Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Finalement, Young repart dans un nouveau projet montant un orchestre entier pour son prochain disque : le Gone With The Wind Orchestra (composé du Crazy Horse, des musiciens des Stray Gators plus d’autres - on y retrouve même Nicolette Larson, qui cette fois-ci semble avoir été enregistrée de son plein gré -.) Se produisant une seule fois avec cette formation d’une trentaine de personnes (à Miami, en octobre 1978, offrant les recettes du concert aux hôpitaux s’occupant d’enfants handicapés), Neil Young sort en décembre 1978 l’excellent Comes A Time où il apparaît sur la pochette avec un chapeau de pailles, l’air complètement réjoui (à mille lieux, donc, de la pochette de Tonight’s The Night d’il y a trois ans.)

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Comes A Time : la renaissance acoustique

Le disque, qui devait s’appeler au départ Ode To The Wind, est une réussite incroyable, prenant la suite d’Harvest parmi ses albums les plus acoustiques, mais cette fois-ci, avec des arrangements classiques d’une grande beauté et sans grandiloquence. Un disque magnifique donc, auquel participe même en voisin JJ Cale. Young est donc comblé par le succès de l’album qui atteint la septième place des charts. Il commence à cette période une relation avec une voisine de son ranch californien, Pegi Morton, avec qui il s’occupe de son fils Zeke. Pour l’anecdote, c’est en achetant des petits trains électriques pour son fils que Young se prend d’une réelle passion pour la chose ferroviaire jusqu’à participer financièrement dans l’entreprise Lionel Trains (on ne rigole pas !). Menant une vie sédentaire avec Pegi, comme cela lui était rarement arrivé, il décide de se lancer dans un nouveau projet cinématographique avec Dean Stockwell qu’il baptise Human Highway, titre qui, au départ, devait être celui d’un album de Crosby, Stills, Nash & Young (souvenez-vous, les vacances communes à Hawaï). Ce projet durera quatre longues années et n’aboutira jamais vraiment. En plein bonheur conjugal, Young se marie pour la troisième fois avec Pegi le 2 août 1978 alors qu’elle est déjà enceinte. Pendant leur voyage de noces aux Bahamas sur un des nombreux voiliers du Loner, celui-ci à l’idée d’une mise en scène particulière pour sa tournée qui doit suivre la parution de Comes A Time. Il souhaite réaliser une véritable parodie du cirque rock de l’époque grâce à un décor démesuré (comme quoi U2 avec ZOO TV n’a vraiment rien inventé) composé d’amplis géants, d’un immense harmonica et de roadies déguisés en personnages de Star Wars. Ce décor sera bien celui de la meilleure tournée de Young avec le Crazy Horse, furieusement électrique alors que le disque qui en était le point de départ est acoustique. En pleine période d’inspiration, Young teste sur scène de nombreux morceaux inédits et c’est là qu’apparaît l’hymne de tout une génération, Hey Hey, My My (Into The Black), inspiré par la mort d’Elvis et qui fait un lien avec le récent mouvement punk que Young a découvert lors d’un voyage en Angleterre : « The King is gone but he’s not forgotten. In this the story of Johnny Rotten ? » Young est attiré par le mouvement punk et ses représentants ne le renieront jamais, contrairement à ce qu’ils ont fait avec Pink Floyd ou encore les Rolling Stones, autres dinosaures du rock. Rotten, le leader des Sex Pistols, annoncera même que le titre Revolution Blues (sur On The Beach) est un de ses morceaux préférés d’une histoire du rock qu’il envoie chier dans sa plus grande majorité (quel honneur !)

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Le temps des amplis géants

Au même moment, alors qu’il continue à réfléchir sur son ambitieux projet de cinéma, Young rentre en relation avec un étrange groupe de New Wave issu de l’Ohio : Devo. Young les filme pour Human Highway et est surpris de voir l’un des membres qui porte un T-Shirt ou est inscrit : « Rust never sleeps ! ». Gardant le nom en tête et en faisant la métaphore de sa réflexion sur le vieillissement dans le monde du rock, il en fait également le titre de son nouveau disque, chef-d’œuvre incroyable, qui sort en juin 1979. Live ensuite retravaillé en studio, Rust Never Sleeps est uniquement composé de nouveaux morceaux. Et quels nouveaux morceaux ! Composé d’une première partie acoustique et d’une seconde électrique, Young place aux deux extrémités du disque le fameux Hey Hey, My My... (devenu My My, Hey Hey (Out Of The Blue) en version acoustique, les deux titres sortiront d’ailleurs en single en septembre 1979). On y trouve également Trasher, titre sur ses relations tumultueuses avec Crosby, Stills et Nash ou encore Pocahontas qui évoque le génocide indien. Salué unanimement par la critique qui fait de lui l’artiste rock qui sait le mieux vieillir et se renouveler, Young atteint un nouveau niveau de popularité sans précédent : « Rust Never Sleeps parle de ma carrière, plus j’avance, plus je dois combattre la corrosion ».

Dans la foulée, Young publie une vidéo (Live Rust) d’un concert au Cow Palace de San Francisco dans son intégralité. Officiellement réalisé par l’inconnu Bernard Shakey, ce film est bien l’œuvre de Young qui utilise ce pseudonyme pour ses velléités de cinéaste. Le double disque du concert qui sort au même moment (également appelé Live Rust) reçoit quelques critiques négatives voyant l’objet comme une simple opération commerciale sans grand intérêt après la publication de Rust Never Sleeps. Pourtant, c’est une des rares occasions d’entendre des classiques de la carrière de Neil Young en live (Cinnamon Girl, After The Gold Rush, The Loner, The Needle And The Damage Done...) avec un Crazy Horse au meilleur de sa forme. Rappelons ce que disait Young à propos d’une tournée au niveau sûrement inégalé : « Je voulais que les gens partent en se disant que le show de Neil Young était le truc le plus bruyant qu’ils aient jamais entendu ».
Entre temps, le Loner, qui va vers ses 35 ans, a trouvé le temps de produire le deuxième album du Crazy Horse tout seul : Crazy Moon. Il a tout pour être comblé puisque plusieurs magazines (Village Voice, Rolling Stone) le plébiscitent comme « artiste le plus important de la décennie ».

Mais c’est sans compter sur une nouvelle tragédie qui s’abat sur sa vie privée. En novembre 1978, sa femme Pegi accouche de Ben, enfant à nouveau atteint de paralysie cérébrale, cette fois-ci encore plus développée que pour Zeke. Les deux enfants étant de deux mères différentes, Neil Young pense d’abord que c’est lui qui a transmis ce disfonctionnement à ses enfants. Mais les deux troubles des deux fils de Neil Young sont de natures différentes et les analyses prouvent bien qu’il s’agit d’un incroyable signe du destin. Pour couronner le tout, Pegi apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau mais elle est miraculeusement sauvée par une intervention chirurgicale deux mois plus tard. Accablé par tous ces événements inattendus et terribles, Young se retirera avec sa famille chez lui, entamant une période de silence artistique d’une durée alors indéterminée.
Beaucoup considère que c’est à partir de ce moment que la production musicale du Loner a perdu la plus grande partie de son intérêt. Ils n’ont peut-être pas tout à fait tort.



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