Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Toujours complètement imprévisible et hyperactif, Young relance la grosse machine Crosby, Stills, Nash & Young pour une nouvelle tournée des stades. Le Loner n’est pas à une contradiction près puisqu’il avait juré après Time Fades Away de ne jamais remettre les pieds dans un stade. Commencent alors les répétitions avec ses anciens compères mais Young se rend vite compte qu’ils sont complètement grillés et encore dépendants à la drogue. Les autres se reposent sur lui et ne composent presque plus rien alors qu’un nouvel album du combo est en projet. Crosby résumera cette situation de façon peu pertinente : « Neil a toujours écrit beaucoup plus que nous, c’est tout ».

Pour ne pas perdre de temps et à un rythme effréné (qui l’amène d’ailleurs comme la première fois à avoir des difficultés conjugales), il compose dans son coin un nouvel album solo. Le disque, On The Beach, est en partie inspiré de sa vie privée tumultueuse et parcours des thèmes comme les illusions perdues, la décadence américaine ou la fin du rêve hippie. On The Beach (voir la critique), sort en juillet 1974, précédé d’un mois du single en trompe l’œil (limite funk) Walk On. L’album est moyennement bien accueilli chose pas vraiment étonnante pour un disque très mélancolique. Le titre Revolution Blues, qui narre le périple de Charles Manson, faisait par exemple très peur à ses collègue de Crosby, Stills, Nash & Young quand Neil le leur jouait.
Commence alors une tournée pharaonique et grandiloquente pour Crosby, Stills, Nash & Young.

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« Only live music is good ! »

Un jet privé avec des oreillers cousus sur mesure est mis à la disposition du groupe. Navré par ce cirque rock’n’roll, Young voyage seul avec sa famille et son chien Art en bus. La tournée s’achève par un véritable festival à Londres au stade de Wembley le 14 septembre 1974 où se produisent également Joni Mitchell et The Band. L’événement est de notoriété européenne puisque c’est la première fois que les quatre se produisent ensemble sur le vieux continent. En revanche, le projet d’un nouveau disque de Crosby, Stills, Nash & Young foire, Neil Young n’étant décidément pas prêt à faire tout le boulot pour tout le monde. En août 1974, Atlantic, toujours à la recherche d’argent à se faire sur son catalogue de vieilles gloires sort tout de même une compile bâtarde So Far dont il n’est même pas la peine de parler.

Après cette période d’euphorie, lorsqu’ils rentrent aux États-Unis, Carrie annonce à Neil son désir de divorcer : « Je ne pouvais pas à la fois m’occuper de ma carrière, de Zeke... et de Neil. » (on peut alors en déduire que Neil s’occupait au moins de son chien Art !) Toujours instable psychologiquement, Young réalise un exercice de catharsis en se tournant comme d’habitude vers la musique et en enregistrant une longue bande intitulée provisoirement Homegrown où Young se confie, à l’aide de sa guitare acoustique, sur ses malheurs conjugaux. C’est à ce moment-là que Young ressort les bandes de Tonight’s The Night et, en les comparant à ce qu’il a fait pour Homegrown, est à nouveau convaincu de leur importance. Rick Danko, du groupe The Band, encourage Neil à publier le disque auquel le Loner ajoute trois morceaux issus d’un projet de comédie musicale inspirée de la vie de Bruce Palmer puis l’impose à Reprise. Fier de son œuvre, il organise pour la première fois une fête de lancement en juin 1975. Album extrêmement sombre (l’un des plus tristes de l’histoire du rock), il révèle pourtant des beautés incroyables. Chantant souvent faux, souvent bourré, les morceaux exécutés par Young y sont tout de même extrêmement touchants et font de ce disque l’un des must d’intensité dans la carrière du Loner. On adressera par exemple des mentions spéciales aux morceaux Speakin’Out, blues déstructuré avec un beau solo de Lofgren et Come On Baby Let’s Go Downtown, enregistré live lors d’un concert de 1970 au Fillmore East avec Whitten chantant les joies de l’héroïne. Je vous avais prévenu que c’était glauque, mais c’est un grand disque qui fait de Neil Young l’artiste le plus attachant et le moins vendu au système de cette époque. Pour l’anecdote, l’album est publié avec un encart reproduisant une critique négative en danois de la tournée Tonight’s The Night. Explication : « Quand on est perturbé, tout est comme du danois ». D’accord.
La publication de Tonight’s The Night, à défaut de provoquer de grosses ventes, aura servi de véritable catharsis pour son auteur qui pourra enfin se lancer dans nouvelle ère. Surtout qu’entre temps, à New York, Billy Talbot a rencontré un nouveau guitariste : Frank « Poncho » Sampredo. Young le rencontre à Chicago où ils se lancent dans un beuf dès plus concluants. L’affaire est dans le sac et Poncho devient le nouveau guitariste de la nouvelle mouture du Crazy Horse, à nouveau prêt pour de glorieuses épopées. Young sent alors que l’avenir sera palpitant...



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