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Eurockéennes de Belfort 2006 (18ème édition)

Belfort

Eurockéennes de Belfort 2006 (18ème édition)

Du 30 juin au 2 juillet 2006

par Béatrice le 11 juillet 2006

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 Dimanche 2 juillet

On commence la dernière journée du festival avec le groupe du Tremplin des Eurockéennes qui aura réussi à attirer le plus grand nombre de curieux ; il faut dire qu’un groupe de “glam rock prog” qui porte le doux sobriquet de My Baby Wants To Eat Your Pussy a de quoi intriguer. On n’est en revanche par surpris de voir débarquer des personnages fardés et plus ou moins travestis - il y a le guitariste en jupe aux cheveux longs et le claviériste aux allures de gigolo-dandy, ainsi que la chanteuse aux poses explicites. Inutile de préciser qu’il ne faut pas chercher la subtilité ou la finesse, pas plus que la recherche musicale, dans ce cirque soi-disant glam drôle et bien mené - d’où on s’esquivera avant la fin car le Chapiteau lui attend Islands. Le septet montréalais proche d’Arcade Fire débarque en costumes blancs pour livrer dans la bonne humeur et la spontanéité ce qui s’impose vite comme un des meilleurs concerts du festival. La chanteur Nick Diamonds, collier d’os autour du cou, passe du clavier à la guitare et empoigne une fausse main dès lors qu’il ne joue pas d’un instrument ; il fait aussi preuve d’une grande agilité dès lors qu’il s’agit de sauter dans tous les sens, de s’ébrouer les cheveux ou de se rouler par terre en continuant à chanter/jouer, alors que les violonistes se donnent la réplique gaiement. On aura en plus la preuve que la clarinette basse est un instrument rock’n’roll. Dans un joyeux capharnaüm savamment orchestré et avec un judicieux dosage de spontanéité et d’organisation, les sept musiciens touche à tout auront tôt fait d’emporter le public dans leur univers déglingué et leurs excellentes chansons tarabiscotées. On aurait presque envie, après un concert d’une telle qualité, de rentrer le sourire aux lèvres... en tout cas, les groupes suivants, quel que soit leur niveau, devront assumer cette “première partie” de toute première classe.

Il ne faudrait pas non plus trop s’inquiéter pour ces pauvres petits groupes de têtes d’affiche, le dimanche est probablement celui des trois jours qui avait la programmation la plus dense et la plus homogène.

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Art Brut

C’est à Art Brut que revient la dure tâche de réveiller la Grande Scène, que le hip-hop de Blackalicious semble avoir laissé de marbre, et dont les cinq premiers rangs sont investis depuis un certain temps déjà par des fans de Muse devant l’éternel. Le groupe se pointe sans avoir l’air de rien et Eddie Argos (sans chaussures) scande “We formed a band ! Look at us ! We formed a band !” pendant que le guitariste Jasper Future bat à plate couture Nick Diamonds dans la catégorie “je saute dans tous les sens en agitant ma belle chevelure et en malmenant ma guitare”. Entre chaque chanson, comme à son habitude, le chanteur qui joue de son anti-charisme clame avec arrogance et accent à couper au couteau que cette chanson a été écrite le matin même (avant chaque concert, Art Brut doit passer la matinée à écrire une chanson pour ne la jouer qu’un seule fois...), que “the first cut is only the deepest if you let it be the deepest” et que le temps a beau être mieux ici qu’à Londres, c’est moins bien qu’à Los Angeles où le quintet s’envolerait bien, même s’il paraît que British Airways leur a fait un sale coup en égarant toutes leurs affaires. Eddie Argos n’a apparemment pas l’intention d’abandonner son habitude d’annoncer chaque chanson l’index pointé vers le ciel en s’exclamant “This next song...” avant même que la précédente ne soit complètement terminée, ni celle d’achever tous ses concerts en hurlant Art Brut ! Top of the Pops ! Art Brut ! Top of The Pops ! Muse ! Top of The Pops !...et ainsi de suite en énumérant la totalité de la programmation, ou presque (on saura ce qu’ils ont fait en attendant de jouer). Voir quatre olibrius s’agiter devant leurs instruments pendant qu’une anti-rockstar ne chante pas, se tenant droit comme un piquet et en chaussettes sur le bord de la grande Scène d’un festival peut être désopilant comme cela peut être horripilant. Mais si l’envoie au public de bouteilles d’eau ou de baguette de batterie est quelque chose d’assez fréquent, un concert qui se termine par un jet de chaussettes rayées est suffisamment rare pour être mémorable.

C’est au moment même où cette petite heure de show anti-rock décapant s’achève que les choses sérieuses commencent et qu’il faut affronter le premier véritable dilemme du festival. L’Écosse est à l’honneur, mais un peu trop, et que privilégier entre les nappes instrumentales hypnotiques de Mogwaï et la pop délicieusement anachronique d’Aberfeldy ? D’un côté donc, quatre musiciens qui concoctent une pop toute en douceur, entraînante et acidulée, saupoudré de xylophone, de mandoline ou de violon. On se croirait presque dans un vieux pub chaleureux au fin fond des Highlands à les écouter, et les quitter pour aller voir leurs compatriotes sous le Chapiteau demandera beaucoup de volonté - d’autant plus que leur performance gagne en qualité et en fluidité avec chaque minute qui s’écoule. De l’autre côté donc, un quintet qui tisse un rock instrumental à contre-pied de toutes les notion de pop... Le passage de l’un à l’autre relève de l’acrobatie, mais se fait finalement sans heurt ; il n’est pas très difficile de se laisser immerger par les nappes soniques de Mogwaï, mélange de tension et de distorsions enveloppante dont on ressort un peu groggy - ce qui est peut-être le meilleur état possible pour bien profiter d’un concert d’Archive. Le soleil se couche

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Archive

au-dessus de la Grande Scène quand le groupe commence à jouer, et les jeux de lumières, qui ont une importance particulière chez eux, ne seront donc pas vains. Le groupe a maintenant deux chanteurs, un aux cheveux courts et à la voix assez aiguë, l’autre au cheveux longs ébouriffés et à la voix bien plus grave et hantée, qui se partagent le chant. Le second se révèle plus convaincant que le premier, un peu trop maniéré, mais on ne peut s’empêcher de regretter Craig Walter, parti depuis quelques temps déjà, car si la magie opère toujours, elle est plus discrète et fragile que d’autres fois. Mais quand le groupe termine sa performance d’un Again magistral et envoûtant, on approuve et on en redemanderait bien.
On continue dans la série musique planante avec le concert de Sigur Ros sous le Chapiteau, tellement bondé qu’il est quasiment impossible d’avoir une vue ne serait-ce que partielle sur la scène. On observe donc de côté, probablement pas à l’endroit où l’acoustique est la meilleure ; on y voit et entend tout juste assez pour savoir que les Islandais ont invité des cordes et des cuivres pour les accompagner, et qu’ils prêchent apparemment des convertis. Oasis de quiétude et d’harmonie avant l’ouragan Muse dont on peut profiter suffisamment de loin pour savoir qu’il n’est pas forcément nécessaire de s’approcher, à moins d’aimer les feulements et gesticulations hystériques de Matthew Bellamy . Et ce sera donc sur ces notes un tantinet crispées que s’achévera le festival, laissant la pelouse dans un triste état et les festivaliers éprouvés par ce tourbillon de styles, de sons et d’images.



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