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Mutants à manches, portraits de guitaristes

Mutants à manches, portraits de guitaristes

par Lazley le 13 octobre 2009

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  • Josh HommeJosh Homme : « déclaptoniser le blues » ?

Voilà. Parce qu’il faut bien un patron, ou quelque chose qui s’en rapproche le plus. Que dire sur le mastard de Palm Desert, qui n’ait pas déjà été raconté, ici ou ailleurs ? Que son Ovation GP est un des derniers objets-cultes du rock, (va racoler ailleurs, l’Airline injouable !) et que ses Maton demi-caisses (si c’est aussie, j’y vais aussi !) prennent le même chemin ? Que le secret du passage de Kyuss aux Queens tient peut-être dans l’apparition du pré-ampli Fender (le sexy pointe son minois pour civiliser le ver des sables stoner) au-dessus de la baffle Ampeg (réservées originellement aux basses) ?

Bon, allez… Il faut bien parler de No One Knows. De cette distorsion compressée et maîtrisée (accordez-vous en Do, un jour, vous m’en direz des nouvelles !) à l’harmonique près, du percussif absolu du doigté, et de ce satané solo qui chante. Et hop ! Le rouquemoute grimpe au sommet, et tape la causette sans problèmes avec Iommi/Page/Slash ou qui vous voulez. A 20 piges, Homme faisait hurler de peur les ingés sons de Metallica qui avaient eu l’imprudence de confier à Kyuss la sono d’un stade Australien. 8,2 sur l’échelle de Richter. A 21, il sortait Space Cadet de sa manche (trouée) et congédiait Hawkwind. A trente, il distribuait dans tous les troquets de la planète le vrai « bréviaire pour une jeunesse guitaristique » à coups de gnons soniques. Deux ans plus tard, Lullabies To Paralyze : psychédélisme perraultien. Etc, etc, etc… Un patron. Un type qui a les épaules, le cerveau, l’estomac et les cojones pour tenir encore dix piges sans faiblir. M’étonnerait que les Vultures me donnent tort…

A écouter d’urgence : Gardenia, Space Cadet, Better Living Through Chemistry, No One Knows, Tangled Up In Plaid

  • Dave NavarroDave Navarro : Narcisse au rack miroir

Causons white trash, tiens… Un gamin de sept ans entend du Hendrix lors d’une virée au skate-park de Santa Monica, et se jette sur une guitare en suivant ; voit sa mère poignardée sous ses yeux par son beau-père à quinze ans, et à dix-neuf rejoint le groupe d’un screamer moaï. La suite ? Ce qui se passe quand l’aristocratie païenne d’un Jimmy Page croise le monstre glam-métal américain et un zeste de new-wave : le raffinement dans la testostérone, la sueur dans la pose, et des pépites de licks. Dave Navarro, tétons piercés, real-tv en bandoulière, a laissé derrière lui deux leçons d’overdubbing, deux albums siamois. Ritual De Lo Habitual (1990) sent la myrrhe et la semence reptilienne, avec une pointe de chantilly, et tatane sec niveau dextérité. Mention spéciale pour Three Days, qui écrase soigneusement de l’orteil (vernis) The Edge et ses velléités cathédralesques.

Et puis, il y a One Hot Minute. Punaise… On devrait presque brûler un cierge pour Dave et son tutu remisé au placard pour cet exploit herculéen : avoir rendu les Raide Hottes incroyablement écoutables et vraiment hendrixiens. Fuzzs chuchotées, cot-cots torpilleuses, groove jouant au ping-pong avec le slap de Flea : One Hot Minute (1995) lave les péchés du quatuor par le prodige du Narcisse du binaire (« Dieu, que mon son est beau »). Le reste suit le mythe : apologie du même, reformations en série, mariage puis divorce avec Carmen Electra (partie, à ce qu’on dit, gougnotter Joan Jett. Aïe pour l’ego de l’aspirant pharaon !)… Routine des starlettes contentées. Mais merde, l’octaver de Shallow Be Thy Game…

A écouter d’urgence : Been Caught Stealing, Three Days, Aeroplane, Coffee Shop, Walkabout

  • Ronald JonesRonald Jones : comment décoincer le shoegazing

MBV, si vous voulez. Les Super Reid Bros., pourquoi pas. Et oui, je sais, je sais, JE SAIS, Thurston Moore/Lee Ranaldo ! Mais, que les gardiens du noise me pardonnent, je donne tous ces noms-là pour le sourire trognon de Ronald Jones, feignant l’innocence comme s’il n’était pas en train de faire du shoegaze une arme pop ultime. Il a fallu Zaireeka et des années de déprime aux Flaming Lips pour faire le deuil du départ de cet afro-philippinoricain champion du monde du bottleneck/larsens sur Jaguar pourrave.

Pas pour amuser la galerie avec un sérieux méché ou du déconstructivisme bâclé, non… Pour des chansons belles à pleurer, pour Turn It On, pour She Don’t Use Jelly et tout Clouds Taste Metallic. Evaporé depuis l’aventure Lips, personne n’a de nouvelles de Ronald. Et, quinze ans après, le legs reste effarant, et, on a beau chercher, unique.

A écouter d’urgence : Turn It On, She Don’t Use Jelly, This Here Giraffe, Lightning Strikes The Postman, Psychiatric Explorations Of The Fetus With Needles

  • Adam JonesAdam Jones : traité de tellurisme

« Le David Gilmour du métal », aimais-je claironner il y a peu à propos du guitariste aux orbites profondes de Tool. L’autre Jones de ce petit comité partage certes quelques tics avec le chérubin aux cheveux dans la bouche du Live At Pompeii : fascination entre autres pour « le solo avec la bonne note au bon moment que si tu la foires tu rétames ta montée en puissance » et les transes rythmiques. Mais l’homme qui a rendu beau un truc aussi casse-gueule qu’un accordage BEDGBE (Si-Mi-Ré sur les trois cordes les plus graves, le reste accordé standard.. Très, très grave !) avec Parabol/Parabola mérite mieux que ce genre de comparaison. Après tout, faire entrer le cerveau en fanfare dans le métal, ça vous pose un guitariste, n’est-ce pas ?

Un excerpt me vient à l’esprit, qui condenserait presque tout ce qui fait Jones. Sur la partie finale d’Aenima (le morceau), il y a cette répétition d’un seul accord, frotté en crescendo, qui débute en fil dentaire et se déforme pour virer tsunami. Tout ça, avec une petite pédale de volume et un rack minuscule… Nucléaire. (P.S : Jones a aussi sorti la Les Paul d’une impasse classic rock mortifère avec sa Silverburst que tous les métalleux lui envient)

A écouter d’urgence : Prison Sex, Aenima, Parabol/Parabola, Vicarious, Jambi

  • PrincePrince : pleins et déliés du groove

Sire, si vos crises identitaires à la noix n’avaient point (en)taché les délices moirés de vos notes, nul doute que vous seriez encore aujourd’hui le maître incontesté des musiques noires et de ce si bel instrument que vous portiez à des pinacles connus de vous seul. Vous avez rendu obsolètes le Voodoo Child, Eddie Hazel, Niles Rodgers, sublimé Stevie Wonder, bluffé Miles Davis, robotisé James Brown puis fait pleurer l’automate, et maintenant ? Tourner à vide en produisant des protégées insipides, placarder des pochettes à base de méduses à facette sur tous les murs de la ville ?

Reprenez-vous, Votre Majesté ! Vous ne pouvez pas laisser à ce faquin de Lenny Kravitz ou à quiconque la magistrature suprême ! Qui peut se targuer, sinon Votre Grandeur, d’avoir fait de Whole Lotta Love une odyssée funk-hard-jazz dont la simple évocation fait frémir le laquais que je suis ? Enfin, sire… Ce n’est vraiment pas digne de vous !

A écouter d’urgence : When Doves Cry, Sign O’ The Times, Kiss, Gold, The Rainbow Children



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