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L'année 1967

L’année 1967

par Arnold, Fran, Giom, Psychedd, Our Kid, Milner, Dumbangel le 19 avril 2005

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 Les albums de 1967

The Beach Boys, Smile

Et dire que l’un des albums majeur de 1967 n’a jamais vu le jour. Tout du moins à l’époque. Son nom : Smile. Le groupe : The Beach Boys. Son auteur : Brian Wilson. OK, je vous vois sourire. Oubliez les tubes surf que Capitol Records nous fourgue depuis bientôt trente ans dans chacune de leur compilation annuelle du groupe. Le meilleur des Beach Boys est là. Smile devait être l’aboutissement d’une carrière nouvelle qui se profilait pour les Beach Boys. Pet Sounds avait ouvert la voie. Succès critique unanime, mais échec commercial (relatif bien évidemment) pour un groupe qui avait aligné succès pendant des années. Peu importe. Wilson accumule les heures de studio à écrire et à élaborer les morceaux parfois avec Van Dyke Parks, son compagnon de co-écriture. Ce qui en résulte se révèle être véritables petites vignettes musicales baignées de naïveté, dont Good Vibrations en est le plus bel ambassadeur. Débordant d’idée sous l’impulsion de substances illicites, Brian case cinq six mélodies ou idées dans un même morceau. Le projet prend forme. Une face (Americana) sur l’Amérique, fantasmagorique à souhait, celle des pionniers qui en furent les bâtisseurs. L’autre (The Element) ayant pour sujet les quatre éléments (le feu, l’eau, la terre et l’air). Brian Wilson est prêt à livrer au monde un album hors norme et hors temps, conceptuel avant l’heure, entre avant-garde et classicisme dément. Les pochettes sont même fabriquées. Le monde est enfin prêt à recevoir Smile. Mais l’aventure s’arrête là. Net. Alors que le projet a pris énormément de retard, même s’il est pratiquement achevé, usé par les drogues qu’ils consomment avec excès et par les querelles internes avec les autres Beach Boys qui ne se reconnaissent point dans cet album bizarroïde à souhait, c’est un Brian Wilson sur le fil du rasoir qui remise le projet au placard. La raison ? Elle a pour nom Sgt. Pepper’s. Les Beatles ont gagné la course. Wilson baisse les bras. Il a perdu la bataille. Dès lors, Brian perd tout intérêt pour l’album et pour tout à vrai dire. On ne croisera dès lors plus que le fantôme, l’ombre d’un génie qui un jour rêva de révolutionner la pop music. La course à l’innovation que se disputaient les Beatles et Brian à l’époque était à ce prix.

The Beatles, Sgt.Pepper’s Lonely Hearts Club Band

Perçu par beaucoup comme le sommet de l’œuvre du groupe, Sgt.Pepper’s Lonely Hearts Club Band reste un album qui explique à lui seul l’évolution et l’apparition d’un certain nombre de courants en Angleterre et en Amérique. Il faut envisager l’album d’un double point de vue : celui de son contenu et celui du rayonnement de son contenu. De cet album, on a surtout vanté la complexité, l’élaboration (registre instrumental étendu, plus de six mois d’enregistrement alors que le premier album s’était fait en 1 jour !). La chose aujourd’hui semble banale mais l’idée était neuve, et sa réalisation, pleinement réussie, extirpait le rock du ghetto en lequel les tenants de l’académisme musical l’avaient enfermé depuis toujours. Les paroles des morceaux tuaient le préjugé selon lequel les musiciens de rock étaient incapables d’exprimer autre chose qu’une vision débile de l’amour et quelques rêves stéréotypés (cf. Fixing A Hole). Et les auditeurs, envoûtés, découvraient les poèmes de Lennon, ces petites pièces accessibles à tous, que traversaient des personnages aussi vivants que leur créateur (Mr Kite, la fille de She’s Leaving Home) ; tout une vision du monde. 40 ans après sa parution, on comprend que Sgt.Pepper’s Lonely Hearts Club Band est bien davantage qu’un disque : c’est un livre, un film, c’est le fameux multimédia que tant de groupes auraient voulu créer.

The Beatles, Magical Mystery Tour

La bande sonore du téléfilm du même nom, diffusé pour la première fois le 26 décembre 1967, comporte des titres publiés en simple au fil de cette année décidemment faste, plus six chansons aussi étrangères à l’atmosphère de Sgt. Pepper qu’à celle du double blanc paru l’année suivante. Musicalement, Magical Mystery Tour laisse, aujourd’hui plus qu’hier, la sensation d’avoir constitué un voyage que rien ne laissait présager, et qui restera sans suite. Côtoyant I Am The Walrus, sommet de l’ensemble, admirablement chanté par Lennon et porté par d’admirables paroles, Your Mother Should Know, ballade commerciale un peu désuète, Flying, morceau instrumental composé par les Quatre réunis, le facétieux Baby You’re A Rich Man, face B de All You Need Is Love, né du collage d’une chanson de McCartney et d’une de Lennon, le Blue Jay Way de Harrison, orné d’effets « à la mode » (phasing, voix nasillarde, paroles lysergiques...) et le très attachant The Fool On The Hill, rappellent, par l’étrangeté de leur écriture et de leur traitement instrumental (prédominance du sitar et de la flûte), que les Fab Four ont été un temps fasciné par un certain Maharishi que trois d’entre eux dénoncèrent après coup comme un imposteur. Cet épisode sera une sorte de parenthèse dans l’histoire du groupe, qui sera sérieusement traumatisé par l’échec du téléfilm, au bout du compte peut-être plus « fouillis » que réellement « nonsensique ».



[1À lire absolument : Alain Dister, Oh, hippie days !, Ed. Fayard

[2Sources : Alain Dister, Cultures Rock, Ed. Les Essentiels Milan

Jean-Marc Bel, En route vers Woodstock, Ed. JCLattès/Une Musique

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