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Fast Man/Raider Man

Fast Man/Raider Man

Frank Black

par Vyvy le 24 juillet 2006

3,5

paru en juin 2006 (Cooking Vinyl)

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Frank Black sait ménager ses fans. Les Pixies reprennent du service, les concerts se multiplient, mais il trouve tout de même le temps pour un nouvel opus solo, un an seulement après la sortie d’Honeycomb. Sous la forme du très sympathique et rempli (27 titres !) album de l’année 2006 Fast Man/Raider Man, Black se situe dans la lignée de son Dog In the Sand de 2001.

Black à un son à lui, qui a ses fans et ses ennemis. Ou plutôt il a deux sons, son son solo et le son Pixies. Que les fans des Pixies ne s’attendent pas au travers de ses disques à retrouver les rugissements du leader des Pixies. Pour retrouver ceux-là, allez les voir en concerts ou bien écouter leurs disques. Black seul sonne calme, posé, assuré, un autre monde musical.

Ce monde musical, Black l’a construit petit à petit depuis son premier essai solo, Frank Black en 1993. Désormais, comment le décrire ? La facture y est plus classique, voire plus country. Plus accessibles peut-être, les textes sont aussi plus personnels. Cette carrière solo a connu des hauts (Teenager of the year, Dog in the Sand) et des bas, preuve d’un artiste en constante mutation, en recherche perpétuelle. Mais voilà, Black s’est trouvé en 2001, et à fortiori en 2005 avec Honeycomb. Le virage consommé depuis l’an dernier, qu’en est il du « petit » (97 minutes) dernier ?

« When the heels hit the road... »

Carnet de voyage de l’artiste, les chansons du premier album nous amène d’une Dirty Old Town à Pittsburg, en passant par Cheyenne et Boston... Bande originale d’un road movie personnel, les ambiance sont plus chaudes et jazzy que sur les œuvres précédentes de Frank Black. Le saxophone prend une importance notable dans des titres tels que If your Poison Get You autant jazz que rock, le tout saupoudré d’agréables touches de piano.
Le domaine du couplet bien fait, qui occupe la tête, est un domaine ou Black Francis excelle.
Et cette dernière œuvre ne fait pas défaut à cette règle. Le premier titre, l’entêtant If Your Poison Get You ouvre la porte à des petites perles telles Wanderlust ou bien You Can’t Crucify Yourself. Cette dernière, nous révèle un Black à la voix parfaitement maîtrisée et encore, un saxophone venant à point nommé.

Du jazz passons désormais à la country... Entrons dans le cinquième titre, Dirty Old Town. Franck s’y prend pour l’homme en noir, et nous livre un morceau fort sympathique, plus relevé que les précédents. La guitare électrique fait son come-back, et le musicien se laisse aller à pousser une petite gueulante finale, réveillant définitivement l’auditoire.
The End Of The Summer nous livre un Black crooner, un orgue et toujours toujours un refrain sublime.
La voix de Black est au centre de l’œuvre. Et cette voix, il en fait des choses tellement différentes que certaines facettes peuvent faire moins mouche que d’autre. C’est le cas du début de Dog Sleep et surtout Raider Man qui, malgré des paroles intéressantes et une jolie guitare acoustique, ne réussit toujours pas a accrocher, après des écoutes répétées.
Mais les titres suivants réussissent aisément à nous raccommoder avec leur auteur. I’m Not Dead (I’m In Pittsburgh), avec les plus jolies paroles de l’album, est chanté d’une voix dont certaines sonorités rappellent un Leonard Cohen. Et le dernier, Golden Shore s’il commence mal finit de manière satisfaisante.

Après un premier disque en majorité réjouissant, c’est le sourire aux lèvres que l’on lance le deuxième album.
Ce deuxième album, s’il est encore sous le signe du voyage, est le lieu d’un voyage plus spirituel que physique, lieu où remontent d’antiques souvenirs et où s’exposent d’anciennes douleurs.

In The Time Of My Ruin
 
Some pain is good
Sometimes its good to be blind
Some pain feels good
That’s the pain that’s just the right kind

Mais voilà, le sourire se crispe. Les 3-4 premières chansons déçoivent, au niveau des paroles pour certaines (Kiss My Ring I Am The Greatest) tandis que d’autres énervent ou indiffèrent sans raisons apparantes. Plusieurs néanmoins sonnent justes par la suite. La sympathique The Real El Rey ou bien l’impressionnant My Terrible Ways, morceau étonnant, mais si réussi. Passé ce cap difficile des 4 premières chansons, notre sourire réapparaît timidement. Les paroles redeviennent plus caustiques :

Fitzegarld
 
And though you are so loved it had to come to this
You got shut off because you always stink of piss

Les chansons du deuxième disque paraissent moins polies, approfondies que celles du premier. Baclées ? C’est un mot trop fort, néanmoins, il est vrai que des 14 du disque, 4 sont sans intérêt, voire désagréables, deux sont géniales, les autres évoluent entre le sympathique et le « pas mal ». On ne peut s’empêcher de penser que Black aurait pu élaguer, et au lieu de faire un double de 27 titres (et près de 100 minutes de musique), en tirer les meilleures et faire un très bon album. Prolifique, ça on ne peut lui reprocher, mais peut-être pas assez enclin à faire le tri, entre ce qui mérite d’être enregistrer et ce qui ne le mérite pas. Mais là encore, c’est une faute assez commune aux artistes qui font une carrière solo, même si ils n’attendent pas souvent leur onzième album pour la commettre.

Encore une fois, Frank Black se ressaisit sur la fin. L’avant dernier titre, Don’t Cry That Way nous réconcilie avec lui, tout comme le dernier Fare Thee Well. Il est alors temps de dire au revoir au chanteur (pour mieux se replonger dans ses succès passés) : « Fare Thee Well », Black et que la prochaine moisson soit plus réussie.



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Tracklisting

Disque 1 :
 
1. If, Your Poison Gets You (2’56")
2. Johnny Barleycorn (4’50")
3. Fast Man (4’12")
4. You Can’t Crucify Yourself (3’23")
5. Dirty Old Town (3’03")
6. Wanderlust (3’27")
7. Seven Days (4’11")
8. Raider Man (3’04")
9. The End Of The Summer (3’53")
10. Dog Sleep (3’48")
11. When The Paint Grows Darker Still (3’34")
12. I’m Not Dead (I’m In Pittsburgh) (3’41")
13. Golden Shore (3’17")
 
Durée totale : 47’31"
 
Disque 2 :
 
1. In The Time Of My Ruin (4’21")
2. Down To You (2’18")
3. Highway To Lowdown (2’35")
4. Kiss My Ring (2’29")
5. My Terrible Ways (3’36")
6. Fitzgerald (3’12")
7. Elijah (3’16")
8. It’s Just Not Your Moment (5’32")
9. The Real ’El Rey (3’21")
10. Where The Wind Is Going (3’33")
11. Holland Town (2’32")
12. Sad Old World (4’57")
13. Dont’t Cry That Way (2’26")
14. Fare Thee Well (3’18")
 
Durée totale : 47’43"