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vendredi 31 mai 2013
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par Efgé le 1er juin 2010
Mais cette période de reconnaissance musicale est très vite assombrie par des nouvelles provenant de sa famille. Elizabeth, qui a multiplié les séjours en hôpital psychiatrique dans les années 80 à cause de son penchant immodéré pour la drogue, se suicide en 1996. Les médecins diagnostiquent à Nancy, sa mère, un cancer du poumon en phase terminale. Entre deux concerts, Mark doit se rendre au chevet de sa mère, puis rentrer en Virginie dans la maison familiale faire le tri dans les affaires de sa sœur – il conservera sa collection de disques, ainsi qu’une grande partie des meubles, qui trouveront refuge dans la nouvelle demeure d’Eels en Californie.
E consacrera l’année 1997 à régler les détails pratiques autour de la mort de sa famille et à composer l’album Electro-Shock Blues, sorte de thérapie à cœur ouvert. Cette expérience de la mort altère sa vision de la vie : à la tristesse d’avoir perdu sa famille entière, succède la peur de les rejoindre bientôt (Mark avouera craindre les « signes génétiques » qui le prédisposent, selon lui, à mourir jeune). Ainsi, l’ambition d’E est de créer une œuvre relatant cette expérience, tout en exprimant dans le même temps la volonté de repartir de l’avant. Lors d’une interview accordée aux Inrockuptibles en 1998, il s’expliquera : « Avant ce disque, je n’écrivais jamais sur des sujets très personnels. Mais ce qui s’est passé était tellement important, pesant dans ma vie, que je ne pouvais pas faire autrement que d’en parler dans les chansons ». Pour donner naissance aux seize chansons de l’album, Eels s’entoure à nouveau de Michael Simpson et Jon Brion (croisés sur Beautiful Freak), ainsi que de la songwriter Lisa Germano, de Grant Lee Philips (leader de Grant Lee Buffalo) et du producteur T-Bone Burnett. Tommy, lui, quitte le groupe, remplacé par Adam Siegel.

Electro-Shock Blues sort le 21 septembre 1998 en Europe et le 20 octobre 1998 aux Etats-Unis. C’est un suicide commercial : la maison de disque retarde à plusieurs reprises sa parution, enjoignant E de rajouter au tracklisting quelques singles de la veine de Novocaine for the soul, histoire de gonfler les ventes – ce que E refusera catégoriquement de faire. Inévitablement, l’album se vend beaucoup moins bien, mais il est salué par toute la critique – aujourd’hui, il est rétrospectivement considéré comme un des meilleurs albums de la décennie 90. Quand bien même, certains critiques de l’époque avouent leur réticence à se plonger tout entier dans un opus à l’atmosphère lugubre. Le matériau artistique et les éléments autobiographiques se confondent à plusieurs reprises : les paroles de la chanson Electro-Shock Blues sont tirées de l’une des dernières pages du journal intime d’Elizabeth :
Feeling scared todayWrite down « I am ok »A hundred times the doctors sayI am okI am okI’m not ok
Dans Dead of Winter, il décrit le douloureux traitement subi par sa mère pour son cancer, et sa fin inéluctable :
So I know you’re going pretty soonRadiation sore throat got your tongueMagic markers tattoo youAnd show it where to aimAnd strangers break their promisesYou won’t feel anyYou won’t feel any pain
Cette noirceur, véhiculée tout au long de l’album, est contrebalancée par la dernière chanson, PS You Rock My World, dans laquelle E tente de reprendre goût à la vie :
I was at a funeral the day I realizedI wanted to spend my life with youSitting down on the step at the old post officeThe flag was flying at half mastAnd I was thinking ‘bout howEveryone is dyingAnd maybe it’s time to live
A nouveau, Eels inspire les réalisateurs : le single Cancer for the Cure figure dans la bande originale du film de Sam Mendes, American Beauty.
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