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Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

Kula Shaker : aller-retour Londres - Bénarès

par Our Kid le 14 mars 2006

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 La consécration

Le début de l’année 1997 est, traditionnellement en Angleterre, le moment des récompenses et c’est ainsi que le nom de Kula Shaker se trouve sur toutes les lèvres, tous les classements. À la cérémonie des Brit Awards, le groupe, nominé à quatre reprises, remporte finalement la récompense de meilleur espoir de l’année 1996, faisant presque oublier Oasis pendant un instant, même si Noel Gallagher, son leader, sait se révéler beau joueur quand il affirme que K fait partie de son top 10 favori.

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Consécration aux Brit Awards 1997

Pour coïncider avec ce nouveau statut, le groupe sort un nouveau single, qui ne figure pas sur l’album, Hush, une reprise frénétique d’un classique de la musique soul, composé par Joe South mais popularisé par Deep Purple en 1968. Justement, à cette même époque, Mills révèle que son guitariste préféré est Ritchie Blackmore... Le single, qui grimpe jusqu’à la seconde place des charts, a le bon goût de remettre le rock sur les ondes... et à l’écran puisque le morceau figurera quelques mois plus tard sur la B.O.F de Souviens-toi l’été dernier, une production dans la lignée des Scream, en moins drôle mais qui fit un nombre important d’entrées. La majeure partie de l’année est désormais consacrée aux tournées qui se succèdent à un rythme effréné, le groupe passant sa vie dans les aéroports, ne lui laissant que peu de temps pour composer de nouveaux morceaux, même s’il s’arrête à Marseille le 13 mai. D’ailleurs, ultime récompense, Kula Shaker est invité par Noel Gallagher à faire la première partie d’Oasis lors du méga-festival qui se tient à Knebworth durant l’été, devant 125.000 personnes. Tous les festivals réclament le groupe, Glastonbury, Reading, Roskilde...même si, pour le moment, les Londoniens se préparent à s’envoler pour les États-Unis pour leur première tournée hors du Vieux Continent.

Il faut dire que le groupe commence à disposer d’un noyau solide de fans, ce qui ravit évidemment les quatre, tout comme Columbia, qui en profite pour sortir un disque spécial pour le marché américain, le EP Summer Sun. À cette occasion, Mills va déraper et ternir la réputation du groupe par des remarques pas très bien senties, faites à un journaliste du NME, concernant la croix gammée nazi, la svastika, un symbole d’origine sanskrit repris par la dictature hitlérienne au siècle dernier. Bien que symbole religieux à l’origine, la svastika n’évoque plus rien de positif de nos jours, ce que n’avait pas complètement tout saisi Mills lorsqu’il évoqua son « amour de la svastika ». La presse musicale s’empara évidemment de cette affaire, provoquant une réaction hostile. Quelques jours plus tard, le 20 avril, The Independant, un quotidien anglais, publie le fax que lui a fait parvenir Mills. Il s’y excuse des propos ambigus et maladroits qu’il avait tenus dans l’hebdomadaire NME concernant la croix gammée, la svastika. Il a juré qu’il était « totalement opposé aux nazis » et qu’il n’avait « jamais été antisémite ». Cependant, cela ne suffit pas à éteindre le feu et, dans la presse britannique, on pouvait lire quelques temps plus tard, sous les photos de Mills avec sa femme lors des 90 ans de son grand-père, des légendes comme « Jorg Haider (Nda : homme d’État autrichien pratiquant une politique nationaliste avec des relents de racisme) avec sa femme ». À la suite de ces évènements, Mills se fit plus discret et se retira - à la suite de deux concerts triomphaux au festival de Glastonbury, dont un pour remplacer au pied levé Neil Young sur la scène principale - quelques mois en Inde, à la recherche d’une quête spirituelle. « C’était allé trop loin à propos de choses autres que la musique », expliqua le guitariste, « c’était comme perdre contact avec le fait qu’on est un groupe et qu’on doit faire un autre disque. On devait vraiment réfléchir à notre musique donc on a tout arrêté et on s’est coupé du monde ».

Ainsi donc, la fin de l’année 1997 et une bonne partie de 1998 allaient être dédiées à la conception et à l’enregistrement du prochain album. À ce moment, il est décidé de confié sa production à Bob Ezrin, qui s’était fait apprécié dans son travail notamment en collaborant avec Pink Floyd sur The Wall, puis sur les albums qui suivirent, ainsi qu’avec Alice Cooper ou Peter Gabriel. Le fait qu’Ezrin accepta de travailler avec Kula Shaker était certes un gage de reconnaissance, mais également un excellent moyen d’enregistrer un album différent de K, d’autant plus que le groupe dispose désormais d’un temps illimité pour travailler et de moyens plus importants. Tout commence en décembre quand le groupe entre en studio à Los Angeles avec les producteurs Rick Rubin et George Drakoulias pour travailler quelques titres, dont Sound Of Drums. Néanmoins, il s’avéra qu’aucun des membres n’était prêt à enregistrer un album entier à des milliers de kilomètres de chez eux. Après ce regain d’activité et avec le début de l’année 1998, les quatre reprirent le chemin des tournées avec la tournée britannique Revolution For Fun, la meilleure tournée que fit le groupe, selon ses propres dires, tout en continuant des sessions avec Ezrin. Mills trouva même le temps de collaborer avec The Prodigy, sur Narayan, qui figure sur l’album The Fat Of The Land où il livre une bonne prestation vocale. Sur scène, la formation s’adjoint les services d’un joueur de tablas et utilise parfois des samples, du fait de l’impossibilité de concrétiser toutes les sonorités désirées par seulement quatre personnes. Ils reprennent même Baby, You’re A Rich Man des Beatles en hommage au public. En mars, Jay Darlington se marie avec sa fiancée de longue date avant de retrouver ses compères sur la péniche de David Gilmour, guitariste de Pink Floyd, qui est basée sur la Tamise et également un studio d’enregistrement, en compagnie d’Ezrin, évidemment. La troupe a déjà mis en boîte un morceau d’inspiration indienne, sorte de chant intitulé Radhe Radhe, qui figure sur la version restaurée du film de Joe Massot, Wonderwall, et dont George Harrison avait composé la B.O en son temps. Ce morceau servit de déclancheur pour la suite des opérations, comme le confirme Mills : « Je pense que l’album a vraiment commencé quand on a fait ce morceau. Kula Shaker était devenu quelque chose qu’on associait avec non seulement le savoir-faire et les grosses tournées mais aussi avec le business et les voyages qui nous usent, comme la pression. Mais on a fait le film et ça n’avait rien à voir, on s’est vraiment amusé. C’est ça le truc important, on a commencé à prendre du plaisir ».



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