Portraits
Elliott Smith, une tragédie américaine

Elliott Smith, une tragédie américaine

par Giom le 10 mars 2009

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Elliott Smith va alors commencer à donner des concerts solo et on sait que le premier eu lieu le 17 septembre 1994 en première partie d’Heatmiser à l’Umbra Penumbra devant très peu de monde. Des habitués et amis sûrement puisque certains spectateurs auraient réclamé le titre Condor Avenue. Ce soir là, accompagné de Neil Gust sur scène, Smith aurait joué un nouveau morceau du groupe Heatmiser, Not Half Ring, écrit par Elliott dans l’après-midi précédant le concert.

Une chose est sûr, Elliott Smith est un garçon prolifique. Roman Candle à peine sortie, le jeune songwriter a déjà signé un contrat avec un autre label : Kill Rock Stars (quel nom !) pour la réalisation de son deuxième EP qui sort en mai 1995 prenant pour titre le nom de son compositeur. Ce choix a apparemment troublé quelques journalistes puisqu’il n’est pas rare de voir des chroniques de l’album de l’époque nommer le disque Kill Rock Stars (oui, c’est étrange !). La réalisation de ce deuxième LP a marqué un tournant dans la carrière d’Elliott Smith car c’est avec ce disque qu’il a pu vraiment composer comme il l’entendait, le patron du label, Slim Moon, lui laissant une entière liberté pour la réalisation de l’album.

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Le deuxième album solo

Et il faut dire que le disque est somptueux. Il comporte en effet plusieurs des plus belles compositions de l’artiste, toutes en rage contenue, en désillusion affichée. Pour la première fois, le rapport aux drogues est explicite dans ses textes, notamment sur le titre d’ouverture Needle In The Way où une guitare nerveuse accompagne des propos sous forme de confession amère :

“Four more blocks plus the one in my brain
Down downstairs to the man
He’s gonna make it all ok
I can’t beat myself
I can’t beat myself”

On retiendra également les brillantes compositions que sont Clementine ou Coming Up Roses. Sur ce dernier morceau, Smith travaille encore plus l’analogie entre voix et guitare allant jusqu’à pousser le processus très loin en « fondant » véritablement les deux « instruments » pour un résultat magnifique et totalement représentatif de son talent. La voix du chanteur est également plus profonde encore, variant les tonalités de façon encore plus convaincante que sur le premier album pour donner une présence incroyable au narrateur des morceaux. On notera la participation de son amie Rebecca Gates qui vient poser sa voix sur St Ides Heaven et celle de Neil Gust, toujours dans les parages donc, présent à la guitare sur Single File. L’album, avec sa pochette qui fait appel au personnage de super héros Spiderman, est donc la première véritable pure merveille d’Elliott Smith et participe en tout cas à faire grandir sa notoriété dans le paysage luxuriant du rock indépendant américain. Smith s’impose comme un personnage à part, ressassant ses obsessions existentielles pour en faire des petites perles nostalgiques et acerbes.

Après deux albums impressionnants, Elliott Smith trouve tout de même le temps de conclure la courte existence d’Heatmiser en beauté avec la mise en forme d’un ultime LP du groupe : Mic City Sons dont l’enregistrement s’achève en mars 1996. Le disque est produit par Rob Schnapf et Tom Rothrock qui retravailleront avec Smith plus tard. Composé à la fois de titres écrits par Smith et Gust, l’album offre donc un résultat extrêmement hétérogène. Smith se fait de plus en plus poignant et personnel dans ses textes, évoquant un malheur profond et un recul toujours plus fort sur la vie en rock :

« I can’t stand by here waiting while they dumb me down
I fit the perfect picture that you want for all
The fix is in i’m going where i don’t belong” (The Fix Is In)

En tout cas, ce disque marquera bien la fin de l’aventure Heatmiser puisque les derniers concerts du groupe ont lieu à la fin de l’année 96 au moment où Smith a déjà la tête bien ailleurs, tournée vers son troisième album : le fabuleux Either/Or.

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La fin de l’aventure d’Heatmiser


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