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Mutants à manches, portraits de guitaristes

Mutants à manches, portraits de guitaristes

par Lazley le 13 octobre 2009

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  • Walter BeckerWalter Becker : anonymat et vicelardises

Il fallait que la perversion soit reconnaissable à l’oreille. Steely Dan avait épuisé Jeff « Skunk » Baxter, parti blueser chez les Doobie Brothers, et multipliait les session men plaquant des solos incroyables (Elliot Randall, Denny Dias, Larry Carlton…). Et puis, vers 1975, Walter Becker devint plus (si c’était possible) que la moitié de SD et son bassiste live. Le gus à l’allure beatnik devint la marque faite guitare du groupe, la Musicmaster à un micro en goguette. Subtilité du plan, notes semées avec la parcimonie des grands… Un poète. Et, comme le disait ce bon vieux Frédéric Dard dit San Antonio (qui en connaît un rayon niveau poètes), « comme tous les poètes, t’es plus vicieux qu’un ouistiti ! »

La patte ronde de Becker, ce clean teinté d’écho, les Black Cow, les Home At Last ou les Cousin Dupree les portent fièrement. Que rêver de mieux que ce tintinnabulage pour appuyer les paroles dégueulasses de Donald Fagen, ses sous-entendus de vieux (même pas) beau enivré à une secrétaire de rédaction quelconque mais suffisamment appétissante pour tenir la nuit ?

A écouter d’urgence : Black Cow, I Got The News, Josie, Babylon Sisters, Cousin Dupree

  • Nuno BettencourtNuno Bettencourt : shreddez utile !

S’il ne fallait en garder qu’un, de ces shredders honnis, de ces sulfateurs de plans snobés, je pencherais sans hésiter pour Nuno et sa Washburn à tête inversée. Ou comment domestiquer la technique au primat du morceau. Et chez les férus de Queen que sont les gonzes d’Extreme, on les chérit les morceaux. Prends ça dans ta gueule, Brian May !

Pour le reste, c’est funk funk funk. Equarri, bastonné, mais funk tout de même.

A écouter d’urgence : Decadence Dance, Get The Funk Out, Warheads, Rest In Peace, Cupid’s Dead

  • Trey SpruanceTrey Spruance : l’iscariote

Dossier n° 23546. Nom : Spruance, Trey. Profession : mage abscons en rupture d’occident. Pedigree : arrangeur en chef chez Mr Bungle, le meilleur groupe des nineties, manitou des Secret Chiefs III et leurs line-ups changeants, guitariste de secours chez Faith No More.

Signes particuliers : sérieuse propension à mélanger death métal, jazz, surf rock suranné, musiques hawaïennes, oud, funk et autres. Faits de gloire : tout Bungle, King For A Day/Fool For A Lifetime. A SURVEILLER DE TRES PRES, CET HOMME A LA DESAGREABLE HABITUDE DE SURVIVRE.

A écouter d’urgence : Mr Nice Guy, The Girls Of Porn, Evidence, Star A.D., None Of Them Knew They Were Robots

  • Adrian BelewAdrian Belew : colgate freak is here to save you !

Imaginez : vous roupillonnez paisiblement en access prime time sur votre sofa vert citron de chez Ikea, la bave naissante devant un zapping MCM – MTV spécial eighties. D’un seul coup, la tuile : Money For Nothing, les Dire Straits, Mark Knopfler et son bandeau fluo, la 3D foireuse. Les salauds, ils vous ont eu en traître. Soudain, alors que vous vous apprêtez à saigner des tympans et des pupilles, un court-circuit colossal survient, et vous propulse les pieds en plein dans le clip qui suit, sur le canap’ d’I Want To Break Free, le pif pile poil en face du postérieur frétillant de Mercury passant l’aspirateur. Là, avouez-le, croyant ou pas, vous priez tout et n’importe quoi pour qu’on vous sorte de là par n’importe quel moyen.

Prières exaucées, pauvre hère ! La sonnette retentit, Freddie se propulse dans un grand écart velu vers la porte, et ouvre. Vous reluquez vers la lourde, et tremblez pour votre petit destin : le gaillard en costard rose fluo qui se tient dans l’embrasure n’a pas l’air très fiable. Il tient dans ses longs doigts une sorte de jaguar-strat-musicmaster ( ???) à motifs Picasso, dont il triture nerveusement le bout rondelé du vibrato. Avant même que le cantador à moustache n’ait pu lancer un « hahahaha, it’s magic ! », l’escogriffe endimanché décoche simultanément un déchirement atonal de son instrument, et un sourire giga-bright de ses mâchoires serrées.

Transpercé par l’ensemble (qui éparpille Mercury et ses comparses sur les murs), une mitraille d’images vous attaque, diaporama des œuvres du guitariste : ombre du Grand Wazoo, artisan du Bowie de Lodger, renfort filiforme des Talking Heads, seul et unique frontman de toute l’histoire barrissante de King Crimson, freelance classieux chez NIN ou Porcupine Tree, obsession pour Eleanor Rigby, descendance de Robert Fripp.
De retour sur le sofa, la cervelle fumante et le faciès hagard. Sur la table basse, un mini parasol de cocktail, rose fluo évidemment. A côté, une carte de visite dédicacée : « Hi dear, nice to meet you ! Hope to see you soon ! – Adrian Belew, colgate freak for rent »

A écouter d’urgence : Born Under Punches (The Heat Goes On), Elephant Talk, Thela Hun Ginjeet, Oh Daddy, Whatever

Brent HindsBonus ! En exclusivité mondiale, nous vous offrons… Brent Hinds & Bill Kelliher, une doublette contemporaine de bretteurs !

Les poils hérissés, tous tatouages dehors, deux bûcherons d’Atlanta ont décidé, un beau jour de 2000, de ne faire qu’un. Sans le savoir, voici que ces messieurs de Mastodon déterrent un vieux rêve de l’électrique : celui du binôme ultime, que tous les groupes dit « à guitares » ont esquissé un jour. Brian Jones/Keith Richards, Wayne Kramer/Fred « Sonic » Smith, Tom Verlaine/Richard Lloyd, et tiens, soyons fou, Munky/Head sont les exemples les plus connus du mythe de l’ultime complémentarité.

Problème : Hinds et Kelliher appliquent la recette à une mixture métal déjà bien débordante d’éruptions rouillées. En gros, ça ne risque pas de faire dans la dentelle : et voguent les cavalcades en tierces, les double-riffs à rallonge et les 8-cordes ! La poigne impressionnante des Colony Of Birchmen, Divinations et autres Crystal Skull forge dans son coin un pied de nez de la branche des sales gosses du bruit aux rois du rock. Désolé les mecs, fallait pas paumer la double-guitare en route !

A écouter d’urgence : Iron Tusk, Aqua Dementia, Crystal Skull, Colony Of Birchmen, The Last Baron



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