Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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  Un cheval fou ne meurt jamais

Le Crazy Horse revient donc au premier plan dans la carrière de Neil Young qui, grâce au sang neuf représenté par Poncho, retrouve à nouveau des idées de compositions. Avec son nouveau guitariste qui lui assure une rythmique impeccable, Young peut également laisser renaître ses soli déchirants qui sont sa marque de fabrique. Neil Young, sans pour autant devenir bavard, commence à se confier à la presse de façon plus fréquente : « La mort de Danny a tué la dynamique qui animait Crazy Horse mais pas le feeling d’ensemble ». À nouveau plein d’idées, Young monte le projet d’un album consacré aux civilisations inca et aztèque pour lesquelles il se passionne. Le disque se veut plus accessible et doit alors s’appeler Ride My Llama. Finalement au fur et à mesure que les sessions avancent, le projet devient de plus en plus électrique et sort en novembre 1975 sous le nom de Zuma, du nom de la plage de Malibu où fut enregistré l’album, dans une ancienne résidence de Francis Scott Fitzgerald, rachetée par Neil. Inutile de dire que le disque est parfait, l’un des plus aboutis du Loner. S’ouvrant sur le très ancien Don’t Cry No Tears, il se referme sur un titre de la période Crosby, Stills, Nash & Young : Through My Sails. Barstool Blues est quant à lui composé lors d’une nuit de cuite avec son nouveau frère d’armes Poncho. On y trouve aussi le titre Stupid Girl, dédié à Joni Mitchell (!). Enfin, le chef-d’œuvre absolu consiste en la huitième piste : Cortez The Killer avec sa ligne de guitare introductrice qui donnerait des frissons à n’importe qui, où Young chante les horreurs du conquistador espagnol (le titre sera interdit dans l’Espagne franquiste). Zuma relance donc la carrière de Neil Young de la plus belle des manières et une légende raconte que Bob Dylan, qui à la même époque publie le crépusculaire Blood On The Tracks, jaloux de la renaissance de son concurrent le plus direct aurait été vu à Malibu en train d’espionner les sessions d’enregistrement de Zuma.

À la suite du disque, Young se lance à partir du 12 décembre 1975 dans une petite tournée des bars californiens que la presse baptise la « Rolling Zuma Revue » (en parallèle avec la « Rolling Thunder Revue » que mène Dylan à la même époque). Différence de taille, Young joue la plupart du temps gratuitement, débarquant dans les bars à l’improviste l’après-midi pour y jouer le soir. C’est à cette période qu’il retrouve son vieux compère Stephen Stills avec qui il prend plaisir à faire quelques jam sessions. Les deux envisagent alors de faire à nouveau un disque ensemble et Stills, euphorique, déclarera « L’esprit de Buffalo Springfield est de retour ! » Pourtant Young s’investit peu dans le projet, partant en tournée mondiale avec le Crazy Horse. Tournée triomphale qui pour la première fois passe par le Japon et l’Europe continentale. La France, où le Loner est toujours très populaire depuis Harvest, a donc l’honneur d’accueillir pour la première fois Neil Young qui donne des entretiens pour les magazines Rock & Folk et Best, tout de même assez laconiques : « Si je n’ai pas donné plus d’interviews, c’est que je n’ai rien à dire et je n’ai toujours rien à dire ». Le premier concert français de Neil Young et de son Cheval Fou a donc lieu le 23 mars 1976 au Pavillon de Paris, porte de Pantin, Young y exécutera, pour l’une des premières fois, le titre Like A Hurricane. Billy Talbot déclarera à propos de cette tournée : « Neil était tout simplement éblouissant. Je nous ai entendu jouer comme je savais que personne ne pourrait jouer ». Pas très modeste tout ça...

Young continue donc de bosser avec Stills pour leur projet commun. Au milieu des sessions, il choisit de faire appel à David Crosby et Graham Nash afin de faire du projet un nouvel album de Crosby, Stills, Nash & Young. Les deux hommes, qui étaient en train de travailler ensemble sur un album qui aura pour titre Whistling Down The Wire, quittent tout, enchantés par l’idée de ses retrouvailles, et rejoignent Young et Stills. Cette nouvelle tentative de travail à quatre est une catastrophe puisque Young et Stills prennent la décision d’effacer les parties de chant de Nash et Crosby ce que ces derniers ne leur pardonneront, sans doute à juste titre, jamais. « Qu’ils aillent se faire foutre », dira Nash, offusqué, « j’ai supporté n’importe qu’elle rupture mais là, c’était dégueulasse ! ». La brouille est complète et Young et Stills finissent tant bien que mal un disque qui sort en octobre 1976 sous le titre de Long May You Run. Il comporte cinq compositions de Young et quatre de Stills que Young a poussé à se remettre à écrire ne voulant pas assumer tout le travail seul. L’album restera 18 semaines dans les charts américains mais résistera mal à l’épreuve du temps, n’étant plus aujourd’hui très écouté. Seul le titre éponyme (écrit en hommage à « Mort », le corbillard, par Young juste après que le véhicule les ait lâchés durant les années canadiennes) peut être de la qualité des compositions de Zuma, et encore. Ironie de l’histoire, l’album de Nash et Crosby, Whistling Down The Wire, sera un bien plus grand succès que l’opus de Stills et Young.



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