Portraits
Neil Young, une voix dans la nuit

Neil Young, une voix dans la nuit

par Giom le 10 février 2009

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En parallèle, Young continue de mener le Crazy Horse et un nouveau single du groupe sort en juin 1970 : Cinnamon Girl / Sugar Mountain qui atteint la 55ème place des charts américains. Pris entre deux feux, la tournée de Crosby, Stills, Nash & Young qui n’en finit pas et l’enregistrement d’un nouveau disque avec le Crazy Horse, Young plaque tout le monde pendant cet été 1970 et part aux Royaume-Uni pour accompagner Joni Mitchell au festival de l’île de Wight, sans apparaître sur la scène. En septembre, sort finalement le troisième album solo du Loner, After The Gold Rush auquel participe en partie le Crazy Horse mais qui voit surtout l’intégration du jeune pianiste de 19 ans Nils Lofgren aussi expérimenté que moi en matière de musique.

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After The Gold Rush

Enregistré dans le home studio californien de Young, ce qui lui donne un caractère intimiste, le disque est un succès et atteint la huitième place des charts américains, y restant 66 semaines. After The Gold Rush est en fait basé sur un script de Dean Stockwell que Young, qui commence déjà à se passionner pour le septième art devait porter à l’écran. On trouve sur cet album quelques pures merveilles comme la ballade éponyme au piano ou encore le déchirant Only Love Can Break Your Heart (qui sonne bizarrement au moment où l’artiste vit des relations conjugales difficiles). Young y ajoute un morceau qui évoque pour la première fois le racisme, Southern Man, évoquant une histoire d’amour impossible entre un noir et une blanche. Enfin bon, je ne vais pas refaire la critique du disque déjà faite ici.
Après l’expérience Crosby, Stills, Nash & Young et le succès mérité d’After The Gold Rush, Neil Young atteint une popularité encore inégalée et possède donc beaucoup d’argent. Il finit par divorcer avec Susan et s’achète un ranch de 70 hectares (!) à San Mateo près de San Francisco qu’il baptise « Broken Arrow ». Ce ranch, situé dans une région boisée et paisible, est encore aujourd’hui sa résidence principale. Toujours très actif musicalement, Young se lance en même temps dans l’aménagement de son ranch et à force de porter des planches, finit par se faire très mal au dos. Les médecins diagnostiquent une hernie discale et forcent Young à se reposer et à porter un corset. Young, alors souvent alité à la fin de cette année 1970, réussit tout de même à donner quelques concerts au Carnegie Hall de New York. Ses performances sont épuisantes pour lui, puisqu’il a du mal à se déplacer sur scène et ne peut jouer de la guitare électrique. Le public répond présent et des personnalités comme l’acteur Jack Nicholson viennent le féliciter après le show.

C’est lors d’une longue journée, allongé dans son ranch, que Young tombe amoureux, en regardant le film de Frank Perry, Journal Intime d’Une Femme Mariée, de Carrie Snodgrass qui a le rôle principal du film. Young réussit à la rencontrer grâce à un ami commun (il faut croire que le monde est petit en Californie !) et une relation sentimentale commence entre eux. Carrie ne tarde pas à rejoindre Neil dans son ranch (il faut dire que l’endroit ne doit pas manquer de place !) Au début de l’année 1971, Neil Young, alors en Angleterre, compose deux nouveaux morceaux à la tonalité paisible en raison de son impossibilité toujours d’actualité de jouer de la guitare électrique. Il s’agit de A Man Needs A Maid (influencé par sa récente relation avec Carrie Snodgrass) et There’s A World. Pour l’enregistrement, le Loner fait appel au London Symphony Orchestra. Le reste de ce qui donnera le futur disque Harvest, est enregistré à Nashville avec des musiciens de studio locaux qu’il baptisera les Stray Gators (Tim Drummond à la basse, Kenny Buttrey à la batterie et Ben Keith à la pedal steel). Young retrouve à cette occasion Jack Nitzsche qui viendra contribuer au disque en jouant du piano. Après une nouvelle hospitalisation à cause de son dos qu’il doit sûrement malmener, Young invite les Stray Gators à le rejoindre au ranch pour achever le disque qui sortira en février 1972. Entre temps, et même si Young est très loin de penser à tout ça, Atlantic Records a sorti un double album live de Crosby, Stills, Nash & Young qui présente un disque acoustique et un disque électrique.

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4 Way Street : CSN&Y à son apogée

Intitulé 4 Way Street, ce disque est une bonne occasion de comprendre le phénomène Crosby, Stills, Nash & Young en live et notamment d’halluciner sur les véritables duels guitaristiques que se livraient Stills et Young sur des titres comme Southern Man ou Carry On. Le disque est bien sûr un immense succès, atteignant le sommet des ventes aux États-Unis, mais, comme nous l’avons dit, à cette période, tout cela n’intéresse pas vraiment Neil Young, entièrement tourné vers sa carrière solo et bien lui en prendra puisque qu’Harvest est de loin son plus grand succès. Premier aux États-Unis, en Angleterre et même en France malgré la critique mi-figue mi-raisin de Jacques Chébiron dans Rock & Folk : « Je ne sais si ce nouveau disque vaudra de nouveaux fans à Neil Young. Ce qui le connaissent se sentiront mieux en écoutant Harvest, ceux qu’il laisse indifférent pourront difficilement se mettre au diapason ». Comme quoi, les rock critic, c’est pas toujours ça ! Le succès est en effet énorme et les fans de Crosby, Stills, Nash & Young trouvent une compensation au split du groupe dans ce disque, extrêmement paisible et presque bucolique qui fait figure d’exception dans la carrière solo de Young, assez marquée par l’électricité. Les compositions country-folk s’associent à des thèmes comme l’amour de la campagne et la joie de la famille... tout pour plaire au public quoi ! Mais ici n’est pas le lieu pour une chronique complète du disque, que vous trouverez ailleurs. En tout cas, l’album place Neil Young sur un piédestal sans précédent et en fait la grande star de l’année 1972. En septembre, sa femme accouche même d’un petit garçon, Zeke, qui, malheureusement, souffre d’une légère paralysie cérébrale. Carrie met donc sa carrière entre parenthèses alors qu’elle venait juste d’obtenir un oscar l’année précédente.



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