Portraits
Elliott Smith, une tragédie américaine

Elliott Smith, une tragédie américaine

par Giom le 10 mars 2009

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Cependant, il ne perd pas totalement son temps car sa participation à Heatmiser lui fait rencontrer de nombreuses personnes de la communauté musicale de Portland dont beaucoup l’encouragent à composer pour lui seul. On retiendra le nom de Sam Coomes, qui, après avoir traîné ses guêtres à San Francisco avec le groupe Donner Party, s’est installé à Portland au début des 90s et a fondé avec sa femme le groupe Quasi, formation qu’on retrouvera en tournée avec Elliott Smith autour de 1998. Commes assurera même la basse pendant un temps chez Heatmiser en remplacement de Brandt Peterson. Smith à cette période compose beaucoup pour lui-même et c’est le manager de Heatmiser, J. J. Gonson qui se charge en tout cas d’envoyer une démo des morceaux d’Elliott Smith au label Cavity Search Records. Le manager du label, Christopher Cooper, propose rapidement à Smith de publier un album complet sous son nom chez eux alors que de son côté le songwriter tentait avec beaucoup de mal d’imposer la sortie d’un single chez Olympia (un label de Washington). Elliott Smith voit alors une opportunité de stopper ses activités avec ce groupe dans lequel il ne se sent pas à l’aise et la voie est ainsi libre pour la composition de Roman Candle qui sort dans la foulée pendant l’année 1994. Cependant, l’affaire Heatmiser se poursuit tout de même jusqu’au milieu de 1995 quand le groupe s’autodétruit définitivement malgré leur récente signature chez Dreamworks (futur label d’Elliott Smith au passage.) Pour l’anecdote, la personne que l’on voit à l’arrière-plan de la photo utilisée pour la pochette du disque Roman Candle n’est autre que Neil Gust, avec qui Elliott Smith restera en bon rapport malgré la dissolution du groupe. Mais l’avenir n’est définitivement plus en groupe pour Elliott...

 Roman Candle et Elliott Smith

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Roman Candle

Alors à quoi ressemble Roman Candle ? Et bien, ce sont neuf morceaux formant une grosse demie-heure de musique d’une cohérence et d’une homogénéité remarquable pour un première album. Elliott Smith semble avoir trouvé son style dès le début, proposant une musique résolument acoustique sur laquelle il brode des paroles sombres marquées par un mal-être existentiel évident. Le jeune Elliott ressasse ses vieux cauchemars et il n’est pas étonnant de voir le morceau éponyme qui débute l’album convoqué une nouvelle fois la figure récurrente du beau-père en filigrane d’une composition musicale pourtant d’une douceur remarquable : « I want to heart him, I want to give him pain. » On notera que quatre chansons n’ont pas de titre ( No Name # 1, # 2, # 3, et # 4) peut-être, en plus de briser de le côté conventionnel du titre de chanson, pour ne pas imposer un sens à ces paroles d’une intensité parfois remarquable. L’album se conclue sur un morceau instrumental, Kiwi Maddog 20/20, très réussi avec une boucle de guitare électrique (l’une des rares utilisations de cet instrument sur le disque) parfaitement évocatrice d’une mélancolie contenue mais bien présente.

Grande réussite que ce Roman Candle donc, que beaucoup considèrent comme le meilleur album d’Elliott Smith, chose rare pour un premier album. Tout est en effet là, les thématiques morbides, la voix fragile et un jeux de guitare sobre mais incroyablement évocateur soutenant, quitte à faire corps avec elle, la guitare de façon prodigieuse. Le style du disque, comme l’œuvre entière d’Elliott Smith, est alors très difficile à définir, proche d’un néo-folk aux thématiques renversées, on sent également dans les compositions une tentation pop qui ne cessera de s’affirmer par la suite faisant de la musique du jeune homme de Portland, un artiste original.

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Elliott et ses tatouages


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