Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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En 1995, Neil Young se fait discret. Il compose le titre éponyme de la bande originale du film Philadelphia de Jonathan Demme, obtenant pour cela une nomination au Grammy Awards. C’est en effet le temps des récompenses pour le Loner qui est intronisé la même année au Rock and Roll Hall Of Fame recevant sa récompense des mains de celui qui lui doit beaucoup : Eddie Vedder. Young profitera de son discours pour rendre un dernier hommage à Kobain : « Il m’a vraiment inspiré, il était génial, merveilleux ». Après un concert pour le droit à l’avortement où il partage l’affiche avec Pearl Jam, Young se rapproche encore plus du groupe et part à Seattle pour enregistrer avec eux ce qui, au départ, ne doit être que quelques titres.

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Le parrain de Pearl Jam

En quatre jours, un album complet est fait qui sortira dans la foulée en juin 1995. Mirror Ball, album sauvage, ne crédite pas Pearl Jam en tant que groupe mais les musiciens sont bien ceux du combo de Seattle, Vedder tenant la guitare rythmique. Le disque est survolté, pour la première fois depuis longtemps (depuis le Buffalo en fait, mais ce n’était pas le même genre de musique), Young évolue dans une formation à trois guitaristes et s’en donne à cœur joie. Young devient alors l’idole des jeunes à près de cinquante ans. Durant un festival à San Francisco, alors que Vedder est souffrant, Young le remplace au pied levé stupéfiant cinquante milles jeunots qui découvrent que la vieille gloire 60’s a autant de pèche que leurs héros chevelus de Seattle. Young continuera l’expérience dans une tournée des festivals de Pearl Jam à travers l’Europe qui malheureusement ne passera pas par la France, il faut dire qu’à l’époque notre président faisait joujou avec le nucléaire à l’autre bout du monde ce qui n’a pas dû plaire au vieux hippie.

C’est à cette époque que meurt le compagnon de toujours de Young, David Briggs, son producteur depuis son premier disque solo. Alors que Young exemplifiait encore peu de temps avant la vision organique du rock de Briggs à travers l’Europe avec Pearl Jam, Briggs s’éteint le 26 novembre 1995. Il avait entre autre déclaré la « maxime » suivante : « Quand tu fais du rock’n’roll, le plus tu penses, le plus tu pues. Le rock, c’est élémentaire, comme le vent, la vie ou le feu. Le rock c’est le feu, mec, le feu ».

En cette fin d’année 1995, Neil Young est contacté par Jim Jarmush en train de réaliser un film avec Johnny Depp et Iggy Pop, l’excellent Dead Man. Durant l’écriture du scénario le réalisateur mythique pour toute une génération de passionnés de ciné US indépendant, n’a écouté que du Neil Young et c’est logiquement qu’il contacte le Loner pour lui demander s’il peut utiliser un de ses morceaux pour la B.O. du film. Non seulement le Loner accepte mais propose de composer une bande originale complète pour le film. Réjoui, Jarmush accepte et Young ajoutera au film une musique instrumentale hantée à base de sons de guitare déchirants et auxquels le film doit beaucoup. Devenus amis, Young propose à son tour à Jarmush de réaliser le clip du premier single Big Time issu de son nouvel album Broken Arrow. Le disque bâclé (on y trouve par exemple une bizarre version live d’un titre de Jimmy Reed) est en fait un prétexte pour une nouvelle tournée de Young avec son Cheval préféré.

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Young et le réalisateur Jim Jarmush

Tournée mémorable que Jarmush immortalisera en Super 8 dans son documentaire Year Of The Horse, véritable hommage au Crazy Horse en tant qu’unité, où Young n’y apparaît qu’en temps que guitariste soliste. Truffé d’interviews des membres du groupe, Young déclare par exemple sur ce documentaire : « Dans Crazy Horse, je ne suis qu’un élément d’un tout. Il n’y a qu’avec eux que je sonne si psychédélique », ou encore : « Profitons que nous soyons encore là tous les quatre. Plus nous vieillissons plus cela est précieux ». Dans la foulée, sort un double disque live également appelé Year Of The Horse, assez critiqué pour n’être qu’une production live de plus. C’est vrai que ce n’est pas indispensable après avoir vu le documentaire de Jarmush.

Au mois de juillet, alors que Neil Young n’en finit pas de tourner avec le Crazy Horse, le Loner se coupe l’index en se confectionnant un sandwich au jambon (ce qui lui vaudra la réplique pleine d’humour : « Dorénavant, je ne mangerai plus que des macaronis au fromage ! ») et doit annuler sa tournée européenne. Il enregistre alors quelques titres acoustiques chez lui qu’il regroupe autour d’un projet appelé Acoustica. Directement remis de son doigt souffrant, il fait quelques dates aux États-Unis pour soutenir les artistes de son nouveau label qu’il vient de fonder Vapor Records (nom qui rappelle étrangement celui de V Records, label de Winnipeg où Young avait enregistré son premier titre avec les Squires) avec un festival itinérant appelé HORDE (Horizons Of Rock Developping Everywhere).
Commence alors toute une série de projets pour Neil Young qui ne verront pas tous le jour. Il cherche à enregistrer un album avec la rythmique des MG’s. Pour cela, il invite Ben Keith à co-réaliser le disque mais le projet échouera pour finalement renaître plus tard donnant le disque Silver And Gold de 2000. Il essaye aussi de recommencer l’expérience de Mirror Ball en jouant avec un jeune groupe et rentre en contact avec le groupe Phish mais tout cela part en fumée. Alors qu’il croise Stephen Stills afin d’y voir plus clair dans ses archives du Buffalo Springfield, ce dernier, qui compose avec Graham Nash quelques trucs dans leur coin, le branche pour une ultime reformation de Crosby, Stills, Nash & Young à laquelle le Loner ne dit pas non. Cela va aboutir au LP Looking Forward qui sort en novembre 1999. Malgré le peu de succès du disque (il est vrai, très moyen) le groupe annonce en grandes pompes le projet d’une tournée mondiale en l’an 2000 intitulée CSNY2K où les quatre parcourent les stades en reprenant leurs classiques mais aussi des compositions des artistes en solo. Inutile de dire que dans ces cas là, Neil Young, son corpus étant sans commune mesure avec celui de ses trois compagnons, est mis à l’honneur. Le XXème siècle se finit donc pour Neil Young par un retour à la formation qui lui a permis de véritablement lancer sa carrière. Juste retour des choses, peut-être voulu, vous ne trouvez pas ?



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