The 32nd Of December (3’08")
5. Pipedown (2’35")
6. Sticks & Stones (4’51")
7. Killamangiro (3’13")
8. Eight Dead Boys (4’16")
9. In Love With A Feeling (2’51")
10. Pentonville (3’49")
11. What Katy Did Next (3’07")
12. Albion (5’24")
13. Back From The Dead (2’52")
14. Loyalty Song (3’32")
15. Up The Morning (5’43")
16. Merry Go Round (5’22")

Durée totale : 63’48"