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Oh No

Oh No

OK Go

par Parano le 16 janvier 2007

3

paru en septembre 2006 (Capitol)

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Quatre gugusses fringués comme des Deschiens hollywoodiens, rouflaquettes, costards cintrés, cravates roses et lunettes de chouette. Quatre mecs, sérieux comme des témoins de Jéhova sous acide, lancés dans une chorégraphie hilarante sur tapis de course. Le groupe s’appelle OK Go, et leur clip bricolé est diffusé sur le web depuis quelques mois. C’est un carton. Avec Here It Goes Again, le gang de Chicago et Washington DC explose les charts de Youtube en 2006 et leur vidéo est vite devenu la plus regardée sur internet (sept millions de connexions, plus que le porno ?).

Même si ils n’y ont pas cru, les directeurs marketing de Capitol doivent se frotter les mains (et les yeux). Après un premier album power pop très efficace, sorti en 2002, et porté par le single Get Over It, OK Go remet le couvert, et les pieds dans le plat, avec Oh No. 13 titres de rock jouissif, un brin nostalgique, plantés entre les Cars et Cheap Trick. Évidemment, la question que l’on se pose est : tout cela est-il raisonnable ? Un conte de fée sur Internet, un groupe ultra visuel, malin au point de réhabiliter les tapisseries de grand-mère, les regards ahuris et les hymnes 80’s. On flaire l’arnaque. Le buzz orchestré par les grands méchants des majors, au profit d’un groupe de naïfs vaguement doués, chargé de touiller la mayonnaise avec leurs guitares et de faire sonner le tiroir caisse. Alors, OK Go serait-il le premier Spam Band, porté aux sommets par une vague de clics, plutôt que par la foule des fans de rock alternatif ?

Le rock, c’était mieux avant. Pour le savoir, rien de plus simple. Prenez une tasse de café chez votre cousin, celui qui, dans sa jeunesse, écoutait du rock en fumant des cônes, et qui, aujourd’hui, nettoie les chromes de son 4X4 en sifflotant du B-52’s. Glissez Oh No dans le lecteur CD, et observez le quadra taper du pied en lâchant : « Hé, c’est pas mal ça, ça me rappelle un tas de groupes que j’écoutais quand j’étais con. » Et voilà, vous venez de percer le secret qui fait de OK Go un groupe populaire. Leur album est un vaste karaoké, qui puisse intelligemment dans les archives du rock, et remet au goût du jour les antiquités délaissées par les groupes en the. Un peu à la manière de Weezer, avec son Blue Album, Damian Kulash, leader du groupe, a bricolé des chansons qui sont autant d’hommages au bon vieux rock, devenu désuet. Et ça marche. La pop gentille de Prince (Oh Lately It Is So Quiet), le punk balbutiant des Buzzcocks (Here It Goes Again), le disco de Rod Stewart (A Million Ways), la cold wave de The Cure (Maybe This Time), le ska des Specials (Television, Television), et, plus récemment, le rock indé des Pixies (Let It Rain), La pop rugissante de Supergrass (The House Wins), ou encore l’excentricité de Soul Coughing (It’s A Disaster), se mêlent, s’entrechoquent, sans que nos oreilles ne s’en offusquent.

Il faut du talent pour réussir une telle soupe, tout en conservant sa propre identité. Car, en dépit des références et des emprunts à peine voilés, Oh No sonne avant tout comme du ... OK Go. L’album, produit par Tore Johansson (Franz Ferdinand, The Cardigans) est résolument moderne, cohérent, énergique. Quant à savoir si il marquera son époque, c’est une autre histoire. L’écoute est agréable, mais on se lasse un peu vite de la sarabande des quatre pieds nickelés. On a rapidement envie de passer à autre chose, de se plonger dans ces albums qui font l’histoire du rock, plutôt que de se rassurer avec ceux qui la réécrivent. Un bon disque, pas le meilleur de cette année-là, plutôt fédérateur, à écouter en passant l’aspirateur ou dans les embouteillages.



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Tracklisting :
 
1- Invincible (3’30’’)
2- Do What You Want (3’05’’)
3- Here It Goes Again (2’59’’)
4- A Good Idea At The Time (3’14’’)
5- Oh Lately It Is So Quiet (3’00’’)
6- It’s A Disaster (3’21’’)
7- A Million Ways (3’13’’)
8- No Sign Of Life (3’48’’)
9- Let It Rain (2’56’’)
10- Crash The Party (2’24’’)
11- Television, Television (2’39’’)
12- Maybe, This Time (3’15’’)
13- The House Wins (4’15’’)
 
Durée totale : 42’13’’