Portraits
Elliott Smith, une tragédie américaine

Elliott Smith, une tragédie américaine

par Giom le 10 mars 2009

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Elliott Smith nous a quittés bien trop tôt, ça on est tous d’accord pour le dire, laissant en souvenir six albums aussi riches que brillants. Il est temps aujourd’hui de lui rendre hommage pour que sa musique reste et non la seule polémique autour de sa mort médiatisée. Retour donc sur un parcours atypique dans une Amérique et un monde musical qui n’ont jamais vraiment compris comme il se doit la complexité d’une personnalité et d’une œuvre si soudainement mise sur les devants de la scène (l’épisode Miss Misery pour le film Good Will Hunting) après avoir sommeillé longtemps dans le monde du rock indé. Enfin comme on dit, les hommes partent, la musique reste ! (ah moins que ce soit autre chose ?)

 Enfance sombre, lumière musicale

Elliott Smith est né à la fin des années 1960. Le 6 août 1969 précisément, sauf qu’il ne s’appelait pas Elliott mais Steven Paul ce qui est certes moins facile à porter. Notre artiste est né à Omaha dans l’état du Nebraska, de Bunny et Gary Smith qui, malheureusement pour lui, décidèrent de se séparer à peine un an après sa naissance. Alors que son père, psychiatre de profession, partait s’installer dans la ville de Portland (Oregon), l’enfant suivait sa mère au Texas, à Duncanville, près de Dallas. C’est dans une atmosphère assez sordide et violente que le jeune Elliott va grandir, marqué très tôt par la violence, l’alcool et la drogue (choses qu’ils a expérimentées dès son plus jeune âge).

Heureusement pour lui, la musique offre très vite une « porte de sortie » à son quotidien grisâtre et Elliott a la chance d’appartenir à une famille où les notes et les mélodies font partie de la vie. Son père lui fait écouter l’album blanc des Beatles à trois ans et Elliott envisage le plus sérieusement du monde de devenir bassiste alors qu’il n’a que six ans (« Comment ne pas vouloir devenir bassiste après avoir entendu Helter Skelter  ? » En effet, la question est pertinente !). C’est pourtant le piano qu’il apprend très jeune (9 ans) et où il brille très rapidement puisqu’il peut déjà commencer à composer à l’âge de 10 ans. Ils remportera même un prix décerné par la ville de Duncanville pour une de ses pièces intitulée Fantasy (vous avez dit « enfant précoce » ?). Le piano représente alors pour le jeune Elliott un échappatoire formidable comme le sera la musique en générale durant toute sa vie.

Car il faut dire que l’ambiance n’est vraiment pas terrible à la maison. Sa mère s’est remariée à un certain Charlie Welch, homme violent, dont le comportement laisse à désirer vis-à-vis de sa femme et de l’enfant. Le personnage de Charlie hantera d’ailleurs les futures compositions du futur compositeur Elliott Smith (Flowers For Charlie, No Confidence Man, Some Song).

La musique écoutée par Elliott Smith durant son adolescence est très éclectique et forgera des influences diverses sur ses compositions futures. Le jeune homme passe de la country (notamment Hank Williams) à Dylan (qu’il reprendra souvent sur scène), aux Beatles bien sûr, mais aussi Kiss (son premier disque acheté est Alive II de Kiss) au punk (The Clash, Elvis Costello). À douze ans, il ramène de Portland, après une visite chez son père, sa première guitare et tente laborieusement de reproduire des solos de Led Zeppelin ou d’ACDC.

L’adolescence d’Elliott est vraiment sombre entre l’alcool, le canabis et les constantes bagarres avec d’autres adolescents : « Tous les parents des gens que je connaissais étaient divorcés ou bien leur père les frappait. Un jour, un voisin a tué mon chat pour le foutre ensuite à la poubelle. Il a tapé son gosse puis il est venu tuer mon chat. »

Finalement, Elliott va rejoindre (apparemment à sa propre demande) son père à l’âge de 14 ans pour vivre à Portland. Même si cela ne va pas régler ses problèmes avec la drogue et l’alcool, il va pendant à cette période commencer à enregistrer ses premiers morceaux. « Ce changement dans ma vie a développé mon goût pour raconter les histoires des gens de mon entourage à travers mes morceaux. Spécialement, la vie de ma mère. » On sait par exemple que le morceau sur XO, Waltz #2 est emblématique de la vision d’enfance d’Elliott Smith sur les relations entre sa mère et son beau-père. Elliott commence alors à cette époque, au contact de son père, à s’intéresser à la psychologie et à la psychanalyse, lisant par exemple les essais de Freud.

Au lycée à Portland, il intègre un premier groupe : Stanger Than Fiction, dans lequel il prend parfois le nom de Johnny Panic. Le groupe est composé de ses amis Garrick Duckler et Jason Hornick. Un an après leurs débuts, un batteur les rejoint, Adam Koval. Même après la dissolution de ce premier groupe, Elliott Smith restera longtemps en contact avec les deux membres fondateurs, souvent cités dans les livrets de ses disques. « C’était assez excitant, une bonne façon de passer le temps... » Smith compose en tout cas de plus en plus et, dès cette époque, il écrit des morceaux qu’il exploitera plus tard dans son répertoire d’artiste solo. Condor Avenue, qui se trouvera sur Roman Candle, le premier album d’Elliott Smith seul, fut entièrement composée à 16 ans. Quant au morceau Everybody Cares, Everybody Understands, sa structure de base est trouvée dès cette époque et le titre sera ensuite retravaillé pour apparaître sur XO en 1998. Les compositions d’Elliott sont en tout cas à cette époque déjà très sombres, évoquant les thèmes de la solitude et du désespoir existentiel que l’on retrouvera dans une grande partie de son œuvre postérieure. En témoigne le titre The Last Call, également sur Roman Candle, composé au lycée, qui aborde déjà les motifs de l’alcool et de la futilité humaine.



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