Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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Mais les Shadows vont vite être dépassés par les Beatles dans le cœur de Neil Young à partir de 1964 avec la fameuse « invasion britannique » qui a lieu en Amérique du Nord cette année-là. Le groupe de Lennon et McCartney influencera le futur Loner, qui, en découvrant l’album With The Beatles, se laisse pousser les cheveux et décide de se mettre au chant. Expérience d’abord malheureuse puisque, selon les témoignages, plusieurs personnes dans le public gueulaient aux Squires lors de leurs concerts de « retourner aux instrumentaux ». Mais Neil fait à la même époque la découverte des disques de Dylan dont la voix nasillarde le pousse à persévérer.
Après avoir enregistré plusieurs titres à Winnipeg (dont beaucoup sont perdus mais dont il reste par exemple I Wonder qui deviendra Don’t Cry No Tears sur l’album Zuma en 1975), le groupe part pour Fort William (Ontario) avec un corbillard Buick baptisé par Neil « Mort ». Souhaitant faire leur trou dans la ville, les Squires décrochent deux engagements dans des bar-concerts, le Flamingo et le Forth Dimension. Les Squires reprennent alors des standards folk en les électrifiant à leur sauce. Cette musique fera une très forte impression sur un certain Stephen Stills, partageant avec The Compagny, son groupe venu de New York, l’affiche avec les Squires. Il déclarera plus tard : « Ils jouaient du folk-rock avant tout le monde, c’était très impressionnant ! ». Les membres de The Compagny et des Squires sympathisent alors et Stills et Young parlent même de fonder un jour un groupe ensemble. Stills, avant de repartir, laisse à Young son adresse à Greenwich Village, invitant Young à venir le voir lors d’un éventuel passage à New York. Les choses commencent alors à se dessiner comme vous pouvez le constater...

Young et ses Squires (le groupe s’appelle maintenant Neil Young And The Squires) rejoignent ensuite Toronto, capitale de la scène rock canadienne, dans l’espoir d’y percer. « Mort » (souvenez-vous, le corbillard) termine alors sa « vie » pendant ce voyage, affectant beaucoup Neil Young dont l’épisode lui inspirera le morceau Long May You Run (qui a dit matérialiste ?).
Finalement, à Toronto, les Squires se séparent et Young, qui a trouvé un petit job de libraire (unique travail à heures fixes de sa vie) squatte chez une certaine Vicky Taylor dans le quartier de Yorkville (apparemment le Greenwich Village de Toronto). À l’occasion de ses 19 ans, on sait qu’il a composé pour la belle Vicky le magnifique titre Sugar Mountain. Mais force est de constater que Young galère à Toronto, proposant aux salles un folk peu en vue dans une ville déjà rock où évolue par exemple le groupe The Hawks dont plusieurs membres formeront plus tard The Band. Young part alors tenter sa chance à New York où il propose au label Elektra quelques unes de ses compositions (dont Sugar Mountain ou Nowadays Clancy Can’t Even Sing qu’il a composées récemment...) mais c’est un échec et Neil Young ne réussit même pas à retrouver Stephen Stills dont il apprend le récent départ pour Los Angeles.

À son retour à Toronto, il fait la rencontre de Bruce Palmer, personnage important qui vient de quitter le groupe Jack London And The Sparrows (futur Steppenwolf) pour intégrer un nouveau groupe de R&B les Mynah Birds qui font beaucoup de reprises de morceaux des Stones. Palmer intègre Young au groupe, lui fait découvrir la drogue en passant, et tout s’accélère puisque le groupe, managé par un riche propriétaire du nom de John Graig Eaton, décroche un contrat d’enregistrement sur le prestigieux label Motown à Detroit. Tout le monde part pour la ville de Ford mais l’aventure Motown s’arrête très vite après que le chanteur du groupe (qui n’est autre que Ricky James Matthews, futur roi du funk sous le nom de Rick James, eh oui le monde est petit !) se soit fait arrêter par la police américaine pour désertion. Et oui, notre futur vedette avait « oublié » ses obligations concernant une certaine guerre du Vietnam qui se passait à l’autre bout du monde pour empêcher l’expansion de ce mal terrible : le communisme. Suite à cet événement, Motown annule le contrat avec les Mynah Birds. Neil Young se retrouve à nouveau à la case départ et décide, avec son nouveau compagnon de route Palmer, de partir pour Los Angeles. Young déclarera plus tard : « Tous les sons que j’aimais provenaient de la Californie. Je savais qu’en allant là-bas j’avais une chance de réussir ».

Après avoir investi dans un nouveau corbillard (allez comprendre cette fascination...) évidemment baptisé « Mort II », Palmer et Young partent pour la Californie et n’arrivent qu’au bout de dix jours dans la ville des Anges pour finalement en repartir aussi sec, n’ayant pas réussi à retrouver Stephen Stills. Le duo débarque alors à San Francisco où va se dérouler un événement marquant de la mythologie de la musique des années 1960. En effet, Young et Palmer seraient tombés sur Stills par un pur hasard un soir dans les embouteillages sur Sunset Boulevard. Stills, intrigué par ce corbillard avec une plaque canadienne, serait allé voir à la vitre, découvrant Young qui lui serait tombé dans les bras. Ça tombe bien, Stills se trouvait ce jour-là avec son ami Richie Furay, tous deux à la recherche de volontaires pour former un nouveau groupe. C’est chose faite dans la journée puisqu’ils embauchent Neil et Bruce Palmer. Quelques jours plus tard, un batteur les rejoint, du nom de Dewey Martin, un Canadien également originaire de l’Ontario et les cinq commencent à répéter ensemble quelques titres dont Nowadays Clancy Can’t Even Sing que Stills avait toujours en tête et retravaillé de son côté. C’est lors d’une de ses séances, alors qu’ils faisaient une pause, que les membres du nouveau groupe voient passer devant eux un rouleau compresseur avec inscrit : « Buffalo Springfield, Roller Co Toledo, Ohio » Le nom du groupe est ainsi trouvé, comme quoi dans la vie, les choses peuvent aller vite !



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