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Gemstones

Gemstones

Adam Green

par Vyvy le 17 octobre 2006

5

paru le 22 février 2005 (Rough Trade / PIAS)

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Avec son troisième album solo, Adam Green marque un tournant certain dans sa déjà longue carrière. Premier album enregistré dans un réel studio, avec un « réel » producteur, le chanteur est de moins en moins rattachable au « lo-fi » caractéristique de l’anti-folk. Est-ce encore d’ailleurs de l’anti-folk ? La définition de ce dernier étant au mieux très vague, les frontières de ce genre sont bien floues. Qu’il soit d’un côté ou d’un autre de cette fine frontière, le sieur Green dévoile avec cet album un fait inévitable : il vieillit. Il mûrit. La couverture le présente et on ne peut s’y tromper, le gamin de Garfield ou de Friends Of Mine a laissé sa place à une figure plus adulte, et ce passage à l’âge adulte se retrouve dans ces compositions.

Ce qui frappe tout d’abord les amateurs de ces précédents exploits, c’est bien sur sa voix. Radicalement changée, la jeunesse insolente est remplacée par une profondeur et une chaleur qui font qu’il se voit affubler du titre de crooner et est comparé, ce qui est autrement plus mélioratif mais pas vraiment plus justifié, à Leonard Cohen.

Ce qui enchante ensuite, ce sont les textes. L’âge et l’expérience ont peut être changé sa voix, ils ont aussi enrichit ses paroles. Fini le temps où quelques phrases suffisaient (Baby’s Gonna Be Allright sur son premier ou Dance With Me sur le précédent), les textes maintenant sont bien plus complexes et travaillés. Ce qui ne veut en aucun cas dire qu’ils sont plus sensés, au contraire.

Chaque pièce qu’il nous délivre ici est un petit chef-d’œuvre. Gemstones, qui ouvre l’album de manière tonitruante, illustre bien la patte du New-Yorkais : au sein d’une même et courte chanson, on change radicalement d’atmosphère, de rythme voire de sujet, si toutefois il existait un sujet bien défini.

Blank faced footprints of the zebras in the glen,
Lets break into the labrynth of lies,
Let’s dive off the end of his eyes,
Hollywood hills, peppermint bills,
I can still taste the grime that you stuffed in my gills

He’s The Brat, le troisième titre, reprend ainsi les mêmes ficelles, sautant du coq à l’âne. Du cock et de l’âne, il est ensuite question dans le taquin Choke On A Cock où le chanteur clame rêver serrer la main de George Bush, ticket indispensable selon lui vers une plus grande diffusion et la célébrité.

Les prénoms féminins portent chance au chanteur, après le succès de son gentillement méchant Jessica, il s’assure ainsi de truffer son album et ses chansons de ces prénoms : ici, nous retrouvons Carolina, hilarante et méchante peinture d’une ogresse texane, et Emily qu’Adam, législation ou pas, veut emmener danser à New York.

Cet album montre une fois encore les talents multiples du New-Yorkais : le mélo un tantinet pompeux de Before My Bedtime côtoie ainsi la pièce sautillante qu’est Crackhouse Blues. Il défile ainsi, enchaînant des pièces à premières vues liées par leur seul nonsense. Ce n’importe quoi ne résulte pas ici d’un trip plus ou moins éthylé sans lendemain mais d’un travail long, ardu, aux finitions soignées, notamment au moyen d’une instrumentation originale et variée.

Ainsi, il arrive à donner un vrai esprit de corps à l’ensemble formant de fait une suite, sinon logique, toutefois non artificielle. Des thèmes, des mots sont récurrents. Après Choke On A Cock, on retrouve cette fascination pour l’anatomie dans Chubby Princess où il est question de « Bite [his] Cock ». De même, le titre Losing On A Tuesday fait visiblement référence à une expérience traumatique du chanteur, l’expression « lost on a tuesday » réapparaissant dans un autre titre, tout comme le « Crackhouse Blues » qui refait son apparition à la fin d’Emily.

Avec cet album, disque d’or en Allemagne, Adam Green s’éloigne peut être de l’anti-folk de ses débuts au sein des délirants Moldy Peaches. Mais si sa nouvelle maîtrise technique, de sa voix, de l’enregistrement dépareille avec la « tradition » de l’anti folk, ses textes eux y restent bien ancrés.



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Tracklisting :
 
1. Gemstones (2:24)
2. Down On The Street (2:07)
3. He’s The Brat (2:03)
4. Over The Sunrise (1:44)
5. Crackhouse Blues (2:07)
6. Before My Bedtime (2:40)
7. Carolina (2:51)
8. Emily (2:45)
9. Who’s Your Boyfriend (1:42)
10. Country Road (2:27)
11. Choke On A Cock (1:38)
12. Bible Club (1:52)
13. Chubby Princess (1:43)
14. Losing On A Tuesday (1:46)
15. Teddy Boys (1:50)
 
Durée totale : 32:15