Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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 Naissance et consécration du Loner

Neil Young commence donc à travailler sur son premier disque solo avec Jack Nitzsche. Celui-ci sort très vite, en novembre 1968, tellement vite que la maison de disque oubliera de mettre un titre sur la pochette. Il faudra attendre la troisième impression en janvier 1969 pour que le premier vrai disque de Neil Young, sobrement intitulé Neil Young, voit le jour dans des conditions décentes. Totalement surproduit, le disque est très vite renié par son auteur qui part en tournée acoustique pour présenter ses morceaux de façon plus convaincante. La tournée s’achève à Toronto ou Scott Young, dans le public, découvre enfin (il était temps !) l’importance de la musique dans la vie de son fils Neil. Il est vrai que le disque Neil Young souffre d’une mauvaise qualité d’enregistrement et la voix est assez inaudible, chose embarrassante pour Young pas encore très à l’aise au chant. Le disque s’ouvre sur un instrumental digne de l’époque des Squires The Emperor Of Wyoming et s’achève sur une longue divagation acoustique étonnante mais sans réelle force : The Last Trip To Tulsa. Cependant, le LP révèle tout de même quelques perles comme le single The Loner, très électrique, adressé à Stephen Stills et qui révèle une image de son auteur qui ne le quittera jamais.

Après la tournée, Young revient à L.A. et se rapproche des Rockets. Il décide de fonder un groupe avec trois d’entre eux (le guitariste Danny Whitten, le bassiste Billy Talbot et le batteur Ralph Molina) qu’il nomme d’abord les War Babies puis Crazy Horse du nom d’un chef indien (nom qui, on le sait, trouvera une certaine fortune). Le nouveau groupe commence à répéter avec le producteur David Briggs et Young est tout de suite séduit par ce travail, retrouvant le son légèrement garage rock des ex-Rockets. C’est à cette époque, alors qu’il est alité avec 40° de fièvre, qu’il composera trois de ses plus beaux morceaux : Cinnamon Girl, Down By The River et Cowgirl In The Sand, trois titres qui conviendront à merveille à la rythmique d’acier du Crazy Horse. Young et son Cheval Fou testent alors leurs nouveaux morceaux au Whisky A-Go-Go et c’est là que Young retrouve Stephen Stills, alors dans le public qui lui propose de rejoindre son nouveau groupe qu’il a monté avec David Crosby (l’ex-Byrd) et Graham Nash, un Anglais originaire de Blackpool qui vient du groupe The Hollies. Crosby, Stills et Joni Mitchell vivaient alors ensemble dans une villa de Los Angeles pratiquant « l’amour libre », cette période inspirant à Crosby le morceau Triad, refusé par les Byrds mais qui sera repris par Jefferson Airplane sur Crown Of Creation. Le nouveau groupe Crosby, Stills & Nash vient en effet de publier un premier disque éponyme, énorme succès (deux millions de copies vendues en une année) qui valut à la formation le qualificatif élogieux de « super groupe ». Seulement, Stills refuse de devenir avec ses compagnons les nouveaux Simon & Garfunkel à trois et cherche à construire un véritable groupe pour la tournée qui doit suivre l’album. Il propose donc à son vieux « frère ennemi » d’accompagner le groupe pendant la tournée sans véritablement en faire partie. Young, qui voit dans son intégration à Crosby, Stills & Nash une véritable opportunité pour atteindre une notoriété encore plus importante mais qui n’entend pas qu’on l’exploite, accepte à condition que son nom soit associé aux trois autres et qu’il puisse continuer son aventure avec Crazy Horse en même temps. Les trois autres finissent par accepter les conditions de Young et groupe se rebaptise Crosby, Stills, Nash & Young.

Young commence alors une période de folie d’un point de vue de sa carrière, travaillant à un rythme qui aura raison de son couple avec Susan : « J’enregistrai avec Crazy Horse le matin puis j’allais répéter avec Crosby, Stills, Nash & Young jusqu’au soir ». En mai 1969, sort le premier LP de Young avec le Crazy Horse, Everybody Knows This Is Nowhere que la presse encense. L’album, enregistré dans des conditions live, obtient un succès d’estime, atteignant la 34ème place dans les charts et y restant tout de même 98 semaines ! Il faut dire que c’est avec ce disque que Young a trouvé son style, publiant des morceaux d’une rare fraîcheur pour l’époque.

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le premier album avec le Crazy Horse

Furieusement électrique, Young n’hésite pas à composer de longs morceaux comme Down By The River et Cowgirl In The Sand, tous deux bâtis sur une même structure rythmique et qui laissent exploser des soli du Loner d’une rare intensité. Le titre Running Dry (Requiem For The Rockets), extrêmement plaintif, permet à Young de s’excuser d’avoir mis fin aux Rockets. Everybody Knows This Is Nowhere peut être considéré comme l’un des meilleurs disques de Young, en tout cas son premier véritable. Certes, en pleine folie Crosby, Stills, Nash & Young (alors considérés comme les « nouveaux Beatles », et oui, encore !), le disque n’a sûrement pas eu l’écho mérité mais ce n’était que partie remise.



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