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L'année 1967

L’année 1967

par Arnold, Fran, Giom, Psychedd, Our Kid, Milner, Dumbangel le 19 avril 2005

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 Chronique d’une hécatombe

L’été dure le temps de l’été, après, le temps se prête moins à la fête.

Automne 1967 : le Haight Ashbury est devenu un lieu de passage obligé pour les touristes en manque de sensations. Et ils arrivent, en famille ou même parfois en bus, leurs appareils photos autour du cou, les flashs qui crépitent.

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La mort des hippies

Le vendredi 6 octobre,une grande cérémonie a lieu sur les hauteurs de San Francisco. Ils sont tous là, les enfants de l’amour, ils vont tuer le mouvement hippie. Enfin, symboliquement tout du moins. Parce que justement, on leur a donné le nom de hippies, car c’est bien connu, il suffit de donner un nom aux choses dont on a peur pour que ce soit tout de suite moins effrayant. Cette dénomination, ils ne l’ont pas choisie les Beautiful People, ils refusent les étiquettes d’après ce qu’ils disent (ils aiment quand même se faire appeler les Freaks, les Dingues...). Mais ils en deviennent prisonniers, ça devient une image d’Épinal. La mode est aux colliers de perles et aux atours les plus colorés et ce, partout, dans les quartiers les plus chics de Los Angeles, de Hollywood, de New York. Une image formatée. Désormais, les jeunes américains s’habillent en « hippie chic ». Et ce qui était de la récup’ de fripes à l’origine devient un mouvement de mode qui coûte une fortune dans les magasins les plus classes.

Alain Dister [1], correspondant français pour Rock & Folk raconte la scène dans ses carnets de voyage aux États-Unis entre 1966 et 1969 :

« [...]Un mannequin dans un cercueil est paré à la manière des jeunes branchés que l’on aperçoit parfois du côté de Union Square. Tout ce qui de près ou de loin évoque l’imagerie hip véhiculée par les médias - colliers de perles, posters et jusqu’à ces fameuses fleurs qu’on est censé porter dans les cheveux dès lors qu’on aborde aux rivages de San Francisco -, tout ce bric-à-brac vendu au long de Haight Street par les jeunes entrepreneurs du « hip capitalism » va être brûlé en grande cérémonie, sous l’œil impavide des cops bienveillants et qui en ont vu d’autres. »

Cérémonie pour le moins prémonitoire, car comme on dit vulgairement, ça sent le sapin dans le Haight Ashbury...

Le flux continue, impossible d’endiguer l’invasion.
Remercions Scott McKenzie, relayé en France par Johnny himself « Si tu vaaaas à San Franciscoooo, n’oublie pas les fleurs dans tes cheveux... ».

Mais ils arrivent un peu après la bataille et ils ne traînent certainement pas dans les crashpads, les squats bourrés de runaways, de junkies, de clodos...
Et puis surtout... L’héroïne et le speed commencent à remplacer l’acide. Ça disjoncte grave dans les têtes, le viol collectif devient un véritable sport de compétition. Il suffit de droguer à mort une jeunette qui débarque toute fraîche et innocente et profiter que son esprit parte en station orbitale. Les pauvres gars qui déraillent sont envoyés presto dans la vallée de Napa, no man’s land psychiatrique où l’on tente de les faire revenir sur terre. On signale des meurtres et des agressions à coups de couteau pour des histoires de dope ou de filles.

Pendant ce temps, les communautés sentent le pipi de chat. Ambiance... Quand on a de la chance, on ne mange pas un repas bourré d’acide par un cuisinier facétieux. Et cette révolution tant attendue qui ne vient pas. Les plus engagés commencent à désespérer. Au final, toute activité devient inutile. On contemple son plafond en repassant le même disque inlassablement, parce que tout effort est insurmontable.

L’autre chose à faire, c’est la manche, pour avoir de quoi se doper et peut-être de quoi manger, pieds nus, enroulé dans les couvertures des Diggers, visiblement effarés par la tournure que prennent les événements.
Les premières (grosses) têtes commencent à tomber. Certains héros sombrent dans la folie et la schizophrénie, d’autres meurent. Tristes, mais néanmoins célèbres exemples, que sont Syd Barrett, Brian Jones, Brian Wilson... Mais ils ne sont que les premiers. D’ici trois ans, la rubrique nécrologique ne désemplira pas...Finalement, ils ne sont pas si loin d’un James Dean. Retour aux sources...Vivre vite, mourir jeune et beau... Épitaphe d’une justesse et d’une cruauté intolérables...



[1À lire absolument : Alain Dister, Oh, hippie days !, Ed. Fayard

[2Sources : Alain Dister, Cultures Rock, Ed. Les Essentiels Milan

Jean-Marc Bel, En route vers Woodstock, Ed. JCLattès/Une Musique

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